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Dan Carter, rugbyman haute couture

Dan Carter, rugbyman haute couture

Par Olivier Bras , le 03 mars 2016

Pour notre spécial mode, c’est Dan Carter, le meilleur joueur de la dernière Coupe du monde de rugby, qui ouvre la partie. Sans complexe, l’ex-All Black s’est prêté au jeu d’une série mode audacieuse.

Face à cette sorte de kilt très tendance, Dan Carter se montre à la fois curieux et inquiet. Il ne sait pas vraiment à quoi il ressemblera dans ce vêtement très près du corps, mais on sent son envie de voir le résultat. En revanche, en l’enfilant, il ne peut s’empêcher de penser à ses partenaires du Racing 92. « Mes coéquipiers vont se marrer quand ils verront les photos », lâche-t-il en souriant. Il donne même déjà les noms de ceux qui ne devraient pas le rater, à commencer par ses compatriotes Chris Masoe ou Ben Tameifuna. « Normal, ils seront jaloux », plaisante-t-il.

Pendant près de quatre heures, Dan Carter enchaîne les photos, change de pose, de vêtements, d’attitude aussi. Heureusement, il ne porte aucun stigmates de ses derniers entraînements ou matchs sur le visage. Avec son 1,78 mètre et ses quelque 96 kilos, le joueur ne correspond pas vraiment aux canons traditionnels de la mode. Lui-même se définit comme « court et trapu » (« short and stumpy »). Doté d’une musculature impressionnante et d’un visage de jeune premier, le meilleur joueur de la dernière Coupe du monde de rugby a néanmoins d’autres atouts à proposer. Et sait parfaitement s’adapter aux requêtes des deux photographes de Sport&Style qui lui demandent d’alterner les poses arrogantes ou glamour. « Je suis un joueur de rugby, pas un mannequin. Je ne fais pas cela naturellement. Mais j’aime aller vers ce truc complètement différent, en dehors de ma zone de confort. C’est un nouveau défi et j’apprends », confie Dan Carter. Et, de l’avis des experts chargés ce jour-là du shooting, le Kiwi s’en sort très bien.

En signant pour trois saisons au Racing 92, Dan Carter savait qu’il pourrait découvrir un univers qui l’attire depuis de longues années. « J’aime la mode, et Paris est l’un des meilleurs lieux pour s’en imprégner. Alors, j’en profite », explique-t-il. Les premières opportunités n’ont pas tardé à se présenter. Huit semaines après son arrivée en France, il est assis au premier rang du défilé homme Louis Vuitton organisé dans les grandes serres du parc André-Citroën. Son épouse Honor et lui sont installés entre Delphine Arnault et Michael Burke, respectivement directrice générale adjointe et PDG de Louis Vuitton. Non loin d’eux se trouvent d’autres invités VIP de la maison : les acteurs Xavier Dolan et Michael B. Jordan, le pilote de Formule 1 Lewis Hamilton, Jade et Georgia May Jagger... Ce jour-là, Dan Carter rencontre Kim Jones, le directeur artistique de la maison. Et il poste quelques heures plus tard un message de remerciement pour cette invitation, en ajoutant une photo sur laquelle il porte un blouson de cuir orné d’un col en mouton retourné.

Le sportif en état de grâce
Deux jours plus tard, le couple Carter assiste au défilé Dior Homme au Tennis Club de Paris. Un agenda mondain qui révèle, selon les médias néo-zélandais, que Dan et Honor, venus s’installer en France avec leurs deux enfants, s’habituent vite aux codes parisiens. Et si certains se sont montrés surpris de voir un rugbyman poser aux côtés de Sidney Toledano, PDG de Dior, l’aisance de Dan Carter dans ce milieu montre qu’il colle parfaitement au casting. La maison de couture aime « l’image qu’il représente » et précise que la famille Arnault apprécie beaucoup ce sportif. Est-il alors possible d’envisager qu’une relation plus solide se noue entre Carter et cette marque ? Pas de réponse officielle à ce sujet, mais il est évident que la personnalité de ce rugbyman ne manque pas d’attrait. Une autre preuve ? La maison horlogère TAG Heuer, appartenant comme Dior et Louis Vuitton au groupe LVMH, n’a pas hésité une seconde à ouvrir grand ses portes au meilleur rugbyman du monde qui avoue apprécier les montres. Chez TAG Heuer, Dan Carter est désormais un « ami de la marque ». Traduction : il n’a pas signé de contrat d’ambassadeur, mais il bénéficie d’un traitement de faveur. Un ami, quoi.

