X
En poursuivant votre navigation sur Sport&Style.fr, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêts, pour mesurer la fréquentation de notre site, et vous permettre de partager vos lectures sur les réseaux sociaux. Pour en savoir plus ou paramétrer les cookies, rendez-vous sur cette page. En savoir plus.
Que devient Gustavo Kuerten ?

Que devient Gustavo Kuerten ?

Par André Bessy, le 20 mars 2015

À Roland-Garros, en 1997, Gustavo Kuerten a noué avec le public français une love story aussi fervente qu’une telenovela. Et aujourd’hui ? Loin des courts, loin du cœur ? Non, éternel French lover.

Une image préservée. Celle d’un jeune homme élancé, bronzé, avenant. Près de dix-huit ans se sont écoulés depuis le premier sacre de « Guga » à Roland-Garros, mais le temps ne semble pas avoir encore lancé sur lui ses premiers assauts. L’ex-roi de la terre battue a conservé cet air juvénile et insouciant, conforté par un sourire radieux qui avait tant séduit le public de la porte d’Auteuil. L’attitude est sans conteste chaleureuse et, même si en ce jour le froid et la grisaille apportent un rigoureux contrepoint, Kuerten affirme qu’il ne pourrait en être autrement : « Dès que je pose un pied à Paris, je me sens bien. Comme à la maison ». Ces derniers mots, qui résonnent comme un slogan, sont prononcés dans notre langue. Il regrette d’ailleurs que son français ne soit pas à la hauteur de ses envies. Cependant, son amour pour le pays se passe, selon lui, de mots. « Je ne peux pas vraiment expliquer mon sentiment, c’est de l’ordre de l’immatériel. Tout ce que je peux dire », synthétise-t-il avec un filet d’exaltation dans la voix, « c’est qu’ici, je capte aussitôt dans l’air des ondes favorables. » Un témoignage de fraternité consubstantielle, voilà tout.


TERRE D’ACCUEIL

Les beaux souvenirs affleurent immédiatement en cascade. On a en tête son fructueux parcours de 1997, année où il n’évoluait qu’à la 66e place du classement ATP. Sa tenue jaune et bleue, la marque ostentatoire de sa « brasilianité », passait à l’époque pour aussi folklorique que les extravagances vestimentaires d’Andre Agassi. Cela étant, ce ne furent pas moins de trois anciens vainqueurs de l’épreuve (l’Autrichien Thomas Muster, le Russe Ievgueni Kafelnikov et l’Espagnol Sergi Bruguera) qui passèrent à la trappe. Comment oublier aussi ce cœur tracé dans l’ocre sablonneux à l’aide de sa raquette et dans lequel il finit par s’allonger après son succès, au troisième tour, contre l’Américain Michael Russell ? En 2001, Gustavo Kuerten, alors grand favori, était revenu de nulle part avant de poursuivre sa route et de s’imposer en finale face à Alex Corretja. « C’est cette ultime victoire dans le tournoi qui m’a procuré le plus d’intensité », confie-t-il. Parmi les moments forts, il y eut aussi ses adieux au monde du tennis professionnel effectués sur le Central en mai 2008 face à Paul-Henri Mathieu. S’ensuivit une standing ovation mémorable durant la remise d’un trophée d’honneur.
 

Regrette-t-il que des problèmes récurrents de hanche, survenus dès 2002, l’aient empêché d’asseoir une suprématie encore plus grande ? « Sans cela, j’aurais peut-être pu me rapprocher du palmarès de Björn Borg (six fois vainqueur de Roland-Garros  – ndlr) ou remporter d’autres tournois du Grand Chelem. Mais je n’ai aucun remords. Comment en avoir d’ailleurs ? J’ai été tellement happé par ma carrière que je n’ai jamais eu le temps de regretter quoi que ce soit. Et lorsque je me penche un peu sur mon parcours, je me dis plutôt que c’est une bénédiction d’avoir vécu tout ça. » Comme bon nombre de Brésiliens, Gustavo Kuerten est croyant et son langage emprunte parfois à la mystique. Mais n’allez pas croire pour autant qu’il accorde à Dieu tous les bienfaits de sa plénitude. Lui, l’enfant blessé de Florianopolis, orphelin de père dès l’âge de dix ans et dont le frère cadet souffre d’un sérieux handicap, loue aussi les vertus du libre-arbitre. Croit à la capacité de créer des synergies autour de soi. Est convaincu que la volonté terrasse tous les déterminismes. « C’est un mix de tout cela qui vous porte vers certains sommets. »
 


Ce qui importe le plus, c’est la manière dont vous impliquez les gens dans ce que vous faites. C’est grâce au style que vous obtenez cette chimie entre vous et eux.

