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To be (gay) or not to be

To be (gay) or not to be

Par Julien Neuville , le 24 février 2015

Parsemée de faux espoirs et de vraies déceptions, l’histoire du joueur de football américain Michael Sam résume de nombreux combats menés pour rendre l’homosexualité enfin acceptable dans le sport.

Draft day. 8-10 mai 2014. La chaîne sportive américaine ESPN retransmet en live l’événement. Une à une, les 32 équipes professionnelles de NFL choisissent leurs nouvelles recrues parmi les meilleurs joueurs universitaires venant de terminer leurs études. Plusieurs tours, des rounds. Plus le joueur est coté, plus il est choisi tôt. Être sélectionné dans le first, second ou third round garantit quasiment une place de titulaire. Après, ce sera plus complexe, mais le simple fait d’être drafté – sélectionné – est une marque de reconnaissance immense. Nous sommes au septième tour, tous les grands joueurs sont déjà dans l’avion pour rejoindre leur nouvelle équipe. Les téléspectateurs ne regardent plus que d’un œil la retransmission, trop occupés à spéculer sur l’avenir de leurs jeunes poulains. Les commentateurs qui, eux, doivent rester sur le pont, n’ont qu’un mot à la bouche : « Michael Sam sera-t-il drafté ? ».
 

Michael Sam est un jeune américain de 23 ans originaire d’une petite ville du Texas, Hitchcock. Une petite tête ronde, des yeux un peu trop éloignés l’un de l’autre, un grand sourire. 1 m 88 pour 118 kilos de muscles. Des bras larges et un regard bienveillant, loin de ces taureaux sanguinaires dopés à la violence, l’argent et la créatine qui peuplent en grand nombre la ligue nationale de football américain, la NFL. Étudiant de l’université du Missouri, « Mizzou » comme inscrit sur les maillots. Un « defensive end » – c’est le nom de son poste – capable de briser une ligne de joueurs pour aller couper en deux un quarterback, le tout en moins de cinq secondes. Un des meilleurs athlètes de sa promotion. Élu meilleur joueur défensif de l’année de sa ligue, il fait partie de « l’équipe de rêve » du championnat national. Pourtant, septième tour et toujours rien. L’affront se dessine.
 

Chez lui, devant la télévision, entouré de sa famille, Michael Sam est au bord de la crise de nerfs. Le colosse finit par quitter le salon pour se réfugier dans une chambre. Peut-être n’aurait-il jamais dû faire son coming out. Peut-être s’est-il trompé sur toute la ligne. Peut-être la NFL n’est-elle pas prête pour un joueur ouvertement gay. Le defensive end se pose des questions. L’homme qui a l’habitude de casser les côtes de l’adversaire pleure à chaudes larmes. Au bout de quelques minutes, une main vient se poser sur son épaule. C’est Vito, son copain, lui aussi en pleurs. Les deux s’enlacent quand quelqu’un crie à l’étage inférieur.
 

– Michael ! Ramène-toi en bas !

– Pourquoi ?

– Les Rams vont te drafter !
 

Encore une équipe qui chante la messe ? Beaucoup ont promis – « Si Michael est encore disponible au quatrième round on le prendra », « Michael, ne perds pas patience, on te draftera au début » –, mais jusqu’ici personne n’a tenu parole.
 

– Non, je ne viens pas. J’en ai marre d’être observé !
 

Et pour cause. Les caméras d’ESPN sont dans le salon depuis le petit matin. Attendre impatiemment de voir son futur se décider sans aucune possibilité d’intervenir est une chose, le faire sous les yeux de millions d’Américains en est une autre.
 

– Je te jure que c’est vrai ! Viens !

– Si je descends et que les Rams ne me prennent pas, je veux que toutes les caméras s’en aillent !
 

Les Rams ne mentaient pas. Septième round, 249e joueur à être sélectionné. « The Saint Louis Rams selects Michael Sam. » Cet événement, aussi radical et prometteur soit-il (la NFL n’a pas de joueur ayant ouvertement déclaré son homosexualité), n’est pas le plus important de cette journée. Après l’annonce du general manager des Rams sur ESPN, la chaîne diffuse en live des images de Michael, au téléphone avec les dirigeants de l’équipe. Le bulldozer du Missouri s’effondre en larmes, raccroche le téléphone, se tourne vers Vito et l’embrasse. Sur la bouche. En direct sur ESPN. Pendant l’un des événements sportifs les plus suivis du pays. Dans un sport aussi macho que le football américain.
 

