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La face cachée du prince de la mécanique
Lewis Hamilton

La face cachée du prince de la mécanique

Par Lionel Froissart , le 09 mars 2015

Les fées qui se sont penchées sur le baquet de Lewis Hamilton lui ont offert un don. À l’aube d’une saison qui le verra peut-être sacré une troisième fois champion du monde, portrait d’un prince mécanique.

Soyez rassurés. Aux dernières nouvelles, Roscoe et Coco vont bien. Lewis Hamilton, champion du monde en titre de Formule 1 et utilisateur compulsif des réseaux sociaux, ne manque pas de nous informer, presque au quotidien, de la vie de ses deux bouledogues. Et par ricochet de la sienne. Ainsi, les fans du pilote anglais n’ignorent pas grand-chose des innombrables faits et gestes ou déplacements extra-sportifs de leur idole. Un jour à Los Angeles, deux jours plus tard en balade méditative dans le désert de Mojave. Quelques heures à bord de son jet privé et le voilà en invité ébahi à la Fashion Week de Paris, à la découverte de la Ville Lumière et des dernières tendances de la mode. Les paillettes éparpillées dans son sillage, Lewis Hamilton s’oxygène sur les hauteurs de Monaco qu’il a rejoint au volant d’une improbable Zonda ! Selon nos sources, il attendrait aussi la livraison d’une Mercedes G63 AMG 6x6, une auto aussi discrète qu’une apparition de Pharrell Williams chez colette. Une autre publication Facebook et on observe Lewis en plein effort lors d’un stage de remise en forme au nord de la Finlande.

On passe des épisodes, mais vous aurez la possibilité de visionner en toute quiétude les albums photos de Lewis lors d’une opération caritative pour l’Unicef au profit des enfants victimes du tremblement de terre en Haïti, jouant de la guitare dans un studio londonien ou en compagnie d’une multitude de stars du cinéma, de vedettes du showbiz, de rappeurs bling ou de VIPs venus de tous les horizons. Avec tout ça, vous vous dites que rien de ce jeune homme, qui vient tout juste de fêter ses 30 ans, ne vous sera étranger. Détrompez-vous. Et c’est là que le cas Lewis Hamilton devient intéressant. Car être informé presque en live des états d’âme de ses chiens, de ceux du champion lui-même ou d’un nouveau tatouage – dès son apparition – sur son corps d’athlète ne suffit pas à percer l’âme de son propriétaire. L’exhibitionnisme masque souvent toute la complexité d’une personnalité.

À y regarder de plus près, malgré ses deux titres mondiaux (2008 et 2014) et ses trente-trois victoires en Grand Prix, Lewis Hamilton semble toujours lutter contre un manque de self confidence qui lui joue parfois des tours. Et pas seulement en piste. S’affirmer comme l’un des meilleurs pilotes du monde suppose pourtant d’être animé par un ego XXL et une inébranlable confiance en toutes circonstances. Or, il n’est pas rare de voir Lewis Hamilton mal à l’aise face à ses interlocuteurs, jusqu’à se montrer mutique lorsqu’il est contrarié, capable d’imaginer et de ruminer des complots là où il n’y en a pas vraiment. Cette tendance un brin paranoïaque n’est pas l’apanage du seul Hamilton, certes. Cette psychose est même assez répandue dans les paddocks, mais il y a des individus chez qui cela se voit plus que d’autres. La sensibilité à fleur de peau du pilote anglais est aussi l’une de ses marques de fabrique, presque une force.

L’enfant prodige
Le destin de Lewis Carl Hamilton – né à Stevenage dans la banlieue nord de Londres – a de quoi faire des envieux. Parce qu’avec le recul, il ressemble à s’y méprendre à un conte de fées. Même si ses parents se sont séparés dès son plus jeune âge, Lewis n’a jamais manqué de rien et sûrement pas de l’amour de son paternel qui s’est décarcassé pour que son rejeton exprime ses talents de jeune pilote. Ce père, Anthony, fut très vite intrigué par l’incroyable coordination des mouvements chez son fils aîné. Un don remarqué très tôt en observant Lewis manier des engins télécommandés, et qui se confirme très vite avec des jouets plus imposants, comme lorsqu’il l’installe dans un mini-kart. Assis au ras du sol, le nez dépassant difficilement le haut du volant, des cales sous les pieds pour toucher les pédales, Hamilton se souvient avoir éprouvé ce jour-là des sensations uniques et le sentiment puissant de maîtriser – déjà – son sujet. Un véritable don du ciel que Lewis Hamilton se réjouit de posséder. « C’est comme ça. S’il y a bien une chose que je sais faire, c’est piloter. » Plus que cela, Lewis Hamilton fait immédiatement preuve d’un sens de l’attaque et d’un esprit de compétition exacerbés.

Lewis Hamilton est le cinquième meilleur performeur de l’histoire derrière le trio magique Michael Schumacher, Alain Prost, Ayrton Senna. 

