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« J’essaie de pousser le snowboard le plus loin possible »
Xavier de Le Rue

« J’essaie de pousser le snowboard le plus loin possible »

Par Bérénice Marmonier , le 31 mars 2015

Sport & Style a interpelé le snowboardeur Xavier de Le Rue après son ride au Xtreme Verbier, finale du Freeride World Tour. Il nous parle de l’évolution de son sport, de ses films, de son drone et de ses projets. LE rider des temps modernes.

C’était samedi dernier. L’Xtreme Verbier by The North Face, finale du Freeride World Tour, s’est tenu sous un soleil radieux face à des dizaines de spectateurs. On a vu triompher le Français Aurélien Ducroz, invité de la compétition, en ski. Côté snowboard, un autre tricolore, Jonathan Charlet, s’est illustré et a décroché la première place. Et à l’applaudimètre, c’est certainement le snowboardeur Xavier de Le Rue, vainqueur du Freeride World Tour en 2008, 2009, 2010 et de l’Xtreme Verbier en 2009 et 2010, qui a été le plus encouragé. Malheureusement, le sportif de 35 ans n’a décroché que la septième place sur les neuf riders en piste. Rencontre.

Comment vous sentez-vous après cette descente ?
Je suis hyper déçu et frustré. Je n’ai pas pu repérer hier, je ne me sentais pas très bien. Je suis arrivé en haut du Bec des Rosses ce matin (samedi dernier, lors du Xtreme Verbier – ndlr) en me disant que je ne voulais pas que ça se passe comme ça. J’ai fait un truc assez simple et en plus j’ai fait une erreur basique. Je suis arrivé en bas pas fier de moi. Même si je prends mes distances avec la compétition depuis quelques années – j’ai gagné ce que j’avais à gagner –, elle me permet de me regarder dans le miroir, de me confronter aux autres, de me forcer à rider fort. Je suis donc déçu.

Quel est votre meilleur souvenir en compétition ?
En 2010, ici, à Verbier. J’avais ouvert une nouvelle ligne que personne n’avait encore rider. J’étais en passe de gagner le titre, il fallait seulement que j’atteigne au moins la cinquième place. Je suis passé dernier, j’y croyais tellement. C’est mon plus beau souvenir de compétition.

Vous avez gagné de nombreux titres, ridé aux quatre coins de la planète. Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui ?
Apporter de nouvelles choses, notamment à travers mes voyages. J’ai appris à utiliser les parapentes à moteur, maintenant les drones. Dans les prochains mois, je vais voyager tout seul avec mon drone qui m’autofilme. Cela fait vingt ans que je suis professionnel et j’ai toujours essayé d’évoluer. Et je pense que c’est ce qui fait que je suis toujours là aujourd’hui.  

Vous êtes donc en train de développer un drone...
Oui, le Hexo +. J’ai créé une société à Grenoble. On a fait un Kickstarter (une plateforme de financement mondial pour les projets créatifs – ndlr) qui a levé un million de dollars, ça a cartonné. Aujourd’hui, nous avons 25 employés et nous livrerons notre drone dans le monde entier cet automne.

Vous travaillez sur le projet d’exploration Degrees North. La dernière étape est le mois prochain. Que ressort-il de cette expérience ?
L’Alaska, c’est la Mecque du freeride, beaucoup de productions sont tournées là-bas. Mais ils font tous la même chose : ils se font déposer en avion dans des zones confinées mais relativement connues. Nous, on a voulu les approcher depuis la mer, amener une nouvelle façon d’aborder cette Mecque. Il en ressortira un film différent des autres.  

Comment vous considérez-vous aujourd’hui ? Un sportif avant tout, un aventurier, un explorateur de l’extrême, un amoureux de la montagne ?
Je suis un snowboardeur qui essaie de pousser le snowboard le plus loin possible. L’aventure et l’exploration m’ont permis d’aller chercher des choses au fond de moi et m’ont fait évoluer.

Trouvez-vous que le freeride a évolué ?
Le niveau, la technique et le matériel évoluent. Donc la performance aussi. Il devient aussi un peu plus grand public, accessible. Un peu moins marginalisé. Généralement quand je montre mes films, les gens me disent que je suis fou. Il y a quand même beaucoup plus derrière et les gens commencent à le comprendre. C’est important de promouvoir ce goût de l’aventure dans cette société où tout doit être contrôlé et maîtrisé. C’est quelque chose qui me tient à cœur.

Le freeride est devenu plus grand public mais le vainqueur du Xtreme Verbier ne remporte que 12 000 dollars... Comment gagnez-vous votre vie ?
Je gagne plus que les compétiteurs. J’ai réussi à construire quelque chose de plus puissant grâce aux films que je produis. La compétition, c’est assez marginal, elle permet de se lancer. Mais après, c’est grâce aux vidéos que des sponsors te suivent, que tu te construis une image. C’est ce que j’ai fait. J’ai gagné des titres, fait des films, créé ma société de production et je gagne dix fois plus d’argent que n’importe quel compétiteur.

Vous êtes-vous déjà dit : « je suis allé trop loin » ? La notion de limites existe-t-elle dans votre sport ?
Oui, tout à fait. Parfois, on se rend compte qu’on est allé trop loin mais ça passe. Et quelques fois, les choses se compliquent avec une avalanche. Ça fait partie de l’apprentissage. Dans ce sport, n’importe quel freerider titillera cette limite.

Vous êtes-vous déjà remis en question ?
Oui, j’ai eu plusieurs épisodes délicats. Je me suis retrouvé dans une énorme avalanche il y a quelques années sur plus de 2,5 kilomètres. C’est un miracle que je sois encore en vie. Je suis aussi passé plusieurs fois pas très loin de la correctionnelle. Alors forcément tu réévalues ta vie, tes priorités. Aujourd’hui, si je ne le sens pas, je n’y vais pas et je n’ai aucun problème avec ça. Question compétition, j’ai atteint une ligne dingue en 2010. Depuis ce jour-là, j’ai l’impression que je ne peux pas aller plus loin. Avant, je voulais toujours pousser et faire évoluer le niveau, je me moquais des résultats. L’évolution dans le freeride se fait dans cette gestion du risque.

Aujourd’hui, quand on est jeune et que l’on veut percer dans le milieu, faut-il toujours être dans l’extrême pour attirer les médias ?
Non. Si tu te sens plus fort que la montagne, tu te fais balayer. Il faut avoir de l’humilité, c’est obligatoire. Tous les freeriders sont cool et c’est plutôt paradoxal par rapport aux autres sports.

Avez-vous un rituel avant de vous lancer ?
Oui, j’essaie d’oublier la compétition et je me force à regarder la pente. Et je me dis : « allez, tu sais le faire, fais-toi plaisir ».

Pratiquez-vous d’autres sports ?
Parapente, surf, VTT... Que des sports en pleine nature. Pour le plaisir. Mais je ne suis pas du tout le sport dans les médias. Je suis un sauvage (rires).

Quand pensez-vous raccrocher ?
Dans 5-10 ans. Je vais arrêter la compétition très prochainement. Ma performance d’aujourd’hui (samedi dernier au Xtreme Verbier – ndlr) m’a bien refroidi. Je ne me suis pas senti à ma place du tout. Je vais davantage rider avec mon drone. Tant que l’inspiration est là, je continuerai à faire des films. Je suis mon instinct.

 

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