Le marketing sort du placard
Quelques mois plus tôt, le 7 février 2014. Lors de l’ouverture des JO de Sotchi, les réactions de la communauté internationale face au scandale des lois anti-propagande homosexuelle de Poutine témoignent d’une grande solidarité. Deux jours plus tard, Michael Sam fait son coming out dans la presse américaine. Nouveau déclic après celui, un an plus tôt, du footballeur Robbie Rogers et du premier joueur de NBA Jason Collins. La NFL félicite Michael Sam pour son honnêteté et son courage. « Michael est un joueur de football. Tout joueur avec la capacité et la détermination nécessaires peut briller en NFL. Nous sommes impatients d’accueillir et de soutenir Michael en 2014. » Obama y va de son mot d’encouragement. Le climat est glorieux. Les quelques personnages du sport et de la politique qui critiquent le choix de Michael Sam de dévoiler publiquement son homosexualité – ou celui des Rams de l’avoir choisi – se font éviscérer par la presse et les réseaux sociaux. C’est l’effervescence, le monde est en train de changer pour les athlètes homosexuels. Une nouvelle annonce arrive deux mois plus tard, lorsque Derrick Gordon, talentueux joueur universitaire de basket évoluant à l’université du Massachusetts, fait son coming out, devenant mécaniquement le premier joueur de première division académique ouvertement gay.
 

Nous admirons le courage de Jason et sommes fiers qu’il soit un athlète Nike. 

En 2011, quand l’ancien patron des Phoenix Suns, Rick Welts, annonce aux dirigeants de Nike qu’il est gay, ces derniers lui accordent tout leur soutien et lui confient qu’ils sont prêts à aider le premier athlète pro qui déciderait de sortir du placard. Lorsque Jason Collins fait l’annonce, la marque à la virgule envoie ce message : « Nous admirons le courage de Jason et sommes fiers qu’il soit un athlète Nike ». Aux États-Unis, les marques ne se mettent pas soudain à chercher un athlète homosexuel par vertu humaniste, mais tout simplement parce que cela peut rapporter gros. Dans la communauté LGBT (Lesbian-Gay-Bi-Trans) américaine, beaucoup de couples sont des « DINKS » – « Double Incomes, No Kids » : deux salaires, pas d’enfant. Leur pouvoir d’achat est donc conséquent. De plus, selon une étude de Harvard, 75 % d’entre eux sont plus enclins à acheter auprès d’une marque qui soutient leurs droits. Cette loyauté s’étend également à leur famille et amis proches.
 

Sponsors mais aussi équipes pourraient gagner gros à accueillir un athlète gay. Signer un joueur homosexuel, c’est faire preuve d’ouverture envers la diversité, montrer un engagement pour l’égalité des hommes, des valeurs qui feraient du bien à n’importe quelle équipe professionnelle. « Ça élargit et renforce l’audience LGBT friande de sport » confirme Howard Bragman. Mark Cuban, milliardaire américain, propriétaire des cinémas Landmark Theatres, de la société de production Magnolia Pictures et de l’équipe de basket des Dallas Mavericks, a annoncé qu’il serait honoré d’avoir un joueur homosexuel dans son équipe, s’exclamant que « ce serait une mine d’or marketing pour tous ceux concernés ». Michael Sam aurait dû être cet homme. Mais les choses se sont déroulées autrement.
 

L’Europe à la traîne
Traversée de l’Atlantique, pour rentrer sur notre cher continent quelques instants. Climat drastiquement différent. Ici, on n’incite pas les joueurs à faire leur coming out, au contraire. « Cela ne doit pas être encouragé. Le fait d’être identifié ou pointé du doigt comme quelqu’un qui l’est, peu importe votre profession, que vous soyez journaliste, footballeur ou homme politique, je ne crois pas que ce soit recommandable. [...] L’homosexualité est toujours un tabou dans le football, car il y existe une cohabitation entre collègues différente des autres professions. Exprimer votre préférence sexuelle est difficile dans n’importe quel environnement professionnel et encore plus pour les footballeurs, qui partagent les vestiaires et donc leur intimité avec les autres », indiquait à la télévision il y a peu Damiano Tommasi, ancien joueur de l’AS Roma actuellement président du syndicat italien des footballeurs professionnels. Le capitaine de l’équipe d’Allemagne de football, Philipp Lahm, pense de même et déconseille le coming out qui favoriserait les « commentaires injurieux ». Latines ou anglo-saxonnes, les mentalités ne divergent pas dans une Europe où le fanatisme sportif est monnaie courante.

 

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