Depuis le début de sa carrière professionnelle, Dan Carter sait jouer de sa plastique. Quelques mois après avoir décroché sa première sélection chez les All Blacks en juin 2003, il dispute la Coupe du monde en Australie. Une ascension sportive fulgurante accompagnée d’une médiatisation express. Dan Carter devient rapidement une icône All Blacks. Son physique attire presque logiquement l’attention des agences de publicité qui sautent sur cette pépite, par le biais de contrats signés avec la fédération néo-­zélandaise de rugby ou directement avec le joueur. Au fil des années, Dan Carter apparaît pour des campagnes de la marque de sous-vêtements Jockey, de Rexona, de Mastercard ou d’AIG. Et il représente depuis de longues années la marque adidas, à la fois par le biais de l’équipe des All Blacks et d’un contrat personnel qui a été renouvelé pour trois ans en juin 2013. Celui qui a été élu trois fois meilleur joueur de rugby du monde (2005, 2012, 2015) fait partie d’un impressionnant petit cercle de champions du marketing qui regorge habituellement de stars (suite p. 69) du football. Dan Carter en apprécie particulièrement certains, dont Leo Messi, son « adidas Brother », qu’il a félicité sur Twitter pour son cinquième Ballon d’Or.

L’ovale fait moins de ronds
Si les deux hommes ont en commun de faire la promotion du même équipementier et l’amour du FC Barcelone, le meilleur rugbyman du monde et son alter ego du ballon rond sont loin de partager la même popularité. Sur les réseaux sociaux, la comparaison est implacable : Leo Messi possède plus de 36 millions d’abonnés sur Instagram et a franchi le cap des 83 millions sur Facebook. Carter est, lui, suivi par environ 575 000 personnes sur Instagram et moins d’un million sur Facebook. « Dan Carter a beau être le meilleur dans son sport, il reste très loin derrière les grandes icônes du sport actuelles. Et ces chiffres sur les réseaux sociaux sont un bon indicateur de notoriété », explique Pierre de La Ville-Baugé, directeur associé chez Sport Market, une agence conseil en marketing sportif.

Ces mêmes disparités se retrouvent sur le plan des salaires que se voient proposer les deux champions. Le salaire annuel de l’attaquant du Barça avoisinerait cette saison les 23 millions d’euros, tandis que celui de Carter est évalué à 1 million par an (le Racing 92 refuse de donner le chiffre exact). Un chiffre qui fait de lui le plus gros salaire du Top 14 et l’un des joueurs de rugby les mieux rémunérés dans le monde. Le Néo-Zélandais se situe donc très loin derrière Messi et ses incroyables rentrées publicitaires. Un fossé qui s’explique par la moindre médiatisation des joueurs de rugby, liée à l’essence même du sport qu’ils pratiquent. Le phénomène de starification y est bien moins prononcé, voire carrément absent au sein de certaines équipes. Et même un joueur du calibre de Dan Carter, détenteur du record de points marqués par un joueur en sélection nationale avec un total de 1 598 points en 112 matchs avec les All Blacks, n’écrase jamais littéralement ses coéquipiers. Les valeurs du rugby sont basées sur le collectif et rarement un joueur est parvenu à s’imposer comme une figure incontournable, un élément indispensable sans lequel son équipe ne peut espérer gagner. Carter a certes largement contribué à la victoire des siens lors de la finale de l’édition 2015 de la Coupe du monde face à l’Australie en marquant 19 points au pied (4 pénalités, 2 transformations et 1 drop), mais il a surtout concrétisé ce jour-là l’écrasante domination collective des All Blacks.

Lomu, le précurseur
« Dans le rugby, les équipes sont plus fortes que les joueurs », analyse Pierre de La Ville-Baugé, en mentionnant une exception notoire, un autre joueur All Blacks devenu une véritable légende. « Seul Jonah Lomu est sorti du cadre de son sport et s’est transformé en icône internationale. Ça partait du sport puisqu’il avait littéralement écrasé la Coupe du monde 1995 par ses qualités sportives. Mais ensuite, l’attraction qu’il a générée pour les sponsors, et le fait que l’on n’ait pas uniquement parlé de lui dans les médias sportifs, l’ont transformé en ambassadeur numéro 1 du rugby. Ce que Dan Carter est, pour l’instant, loin d’incarner. » Deux hommes qui, à vingt années d’écart, ont réussi à inscrire leur nom dans la prestigieuse liste du sportif international de l’année établie par la BBC. En 1995, Lomu avait ouvert la voie en devenant le premier joueur de rugby à XV distingué par la radio britannique. Des personnalités de la trempe de Cristiano Ronaldo, Usain Bolt ou Rafael Nadal ont succédé au phénoménal ailier All Blacks, décédé le 18 novembre dernier. Et Dan Carter a pris la relève de Lomu dans le palmarès de 2015, au terme d’une brillante Coupe du monde qui a vu les All Blacks soulever une troisième coupe Webb Ellis.

