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Interview croisée avec les rideuses Anne-Flore Marxer et Estelle Balet

Interview croisée avec les rideuses Anne-Flore Marxer et Estelle Balet

Par Bérénice Marmonier , le 08 février 2016

Lors de la deuxième étape du Freeride World Tour à Chamonix, les deux snowboardeuses Anne-Flore Marxer et Estelle Balet ont terminé respectivement à la première et deuxième place. Sport & Style les a rencontrées quelques heures après la course.

Anne-Flore Marxer, c’est la snowboardeuse touche-à-tout. À 32 ans, la Franco-Suisse performait en slopestyle avant de se rattacher au freeride – elle est devenue championne du Freeride World Tour en 2011. Avec dix ans de moins, la Suisse Estelle Balet est une des snowboardeuses les plus prometteuses du moment. Après avoir terminé deuxième du Freeride World Tour en 2014, elle remporte le titre l’année suivante. Les deux freerideuses, qui ont décroché les deux premières places du podium à Chamonix vendredi dernier, se sont prêtées au jeu des questions-réponses. Entre amies.

Anne-Flore, première, et Estelle deuxième. Vous signez une belle performance à Chamonix...
Estelle :
Oui, on a ridé dans des conditions de rêve. Il a neigé 40 centimètres au cours des derniers jours avant le Freeride World Tour. Ce sont des conditions que l’on a rarement en compétition. Généralement nous nous adaptons, comme en Andorre où il n’y avait pas de neige. La face de Chamonix est une des meilleures que l’on ait sur le Tour. Elle n’est pas très longue, mais elle comprend de nombreuses options qui permettent à tous les styles de riders de s’exprimer.
Anne-Flore : C’est vrai que les conditions étaient parfaites. J’avais prévu un run où j’allais pouvoir marquer des points. Finalement, quand je suis arrivée en haut, il y avait une partie de la pente qui n’avait pas du tout été exploitée. Et je me suis dit, compétition ou pas, je fais du snowboard parce que j’aime me faire plaisir. Aujourd’hui, je n’ai pas réfléchi, j’ai foncé.
Estelle : Alors que moi j’ai trop réfléchi (rires) !
Anne-flore : Estelle a fait une ligne très technique, la plus intéressante en termes de points. Alors que pour ma part, j’ai abandonné l’idée de faire un run de compétition. Je suis allée vite et je me suis fait extrêmement plaisir. Et ça a dû se voir.


Le run d'Anne-Flore Marxer au Freeride World... par SportandStyle

Il y a toujours en vous cette remise en question ?
Anne-Flore :
La compétition est compliquée pour moi, je ne me sens pas très à l’aise. Aujourd’hui, j’ai arrêté d’essayer de rentrer dans le moule de la compétition et j’ai fait le run que j’aurais fait si j’étais allée faire des images en montagne. La vie est courte, il faut profiter de chaque moment.

Préparez-vous votre run en amont ? Et cela vous arrive-t-il de le changer à la dernière minute ?
Estelle
 : Cela dépend des caractères. Je sais que je ne peux pas tout changer au dernier moment, sinon je me plante. J’ai besoin de connaître la face. Je vais la voir la veille de la compétition et je travaille sur photos le soir où je dessine ma ligne pour l’avoir en tête. Comme un enfant à l’école. Anne-Flore, c’est le contraire. Elle regarde la face, elle se fait une impression et c’est en haut qu’elle choisit la ligne où elle se fera le plus plaisir.
Anne-Flore : J’essaie de me préparer comme Estelle, mais ça ne fonctionne pas chez moi. Je subis mal la pression.
Estelle : C’est vrai que d’une manière, on risque notre vie. On a toutes la boule au ventre. C’est une importante dose de pression. Surtout qu’on arrive sur le lieu de la compétition un ou deux jours avant. On observe la face, on s’intéresse aux conditions de neige. La pression ne fait que monter. C’est seulement quand je passe la ligne d’arrivée que je respire.

De quelle manière évacuez-vous toute cette pression en haut de la montagne ?
Anne-Flore :
Aujourd’hui (vendredi 6 février – ndlr), quand je suis arrivée en haut et que j’ai vu ce run devant moi, j’ai pensé à toutes les personnes qui me manquent. J’avais Camille Muffat, Alexis Vastine, Florence Arthaud (décédés dans un accident d’hélicoptère sur le tournage de l’émission de téléréalité Dropped, à laquelle participait Anne-Flore Marxer – ndlr) dans le cœur, ainsi que mes amis Carl et Lionel. Je me suis dit : ce run-là, il est pour vous les copains.

Quand vous êtes-vous rencontrées pour la première fois ?
Estelle
 : À Chamonix, l’année passée. En dehors des compétitions, chacun est à l’autre bout du monde quand l’autre est à la maison. Le Freeride World Tour a ce côté social où on rencontre des riders incroyables.
Anne-Flore : Estelle a toujours le sourire, on s’entend super bien. Alors que j’ai plus de dix ans de plus qu’elle ! C’est aussi ça le freeride. On n’est pas dans un moule rigoureux. Chaque rider a un background différent et son univers. J’ai commencé par le freestyle, et ça se ressent dans ma manière de rider. Alors que ceux qui viennent du boardercross vont maîtriser les mauvaises conditions et aller très vite. Mais cela sera moins artistique. C’est ce qui fait la beauté de ce sport. Cette diversité est belle à regarder.
Estelle : Et tous les athlètes sont très abordables. C’est facile de parler avec le gagnant, c’est quelque chose que l’on a perdu dans les autres sports. Il n’y a plus de contact avec les gens que tu fais rêver.