Aujourd’hui encore, il incarne à lui seul le tennis brésilien. Personne ne s’est vraiment engouffré dans la brèche qu’il a grande ouverte – Thomaz Bellucci et Joao Souza, les deux meilleurs joueurs actuels, se situent bien au-delà de la cinquantième place. Il pointe sans détours l’inertie des instances dirigeantes du pays. « C’est un paradoxe. Le Brésil adore le sport mais le sport n’est en aucun cas une priorité pour la classe politique. Et cela vaut même pour le football. Concernant le tennis, j’admets que des efforts ont été faits, mais pas assez pour faire éclore des joueurs capables de marquer l’histoire. »

 

UN VÉRITABLE HUMANISTE

Pour sa part, il est engagé sur plusieurs fronts. Impliqué dans de multiples actions humanitaires, soucieux de rendre à la vie ce qu’elle lui a accordé dans de vastes proportions. C’est à travers la fondation portant son nom et prenant en charge plus de sept-cents enfants qu’il exprime le mieux sa veine humaniste. « Je ne supporte pas de voir des gamins livrés à eux-mêmes ne pas avoir la chance et les moyens d’exprimer un talent. Avec ma fondation, j’essaie de donner à des défavorisés une meilleure éducation et l’opportunité de s’en sortir par le sport. Les enfants sont très motivés car ils nous voient un peu comme des sauveurs qui les éloignent de la délinquance. Le succès de cette entreprise est lié à ma réussite sportive, certes, mais désormais il dépasse largement ce simple fait. »
 

Il est aussi un membre éminent du comité national du sport olympique brésilien pour Rio 2016. « Tout semble avancer dans la bonne direction. On a tiré de multiples enseignements de l’organisation de la Coupe du monde de football de 2014 et des troubles qu’elle a pu causer à travers le pays. Il ne faudrait surtout pas qu’une partie importante de la population se sente de nouveau exclue de cet événement universel qui draine a priori des valeurs d’ouverture. »
 

Et puis il y a l’extra-sportif, qui le ramène régulièrement à Paris. Son partenariat avec Lacoste est en vigueur depuis 2012, année où il devint l’égérie de la campagne Unconventional Chic. Quand on lui demande si le fait que ce soit une marque française a pesé dans sa décision, sa réponse se teinte d’accents quasi patriotiques. « C’était et c’est toujours une évidence. Roland-Garros est mon jardin intime et Lacoste reste indissociable de l’histoire du tournoi depuis 1971. On avait d’ailleurs commencé à travailler ensemble en 2004, lorsque j’ai réalisé ma dernière grande performance sur cette terre battue, en barrant la route des quarts de finale à Roger Federer. Mais très vite, j’ai préféré mettre le partenariat en stand-by car je sentais que j’étais moins performant, que mes problèmes de hanche m’empêchaient de me maintenir au sommet du tennis mondial. Je ne voulais pas les décevoir. »


Honnêteté et panache, composantes intégrantes du style qui obsédait en son temps le joueur René Lacoste. Ce dernier estimait que jouer et gagner ne suffisaient pas. Encore fallait-il dessiner un style. Tout un concept, plus large que la simple élégance vestimentaire et qui caractérise davantage un certain comportement sur et en dehors des courts. « Pour moi, ce qui importe le plus, c’est la manière dont vous intéressez, dont vous impliquez les gens dans ce que vous faites » précise Gustavo Kuerten. « Et c’est grâce au style que vous obtenez cette chimie entre vous et eux. Le style, qui reflète un pan de votre personnalité, influence votre adversaire. Ce dernier n’est qu’un humain et il réagit à la façon d’être que vous tentez de lui imposer. Le plus difficile, selon moi, c’est de trouver le sien propre. Du temps où je jouais, je m’inspirais de champions comme Edberg, Sampras ou Agassi. Contre eux, c’était une véritable partie d’échecs, c’est-à-dire style contre style. Moi, j’ai réussi à me définir par rapport à une constante positivité. » Pour en terminer avec le sujet, on évoque Roger Federer, le maître en la matière selon lui. « Il joue au tennis comme s’il incarnait un grand rôle. »
 

Guga se lève. Il est temps de commencer la séance photo, à laquelle il se prête de bonne grâce. Il s’empare avec solennité de la nouvelle raquette Lacoste, la LT12, un modèle (voir encadré) en phase avec l’esprit d’élégance et surtout d’innovation cher au célèbre Mousquetaire – on lui doit, entre autres, l’invention de la raquette métallique ou celle de la machine lance-balles. Pour le Brésilien, l’objet en lui-même génère déjà quelque chose de singulier. « J’ai toujours été totalement obsédé par mes raquettes. En tout cas, fidèle au point que je n’en ai pas utilisé beaucoup au cours de ma carrière. Au grand dam des mes entraîneurs qui me poussaient à la consommation. C’est un peu comme si j’avais une maîtresse. Quand je devais en changer, je recommençais en fait une nouvelle relation amoureuse. » Il soupèse une dernière fois La LT12. Toujours le même geste respectueux, la même clarté enfantine dans le regard « C’est une raquette romantique » finit-il par lâcher. Une dernière petite envolée verbale, telle une ode indirecte à la France. Nous aussi on t’aime, Guga.

IMAGE LAFC STORY

© L'équipe 24/24 2016 - Tous droits réservés

contacts - C.G.U.