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Grimpeur étoile
Thomas Ballet

Grimpeur étoile

Par Claire Byache , le 13 mai 2015

1,73 mètre et une soixantaine de kilos : Thomas Ballet, 25 ans, est l’espoir de la grimpe tricolore. En exclusivité pour Sport & Style, il a défloré la coupole du Printemps à Paris. Portrait sans trucages.

Il s’est passé un truc dans l’escalade. On vous l’a déjà dit, on le répète : les grimpeurs, libérés de leur carcan « normsport », se sont réincarnés en bêtes de scène, hissés au rang de chantres de l’allure, icônes couture à chaussons lacés. Bien. Ce que l’on veut raconter ici, c’est que dans le sillage de cette métamorphose essentielle est apparu un mutant. Thomas Ballet n’a que 25 ans mais, déjà, on sait que sa patte veloutée marquera d’un mousqueton blanc l’histoire de la verticalité. Héros multi-casquette, le garçon cultive les talents avec une aisance déconcertante. Il décroche des titres, poursuit ses études, pense l’avenir et l’actualité de son sport, cherche sans relâche de nouvelles voies de succès. De pérennité. De développement. Membre de l’équipe de France d’escalade depuis 2008, il avoue sans s’excuser : « Je suis – je l’ai toujours été – un compétiteur né ». On lui demande si ses parents étaient mordus de sport. Non. On lui demande s’il est né à la montagne. Non. On lui demande si la famille passait les vacances à randonner gaiement, ou bien si ses parents, peut-être, fantasmaient en secret les sommets et l’immensité. Non. « Je suis né le 1er août 1989 à Dijon. J’ai grandi à Chalon-sur-Saône. Personne ne grimpait dans ma famille. Un jour, ma petite sœur, Lisa, qui était inscrite aux activités d’un centre de loisirs, a été invitée à tester l’escalade sur un petit mur. Elle n’a pas voulu y aller seule, je l’ai accompagnée. » Le petit mur est celui du Club Alpin Français de Chalon, il est installé dans un gymnase. Tout part de là. « Jusqu’au bac, ce gymnase m’a servi de salle d’entraînement. » On peine à y croire, et pourtant. « C’est vrai, je me suis entraîné au sein de cette structure jusqu’à 18 ans, tout en faisant pas mal de natation. Ensuite, ce fut Lyon, l’école d’ingénieur : le tournant. »

OBJECTIF SOMMETS
Résumons. Pas de mentor sportif dans la famille, pas de naissance sur un quelconque spot privilégié. Pas le coup de bol, non plus, de grandir à côté d’une salle réputée, ni celui d’être couvé par un gourou renommé. On insiste. Il finit par dévoiler ce qu’il qualifie de « petite indication » : « Tout petit, je passais mon temps dans le jardin, à escalader le cerisier et le noyer. Mes parents m’engueulaient parce que je montais trop haut. Moi je voyais ça comme un défi : je grimpais pour voir si j’en étais capable. » Voilà. La dope de Thomas, c’est ça : l’envie furieuse de compétition. À voir son visage de premier de la mode sur papier glacé, on ne dirait pas. Pourtant, la réalité est bien qu’il n’a jamais, d’aussi loin qu’il se souvienne, supporté la défaite, de quelque nature qu’elle soit. « Quand j’allais courir avec mon père, par exemple, j’avais horreur d’être dépassé. Plus tard, mon entraîneur a rapidement compris que j’avais un besoin absolu de m’exprimer en situation de compétition. »

Maintenant, il est pro. Ce mental radical lui permet de progresser vitesse grand V. Il s’entraîne 7 jours sur 7, se lève à 7 heures, court ou enchaîne 30 à 60 minutes de corde à sauter pour s’affûter, puis prend son petit-déj. À 9 h, il grimpe – force, tractions 1 bras, 2 bras, déblocages 1 bras, 2 bras, etc. –, puis rebelote à 14 h jusqu’à la fin de journée. Depuis cette année, le coach de l’équipe de France, Corentin Le Goff, veille personnellement au grain. L’objectif ? Se tailler une place en titane parmi les meilleurs. « Le parallèle entre la vie et une voie d’escalade est, et sera, de plus en plus utilisé. Tu entames une voie, tu te lances vers l’inconnu. Tu rencontres des difficultés, tu tombes, tu reprends pied ou recommences depuis le début. Tu te dépasses, surmontes, montes finalement plus haut. Les problèmes rencontrés dans une voie sont la représentation de ceux que l’on est bien obligé de surmonter dans la vie. » L’escalade, un nouveau genre de méditation ? Allez, osons. Et parions que Thomas en sera le gourou le plus convoité. « Le travail du mental, c’est ce que j’aime dans l’escalade. Arriver à se projeter, dire à son corps “tu vas faire ça, et tu vas le faire précisément”. » En s’offrant la coupole dorée du Printemps, il a eu la sensation « d’aider à développer son activité. L’escalade n’est pas réservée à un public à part. Elle est pour tout le monde. J’ai envie que ce soit à la mode. J’ai envie que les gens s’y intéressent. Je pense qu’elle peut les aider à aller mieux. » Un gourou, une belle personne habitée par un sens inouï du mouvement. Un chat. Pas perché.

 

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