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Victor Cruz, le choix de Riccardo Tisci

Victor Cruz, le choix de Riccardo Tisci

Par Julien Neuville , le 27 octobre 2015

En choisissant Victor Cruz, star du football américain, pour incarner la nouvelle collection homme de Givenchy, Riccardo Tisci met un touchdown dans la mare haute couture. Pari audacieux ou génie visionnaire ? Qui sait...

«TISCI » brodé en lettres capitales sur sa casquette. Chaînes en or qui brillent. T-shirt noir saillant de la jeune marque française OAMC. Le pantalon aussi est noir. Ses yeux s’illuminent lorsqu’il entre dans la salle où se trouvent deux portants regorgeant de vêtements Givenchy. Une chemise à carreaux attire particulièrement son attention. «J’ai besoin de cette pièce!» annonce-t-il. Ça sonne authentique. «Depuis que je suis petit, j’aime ça» raconte-t-il. «Mon père n’était pas intéressé par la mode, mais il voulait toujours avoir de l’allure et porter des vêtements bien coupés. Son objectif était d’être le mec le mieux habillé de la pièce. Mon intérêt pour la mode vient de là, et a évolué au fil des tendances et des erreurs que j’ai faites.» Des faux pas, le receveur star des New York Giants n’a pas dû en faire beaucoup, sinon Givenchy ne l’aurait pas choisi comme égérie. Consécration ultime pour ce gamin du New Jersey dont le style de vie a rarement été luxueux. «Ce contrat représente beaucoup pour moi. J’ai toujours été fan de la marque et de Riccardo Tisci (directeur artistique de Givenchy – ndlr). J’ai acheté tellement de pièces qu’aujourd’hui, être ami avec lui et devenir le visage de cette campagne, c’est un rêve devenu réalité», sourit-il, avant de se reprendre. «En fait, non, je n’aurais jamais osé rêver que quelque chose comme ça se produise. Je suis encore sur un nuage, il faut que quelqu’un me pince pour vérifier que tout ça est vrai.» Avalanche de compliments et d’émotions pour Victor Cruz qui, il y a un an, confiait au site anglais MrPorter.com son espoir de collaborer un jour avec Riccardo Tisci.

RÊVE AMÉRICAIN
Aucune autre maison parisienne historique n’aurait pu se permettre d’enrôler un joueur de football américain afro-américain comme poster boy. Pourquoi ? Avec l’esprit insufflé par Riccardo Tisci sur Givenchy, c’est évident. «Victor Cruz est le parfait mix entre charisme, puissance, élégance et beauté. Il y a cette gentillesse chez lui. Si je devais le décrire, je dirais qu’il est un gentleman aux allures de bad boy» explique le créateur italien. Sur chacun de ses défilés masculins, l’influence de la culture américaine est omniprésente. Vêtements inspirés de l’attirail des gangs, maillots de basketball, de football américain et pièces sportswear dont la symbolique parfois violente et péjorative est fracassée par le romantisme italien de Riccardo Tisci.

Les gangs, la violence, la drogue, Victor Cruz a pris tout ça dans la face petit. Fils d’un père afro-américain et d’une mère portoricaine, il grandit à Paterson. Une petite ville de 150 000 habitants, abritant une communauté hispanique importante. Que sa ville natale soit réputée dans toute l’Amérique pour ses ateliers de tissage de soie ne voulait sûrement pas dire grand-chose pour lui. Aujourd’hui, il considère peut-être cela comme un signe du destin.

Joueur impressionnant au lycée, les universités lui claquent pourtant la porte au nez à cause de ses mauvais résultats scolaires. Les bras ballants, il revient chez lui suivre une classe préparatoire. En 2005, l’université du Massachusetts l’accepte, mais ses notes sont toujours un problème. Le voilà de nouveau renvoyé et obligé de suivre des cours privés pour se remettre à niveau. Nouvelle tentative, cette fois avec la détermination d’un gamin qui vient de perdre son père, habité par le poids des responsabilités qui lui tombent alors sur les épaules. Deux années universitaires ponctuées de bonnes statistiques – 130 réceptions et 11 touchdowns en 23 matchs. Malgré tout, la draft le snobe et aucune équipe NFL ne voit en lui une superstar. Trop petit, parcours trop agité. Quelques semaines plus tard, il signe en agent libre avec les Giants de New York. Le club s’apprête à se séparer de lui quand il démolit à lui tout seul les rivaux, les New York Jets, en leur plantant trois touchdowns lors d’un match de pré-saison.

À la conférence de presse d’après match, le coach de l’époque des Jets, Rex Ryan, exprime son admiration pour ce jeune numéro 80. Tout semble enfin s’aligner pour une belle carrière. Le problème avec Victor Cruz, c’est que rien ne se passe jamais comme prévu. Il se blesse à mi-parcours et reste sur le banc tout le reste de la saison. En 2011, il devient titulaire. À son actif, neuf touchdowns et une victoire contre les détestés Patriots de Tom Brady lors du Super Bowl. À l’été 2013, il signe un contrat de presque 46 millions de dollars pour cinq ans. Victor Cruz est enfin devenu le receveur star de la ligue. Et puis il se déchire le tendon du genou droit en novembre dernier. Méchante blessure, qui n’entame  pourtant pas le moins du monde son statut : il reste l’un des meilleurs receveurs de la ligue. Pendant son absence, son coéquipier Odell Beckham Jr se révèle être un receveur acrobatique hors pair. Avec Eli Manning en quarterback, si les Giants peuvent aligner la paire Cruz-Beckham en receveurs, ils deviendront l’une des attaques les plus menaçantes de la NFL. Mais le 13 septembre, lors du match d’ouverture de la saison 2015-2016 contre les Cowboys de Dallas, Cruz était toujours absent du terrain et les Giants se sont inclinés 27 à 26. La menace va encore se faire attendre.

Des hauts et des bas certes, mais une ascension miraculeuse. Un peu comme Riccardo Tisci, élevé avec ses huit sœurs par sa mère dans un petit village du sud de l’Italie prédominé par la classe ouvrière, quittant le nid familial à 17 ans pour la Central Saint Martin’s School de Londres, devenu aujourd’hui l’un des créateurs les plus adulés du monde. «Nos histoires ont beaucoup de points communs» estime Victor Cruz. «Elles ont les mêmes fondations: deux hommes qui sont partis de rien et ont travaillé comme des forcenés pour être là où ils sont aujourd’hui, au sommet de leurs professions. C’est cette énergie qui nous a rapprochés.» Mais au fait, Riccardo Tisci est-il vraiment conscient de son talent sportif ? « Je ne crois pas qu’il suive de très près le football américain, je pense que quelqu’un lui a parlé de mes performances. En tous cas, il sait que j’ai gagné le Super Bowl. Enfin, je pense. Mon but est de l’amener à un match, on verra si j’y arrive ! »

 

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