Quand avez-vous commencé le freeride ?
Estelle
 : J’ai commencé par les Freeride junior, puis le Qualifier, le circuit européen, avant de passer sur le FWT. J’ai donc derrière moi six années de compétition.


Le run d'Estelle Balet au Freeride World Tour... par SportandStyle

Et comment et quand se dit-on quand on fait du ski, j’ai envie d’aller plus loin, plus haut ?
Anne-Flore :
Je fais partie d’une famille de champions de ski. Ma mère m’a mise sur des skis à l’âge de 1 an, avant que je sache marcher. J’ai toujours refusé de faire des compétitions quand j’étais jeune. J’ai commencé le snowboard adolescente, ça avait ce côté rebelle, aventurier. J’ai fait du slopestyle et j’ai lié ça au hors-piste. On construit à la main des gros sauts, on cherche du terrain vallonné. Puis mon regard s’est élevé. J’ai voulu commencer tout en haut, en utilisant la diversité du terrain pour faire des sauts et ça devient du freeride. J’ai fait une saison de compétition et des voyages extraordinaires en Patagonie ou au Groenland. Et l’année dernière, je me suis remise à la compétition et j’ai ainsi rejoint les copines.

Y a-t-il une forte compétition entre les rideuses ?
Estelle :
Un peu. Mais peu de filles font du snowboard. On a les mêmes intérêts, les mêmes caractères, donc on s’entend forcément. Il faut être battante pour faire ce sport. Ce n’est pas en claquant des doigts qu’on y arrive. Je me suis tout de suite très bien entendue avec Anne-Flore et Marion Haerty, une Française qui nous a rejoint cette année. On est toutes les trois dans la même chambre, et c’est le bonheur. Il y a beaucoup de respect entre nous.
Anne-Flore : De manière générale, pratiquer le sport à haut niveau est compliqué quand on est une femme. Toutes les sportives professionnelles sont des femmes extraordinaires qui inspirent et qui donnent envie de repousser ses limites.

Anne-Flore, quelles sont les rencontres les plus marquantes que tu aies faites ?
Anne-Flore :
Camille Muffat et Florence Arthaud, qui étaient pour moi la référence sportive du côté des femmes.
Estelle : Camille était multi-médaillée olympique et elle était très abordable. Il y a beaucoup plus qu’un sportif derrière les médailles. On avait tellement de choses à apprendre d’elle.

Vous êtes-vous déjà fait peur en ridant, au point de douter ensuite de votre sport ?
Estelle
 : J’ai été prise dans ma première avalanche en Alaska, le jour précédant la compétition, en mars dernier. Je n’ai plus beaucoup ridé ensuite. J’avais du mal à retourner en altitude en début de saison. On fait un sport dangereux oui, mais si on arrête à cause du risque, on sera malheureux. Il faut juste peser le pour et le contre. On s’informe le plus possible, on est équipés. C’est notre travail finalement.
Anne-Flore : Je me suis posée des questions quand il arrivait des couacs à mes copains. Une très bonne copine, Aline, s’est cassée la nuque quand on était ensemble en montagne. Et cela m’a fait beaucoup plus réfléchir que si cela m’était arrivé à moi.
Estelle : Je me dis que j’aimerais me faire prendre dans l’avalanche plutôt que ce soit une autre. Quand quelqu’un se blesse gravement, cette image te reste à vie.

Avez-vous des projets pour cette saison ?
Estelle
 : Je vais tourner un film en Suisse, dans le Valais. Le but est de redécouvrir tout ce que je connais depuis toute petite et d’aller creuser plus loin avec des copains. J’espère qu’Anne-Flore me fera l’honneur de venir avec moi une journée.
Anne-Flore : Avec plaisir ! Pour ma part, des vidéos vont sortir cet hiver, notamment une que l’on a pu réaliser grâce à Zipo. Et j’ai d’autres projets pour l’hiver prochain. Je vais aller là où il y aura de la bonne neige. Lors des compétitions, les conditions ne sont pas toujours favorables car les lieux sont choisis plusieurs mois en amont. Alors que je ne me fais plaisir que quand je trouve de la bonne neige.

Quels sont vos spots de ride préférés ?
Estelle
 : Le Valais. À la maison. On a tellement de stations, de paysages et de terrains différents que je trouve tout ce qu’il me faut.
Anne-Flore : Aussi par ici, ma station est Samoëns. Je ride là-bas depuis toute petite. Pour moi, Chamonix, c’est vraiment les plus belles montagnes du monde.
Estelle : On en voit toute l’année, mais à chaque fois que l’on revient ici, on est impressionnées. On n’est pas blasées et je crois qu’on ne le sera jamais. Enfin j’espère.

Trois adjectifs pour résumer le freeride ?
Estelle
 : Liberté, les copains et les copains.
Anne-Flore : C’est de jolis adjectifs, ça (rires) !
Estelle : J’aime la liberté que cela me donne, j’aime cette famille que l’on retrouve chaque année et les frissons. Cette pression que l’on se met, c’est trop bon finalement.
Anne-Flore : Pour moi, c’est les sensations, le grand air. Les montagnes sont tellement magnifiques, je ne pourrai jamais m’en passer. Et repousser ses limites, toujours.

 

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