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Voyage au coeur de l'Arctique avec Sebastian Copeland

Voyage au coeur de l'Arctique avec Sebastian Copeland

Par Lou van Noort , le 14 décembre 2015

Depuis 10 ans, Sebastian Copeland multiplie les voyages aux deux pôles de la planète bleue, se faisant ainsi le témoin de la disparition progressive des plus grandes étendues blanches. Un récit qu’il dévoile autour des 200 photos de son livre « Arctica : The Vanishing North ». Voyage sur un territoire agonisant.

Votre livre Arctica : The Vanishing North rapporte 10 ans d’exploration polaire en Arctique. Auparavant, vous avez également voyagé au sud, en Antarctique. Quelle est la plus grande différence entre ces deux environnements ? 
La plus grosse différence entre l’Antarctique et l’Arctique, c’est que le premier est un continent entouré d’océans alors que le second est un océan entouré de continents. La majorité du territoire de l’Arctique est donc un océan gelé très proches de terres qui sont directement influencées par son écosystème alors que l’Antarctique est complètement isolé du reste du monde pendant huit mois de l’année.

Comment êtes vous passé de photographe de studio à photographe de banquise ?
Pendant mes études à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), j’ai commencé par photographier des célébrités, réaliser des shooting pour des publicités et des posters de films parce que mon environnement s’y prêtait mais j’ai toujours été attiré par la montagne. Ces activités me permettaient de financer quelques excursions ponctuelles. Puis à 35 ans, j’ai trouvé des sponsors comme Hewlett-Packard, au départ, puis Napapijri ensuite, qui m’ont permis de recentrer mon travail de photographe sur ce qui m’animait réellement : ma passion pour l’environnement.

Pourquoi vous êtes vous concentré sur la fonte de la banquise plutôt que le phénomène de déforestation en Amazonie, par exemple ?
Je suis fan des régions froides, isolées et antagonistes à la vie humaine. Les régions polaires correspondent à ces critères. Elles me permettent d’allier mon besoin en adrénaline, mes défis physiques, ma passion pour l’environnement et mes qualités de photographe. De plus, petit, j’étais fasciné par les récits de Jack London, comme son roman, Croc-Blanc. J’ai donc pu, une fois adulte, retrouver la source de mes passions en photo.

Quel a été le déclic ?
Je ne pensais pas que j’allais complétement abandonner ce travail qui était assez lucratif mais plutôt vide de sens. Il est difficile de se concentrer sur des problèmes environnementaux et de continuer à faire un travail commercial dans le même temps. Il y a comme une dissonance entre les deux. Grâce à des sponsors avec qui je partageais certaines passions, comme Napapijri qui signifie d’ailleurs « l’Arctique » en finnois, j’ai eu l’opportunité de me réorienter vers quelque chose qui m’intéressait réellement.

Êtes-vous désormais critique vis à vis de la photographie commerciale ? 
Du tout. Parce que j’ai eu une grande chance de pouvoir m’exercer à cette profession qui m’a permis d’avoir une compréhension plus grande du métier de photographe. Mais je ne voulais plus m’impliquer de manière professionnelle dans quelque chose qui n’a pas de durée dans le temps et qui prône le consumérisme, quelque chose qui va fondamentalement à l’encontre du travail de conservation que je réalise.

Entre esthétisme et travail d’alerte, quel est l’effet recherché à travers vos photos ?
Ce que j’espère, c’est engager un dialogue, débloquer une sensibilité afin de créer une discussion qui pourrait mener à l’engagement. Pour réagir de façon intellectuelle, il faut d’abord être familiarisé à un problème de façon émotionnelle. C’est peut-être plus efficace qu’une discussion politique. Pour moi, la photo marque le début de cette discussion politique. Elle permet de sensibiliser une audience par rapport à un environnement qui peut être perçu comme très éloigné et uniforme. En réalité, ces espaces polaires sont pleins de variations. Si on est sensibilisé à cette richesse, on est sans doute plus à même d’avoir un désir de la protéger.

Y-a-t-il une photo particulièrement bouleversante dans votre collection ?
Celle qui répondrait directement au terme « bouleversant », c’est sûrement celle de la dépouille de cet ours mort de faim. C’est un phénomène très rare dans un environnement aussi naturel. Cette photo entraîne une réponse émotionnelle immédiate.

Un reportage sur la banquise, c’est une vraie aventure. Vous êtes sportif mais les conditions climatiques y sont vraiment extrêmes. Prenez-vous des risques ?
Les conditions sont extrêmes, oui. C’est un voyage en solitaire, même si nous partons certaines fois en duo en fonction des conditions de voyage. J’ai forcément pris des risques, en me retrouvant proche d’ours par exemple, ou en voyageant sur des glaces fragiles. Mais j’ai été jusqu’ici assez chanceux pour continuer.

Vous vous déplacez en kite-ski, c’est plutôt original !
C’est un sport peu connu car il nécessite de grands espaces. C’est un équipement particulièrement adapté à la Norvège, à la banquise et aux calottes glacières. C’est un moyen de locomotion pratique mais on ne peut pas l’utiliser partout : certaines fois les vents sont trop forts. Parfois, on peut seulement marcher.

Votre père, Jean-Claude Casadesus, est un brillant chef d’orchestre. En quoi vous a-t-il inspiré ?
L’héritage de mon père se traduit, d’une part, dans ma discipline personnelle et mon éthique de travail et, d’autre part, dans ma sensibilité artistique. Si nous n’exerçons pas dans le même domaine, nous avons tous les deux besoin de cette sensibilité par rapport à l’expression artistique et c’est, sans aucun doute, de lui qu’elle me vient.

Arctica : The Vanishing North
Ed. TeNeues
304 pages
98,00€
www.teneues.com

 

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