Pour Hamilton senior, le piège s’est refermé. Anthony est à coup sûr au moins aussi ambitieux que son fils. Impossible de tuer dans l’œuf un tel talent. Reste que la famille Hamilton ne roule pas sur l’or, loin de là, d’autant que Nicolas, le petit frère – handicapé moteur – réclame lui aussi une attention de tous les instants. Alors Hamilton père s’impose un (‘ suite page 72) emploi du temps de forçat. Technicien dans l’informatique, il cumule jusqu’à trois boulots pour payer les bons moteurs et les pneus adéquats à son apprenti champion. Il sait pourtant que ces sacrifices, et les victoires qui s’enchaînent pour le gamin, ne suffiront pas. Mais toute la famille croit en la bonne étoile du fils prodige, en sa foi, et table sur un petit miracle. C’est le culot de Lewis qui va le provoquer. Presque vingt ans ont passé et deux titres mondiaux en F1 ont consolidé la légende. Tout le monde connaît cette anecdote que Lewis Hamilton aime encore rappeler à ceux qui l’ignorent. « J’ai remporté mon premier titre national en 1995 et j’ai été convié à une cérémonie de remise des prix que présidait Ron Dennis, le patron de l’écurie McLaren. Je lui ai simplement dit que je voulais courir pour lui un jour, piloter une McLaren, et que pour cela j’avais besoin de ses coordonnées pour lui donner régulièrement des informations sur ma carrière. Il m’a signé un autographe et m’a conseillé de lui téléphoner quelques années plus tard, une fois mon permis de conduire en poche. »

Par chance, les choses vont aller plus vite que prévu. L’austère Ron Dennis, intrigué par l’aplomb de ce petit bonhomme, charge l’un de ses collaborateurs de suivre sa progression. Les rapports réguliers qu’on lui dépose sur son bureau sont convaincants. Du coup, ce que Ron Dennis n’avait pas réussi à faire avec Ayrton Senna au début des années 1980, il va le réaliser avec Lewis Hamilton. Après trois ans « d’espionnage », il propose à Anthony Hamilton de financer la suite de la carrière de Lewis, en contrepartie d’un contrat de longue durée. Lorsqu’un génie frappe à la porte, il ne faut pas la lui claquer sur les doigts.

Anthony, dont les finances sont exsangues, n’hésite pas. Et le deal n’est pas mauvais. Saison après saison, le petit Lewis ne déçoit pas Ron Dennis qui paie (toutes) les factures. Formule Renault, Formule 3, GP2 (l’antichambre de la Formule 1), Hamilton gagne partout et sa réputation ne tarde pas à passer les portes des paddocks de F1. Ron Dennis peut y parader au bras de sa perle rare. Hamilton lui appartient. Et il n’est pas à vendre. Le patron de l’écurie anglaise qui, jusque-là, a toujours rechigné à faire confiance à un jeune pilote sans expérience, bouscule un peu (beaucoup) ses principes avec l’accord de ses partenaires et de ses actionnaires, dont Mansour Ojjeh.

Vertige dans les paddocks
À la surprise générale, à l’orée de la saison 2007 de Formule 1, Ron Dennis titularise donc l’impétrant – qui vient de remporter le titre en GP2 – aux côtés de la star Fernando Alonso qui, lui, rejoint l’écurie anglaise auréolé de ses deux titres de champion du monde. Sur le papier, c’est une bonne idée. Alonso va « jouer la gagne » et, dans son sillage, le Britannique apprendra le métier et préparera l’avenir. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Hamilton crée la surprise en faisant jeu égal avec l’Espagnol, s’affirmant même comme son principal adversaire au championnat. Personne, même les plus fervents supporteurs de l’Anglais, n’avait imaginé un tel scénario. Un cas de figure qui va conduire l’écurie McLaren à la catastrophe. Cette année-là, elle perd le titre in extremis. Hamilton et Alonso sont coiffés sur le fil par la Ferrari de Kimi Räikkönen. Pire, une guerre interne s’est déclarée en cours de saison et Alonso préfère quitter le navire qu’il a contribué à torpiller en révélant une sombre affaire d’espionnage. Mais c’est une autre histoire…

Reste alors Lewis Hamilton, qui devient le numéro un incontestable de l’équipe. Toutefois, l’image de bon garçon et de petit génie en a pris un coup. On le trouve soudain arrogant alors qu’il est simplement animé par une farouche ambition. Il a effleuré la félicité d’un titre mondial dès sa première saison et ce rêve, cet exploit qui aurait été historique, lui a filé entre les doigts. Quelques mois plus tard, avec le recul et la déception digérée, Hamilton se fait philosophe. Il affirme que c’est sans doute l’une des meilleures choses qui lui soit arrivée. « Si j’avais gagné le titre, vous imaginez ce qu’aurait été ma vie ? Tout ça à 22 ans ! Non, je crois au final que c’est une bonne chose. » D’autant que Lewis Hamilton n’est pas long à décrocher le Graal, devenant le plus jeune champion du monde dès la saison suivante. Et aussi le premier champion noir – le grand-père de Lewis, chauffeur de bus aux îles Grenadines, est venu s’installer très tôt en Angleterre – de la Formule 1. Même obtenu sur le fil, le titre 2008 est accueilli comme une vraie délivrance.

Cet accès fulgurant à la notoriété et à la fortune n’apporte en rien la sérénité attendue dans l’esprit du jeune champion. Adulé, admiré, payé comme la star qu’il est en train de devenir, Hamilton connaît très tôt ce que tous les grands champions ont expérimenté : le vertige des sommets qui fait perdre le sens des réalités. Le mirage du star-system, que certains appellent le syndrome de la grosse tête. Ce phénomène ne dure jamais très longtemps puisqu’il est en général accompagné de grandes désillusions sur le plan sportif et humain. Dans ce domaine, le paddock observe avec consternation et curiosité le divorce entre le père et le fils, Lewis éprouvant le besoin de s’émanciper et de s’affranchir d’un géniteur devenu – il est vrai – envahissant et omniprésent. Que les âmes sensibles se rassurent, le père et le fils se sont depuis réconciliés et toute la famille s’est ressoudée autour de Lewis et Nicolas, son jeune frère handicapé.

 

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