Pour imposer son image sur la planète entière, Jonah Lomu avait pu s’appuyer sur un physique hors normes. Ses mensurations étaient bien supérieures à celles des ailiers qui occupaient traditionnellement son poste, où vitesse et vivacité sont des qualités essentielles. Jonah Lomu mesurait 1,96 mètre et pesait près de 120 kilos. Le monde entier avait découvert un phénomène athlétique, un homme à la fois capable de renverser ses adversaires et de réaliser des gestes techniques d’une grande difficulté. Une formule que le Français Sébastien Chabal a partiellement reprise quelques années plus tard. C’est par ses qualités de combattant et de féroce plaqueur que Chabal s’est distingué, d’abord dans l’Hexagone puis outre-Manche. Mais s’il a ensuite franchi un cap en termes de notoriété, c’est en grande partie grâce à son image. Ses cheveux longs et sa barbe fournie lui ont notamment valu le surnom d’« homme des cavernes » en Angleterre. Le joueur était redouté et redoutable.

Dan Carter n’est, lui, ni un bulldozer, ni une gueule marquante du monde du rugby. Et son profil de « père de famille » peut, paradoxalement, nuire à sa médiatisation. « Il est presque trop parfait et manque d’aspérités », explique Virgile Caillet, économiste du sport et expert en marketing sportif. « Les gens ont besoin de se projeter sur des personnalités dont ils n’auront jamais le caractère », ajoute-t-il en citant Zlatan Ibrahimovic. « Le Alain Delon du football, un personnage certes clivant, mais qui ne laisse pas indifférent. » Et Carter confesse lui-même, en novembre dernier, dans l’émission Seven Sharp réalisée par la télévision néo-zélandaise,qu’il ressemble désormais beaucoup (trop) à un gendre idéal. « Je me suis fait à l’idée que je ne suis plus le jeune sex-symbol que j’ai pu incarner au début de ma carrière. Je pense que je suis plus un père de famille maintenant. »

Il est d’autant plus difficile pour les rugbymen d’accéder à une très large popularité en France que leur discipline reste confinée à un cercle d’amateurs très réduit par rapport à celui du football. « Le football en France, c’est environ 2,1 millions de licenciés et plus de 4 millions de pratiquants. De l’autre côté, le rugby, c’est 350 000 licenciés et peu de pratiquants en dehors des structures de club. Forcément, il y a un effet mécanique, et les rugbymen s’adressent à une population plus réduite. Et Dan Carter ne peut donc pas dépasser une certaine sphère », estime Virgile Caillet.

Il peut, en revanche, marcher dans les pas d’un Jonny Wilkinson, les deux hommes se ressemblant à maints égards, à commencer par leur poste d’ouvreur et leurs qualités de buteur. Champion du monde en 2003, l’Anglais est le grand artisan de l’avènement du RC Toulon au niveau européen. En l’espace de cinq saisons, « Wilko » réussit à acquérir une dimension médiatique exceptionnelle en France, dont il tire profit sur le plan financier. En utilisant une arme que Carter ne possède pas encore, la maîtrise de la langue française. Mais le Néo-Zélandais peut capitaliser sur une première expérience dans le championnat français puisqu’il a déjà porté les couleurs de Perpignan. Arrivé chez les Catalans en décembre 2008, il ne dispute que cinq matchs avant de souffrir d’une rupture du tendon d’Achille au pied gauche. Opéré à Lyon, Carter reste aux côtés des Catalans lors des mois suivants et fête avec eux leur titre de champion de France. Côté sportif, l’encadrement loue alors son influence au sein du groupe malgré son absence sur le pré. Et côté marketing, les dirigeants se félicitent des importantes ventes de produits portant le nom de la star néo-zélandaise tout au long de la saison.

La popularité de Wilkinson et de Carter amène des éditeurs français à s’intéresser à leurs autobiographies publiées d’abord en anglais. Celle de Wilkinson sort en français en septembre 2012, alors qu’il porte encore les couleurs de Toulon, et les éditions Marabout viennent de publier celle de Carter, Mon histoire, tirée à 30 000 exemplaires. Les ventes de cet ouvrage donneront une bonne indication sur le phénomène Carter dans l’Hexagone. Une autobiographie que Carter termine quelques heures après la finale de la Coupe du monde, en livrant par téléphone à son co-auteur, Duncan Greive, ses sentiments sur la victoire des Blacks. Dans la foulée, le livre part à l’imprimerie.

Un titre à tout prix
Âgé de 34 ans, Dan Carter sait que ses années sportives sont comptées. « Je suis là pour jouer au rugby », assure-t-il, en insistant sur le plaisir qu’il ressent à jouer avec le Racing 92, au milieu d’une constellation de joueurs internationaux. Mandaté par le Racing 92 pour suivre cette étoile du rugby mondial, l’agent Laurent Laffitte, qui connaît le personnage depuis de longues années, n’a aucun doute sur son implication sportive. D’une part parce qu’il s’agit d’un « garçon extrêmement professionnel, en dehors du terrain comme au rugby », sur lequel on peut « compter à 300 % ». Et d’autre part car il est déjà bien rodé à cet exercice. « Les sollicitations qu’il a gérées pendant les douze dernières années en Nouvelle-Zélande et en Asie, c’était bien plus qu’ici », rappelle-t-il. Au même titre que ses coéquipiers, Carter se doit de participer à certains événements organisés par le Racing 92 pour des partenaires du club comme Natixis ou le groupe coopératif agricole InVivo. Mais le président Jacky Lorenzetti a lui-même prévenu qu’il ne comptait pas faire de la star néo-zélandaise un « abribus », en expliquant que le choix de Carter répondait avant tout à des critères sportifs. Et si la victoire finale est au rendez-vous cette saison – que ce soit en Coupe d’Europe, en Top 14, voire dans les deux compétitions –, le club des Hauts-de-Seine verra son investissement rentabilisé.

Les premières sorties de Carter sous le maillot ciel et bleu ne peuvent que conforter le Racing 92 dans son choix, sur le terrain comme en dehors. « Dan est un type super bien élevé, très élégant, très humble et il aime la vie. C’est un vecteur de communication assez hallucinant. Le moindre truc que l’on organise avec lui génère des retombées un peu partout », raconte Arnaud Tourtoulou, directeur général hors sportif du Racing 92. Et à chaque fois que Carter participe avec son club à une manifestation ouverte au public, il agit comme un véritable aimant. Tourtoulou assure « crouler » sous les demandes d’interviews de journaux ou de télévisions pour cette star et voit notamment passer des sollicitudes inhabituelles, parmi lesquelles se trouvent l’émission de l’animateur Patrick Sébastien ou le magazine Paris Match. Du coup, la file d’attente est longue, d’autant que le club veille sur le bien-être de sa star. « Notre objectif est de préserver le joueur de rugby avant tout. Il est là pour faire gagner le club, car nous avons besoin d’un titre pour le lancement de notre nouvelle Arena », explique Arnaud Tourtoulou en faisant allusion à l’enceinte sportive de 30 000 places en construction à Nanterre, dont l’inauguration est prévue pour la fin de l’année.

Chaque début de semaine, le club fait le point avec Carter sur les sollicitations reçues et établit, en accord avec lui, un planning d’opérations. Et comme ses coéquipiers, le Néo-Zélandais peut utiliser sa journée de repos hebdomadaire pour mener librement ses activités personnelles. Laurent Laffitte assure que l’emploi du temps de cette star du ballon ovale est bien plus léger depuis qu’il a renoncé à poursuivre sa carrière internationale. « Être un All Blacks prend énormément de temps aux joueurs », note-t-il en listant les tournées et engagements qui les tiennent éloignés de leurs familles. Désormais, Carter n’a plus qu’à se concentrer sur les matchs du Racing 92 qui, hormis un récent saut de puce à Hong Kong pour un match amical contre les Highlanders, joue dans un rayon géographique assez limité. Du point de vue d’un joueur habitué à disputer le Super 15 en Nouvelle-Zélande, Australie et Afrique du Sud, les déplacements européens ne sont guère impressionnants. 

À l’instar de ses partenaires, Dan Carter rêve d’effectuer un voyage en fin de saison hors des frontières de l’Hexagone. Pour la première fois dans l’histoire du Top 14, la finale aura lieu à l’étranger, dans le mythique stade du Camp Nou à Barcelone, devant près de 100 000 spectateurs. L’espace d’une soirée, Messi et la pléiade de stars du Barça seront remplacés par des joueurs de rugby. Un défi qui excite logiquement le compétiteur Dan Carter. Et si son club venait à se qualifier pour cette finale, et à la gagner, l’ouvreur ou centre du Racing 92 sait déjà quel accessoire de mode il pourrait arborer après le match. Invité en décembre dernier de l’émission Canal Rugby Club, il s’est vu offrir par Philippe Guillard le nœud papillon rose que cet ancien rugbyman arborait sur le terrain en 1990, date à laquelle le Racing Club de France, ancêtre du Racing 92, a été champion de France pour la dernière fois. Une relique vestimentaire qui, sans nul doute, serait du meilleur effet autour du cou du meilleur joueur du monde.

 

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