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Kai Lenny et Robert Teriitehau parlent funboard

Kai Lenny et Robert Teriitehau parlent funboard

Par Patricia Oudit , le 23 juin 2016

Kai Lenny et Robert Teriitehau ont plus d’un demi-siècle d’écart. Mais ils sont possédés par la même passion, celle du wishbone et de la glisse. Échange autour du bassin parisien.

En haut des tribunes avec vue sur la trentaine de turbines qui soufflent à 30 nœuds dans l’ex-Bercy reconverti en spot de glisse, se joue en privé une scène culte de Retour vers le funboard. D’un côté, Kai Lenny, jeune hawaïen de 23 ans, star du stand up paddle, six fois champion du monde de la discipline, héritier de Robby Naish, planche à voile dans le sang depuis l’âge de 6 ans. De l’autre, Robert Teriitehau, 50 ans, fou de bassin qui a fait les grandes heures du ventilo show où il glana trois titres de champion du monde de funboard indoor.  Une discussion en forme de briefing s’engage entre les deux hommes à peine arrivés. « C’est dingue cette petite piscine ! » s’exclame Kai Lenny. « J’aimerais bien pouvoir m’entraîner dedans rapidement, histoire de prendre des repères. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. » « Tu vas voir, passer de 0 à force 6 tout de suite, ça arrache un peu les bras car ce n’est pas tout le temps possible de se mettre au harnais » rétorque Robert Teriitehau. « Mais si tu fais trois bons jibes (empannages au planning – ndlr), c’est plié, les dépassements, c’est compliqué. »

Le vieux loup de mer tuyaute la jeune garde. Kai n’était pas né que Robert était déjà au sommet de son art, sorties de piscine à s’en fracasser le coccyx comme marque de fabrique. Il connaît le spot, les vents, les pièges. Kai stresse un peu. Lui, l’amoureux de l’ogre Jaws, déstabilisé par un bassin de 75 m de long ? Robert en sourit. Sur ce, Robby Naish débarque, zen et tout sourire. Windsurf God himself. Le second père de Kai Lenny. Robby, zéro pression, rien à prouver sur les rampes de lancement en téflon. Il sait qu’il a toutes ses chances en slalom – qu’il a remporté le premier soir – mais qu’en saut, « le niveau a tellement muté qu’il sera impossible aux vieux comme moi de rivaliser ». Le cador hawaïen a beau côtoyer les deux Robert tous les jours ou presque à Maui, il en est toute chose. « À mes yeux, ils sont comme des rock-stars. À 53 ans, Robby est le seul windsurfer mondialement connu encore aujourd’hui. Gamin, je rêvais devant leurs posters à tous les deux. Le windsurf fait partie de mon ADN. J’ai regardé des vidéos des événements précédents histoire d’intégrer deux ou trois trucs, et surtout, de me faire plaisir. »

Ce choc, ou plutôt ce mix des générations, on le doit à Fred Beauchêne, génial maître de l’éolien artificiel, aventurier véliplanchiste qui eut cette idée folle de transformer Bercy en Hawaï-sur-Seine en 1990. « C’était une époque dingue » se souvient Robert Teriitehau. « Fun, fluo, tout était possible. Toutes les stars étaient là. Naish, moi, Björn Dunkerbeck... On était jeunes, tous de la même génération, on inventait des choses, on a modernisé le sport. Mais la loi Evin a mis un coup d’arrêt à tout ça, car c’était les cigarettiers qui finançaient » regrette le Néo-Calédonien. « C’est dommage, on avait un véritable boulevard devant nous, on aurait pu finir au niveau de la Formule 1. » Plus de publicité pour le tabac, et d’un coup, c’en fut fini des sponsors. Plus de vent dans les salles, plus de médias, plus de renouvellement de stars. Et voilà que le kite débarque là-dessus, moins galère à tous égards. Le stand up n’est pas encore né, mais déjà, les véliplanchistes sortent les rames. En 2004, l’indoor tire ses derniers bords.

À la nostalgie de Teriitehau, Kai Lenny, qui a ostensiblement rajeuni la discipline, oppose son enthousiasme. « Le funboard est le plus dur des sports de glisse. Il faut des années pour en saisir toute la complexité. Mais sur l’eau, les sensations sont démentes. Quand le kite a débarqué, beaucoup ont troqué leur voile contre une aile, c’est vrai. Mais ça n’a duré qu’un temps, celui de l’attrait de la nouveauté. Depuis pas mal d’années, sur les spots majeurs, que ce soit à Ho’okipa ou chez vous à La Torche, le funboard est omniprésent, et le public qui vient en masse pendant les événements adore toujours autant le spectacle. C’est un sport magnifique et cet événement ne peut que le mettre en lumière, de la façon la plus originale qui soit ! » Fred Beauchêne aussi en a eu assez un beau jour d’entendre dire que la planche c’était ringard, que flotteur et voile formaient une paire moribonde. Assez que l’on ressasse cette traversée du désert qui n’était en réalité qu’une illusion médiatique, marre que l’on oppose des pratiques complémentaires. « Aujourd’hui, on revient à la notion des watermen. C’est particulièrement vrai pour le haut niveau : les Naish, Teriitehau, Lenny, sont tous des glisseurs transversaux qui utilisent l’engin le plus adapté aux conditions du moment. Il faut encourager cet esprit communautaire, sans frontières. Et puis, c’est très tendance : dans les jeux vidéo de sport, il y a beaucoup d’affrontements entre anciennes légendes et nouvelles stars. »

Fort de ce constat, Fred a donc ressorti ses turbines. En 2014, son show fait un carton à Varsovie : 40 000 places vendues en 3 jours. « Et curieusement » note-t-il, « ce sont les jeunes qui en ont redemandé, les vieux ont été les plus difficiles à convaincre. J’ai insisté, me disant que c’était là une façon de redonner de la visibilité à notre sport en même temps qu’un passage de témoin rêvé. » Après la fermeture du bassin, Kai et Robert se reverront à Jaws. Dans leur jardin préféré, mais toujours trop loin du bord pour sentir la ferveur du public. Ce fut une découverte pour Kai, pas vraiment au sommet de son art dans l’étroitesse du bassin parisien. Mais il a adoré se sentir dans la peau de ces « wind gladiators » dans l’arène, interpellant les 15 000 spectateurs déchaînés à la façon de stars du catch. « C’est une sensation nouvelle d’entendre les gens crier ton nom, faire des ola, ça galvanise. » Teriitehau, lui, a explosé l’audimat comme avant, tout comme le rebord du bassin, dès le premier soir. Fred Beauchêne n’était pas inquiet. Il sait que son concept à l’enviable passé a encore de l’avenir. Que la fougueuse jeunesse a envie de s’éclater en indoor et d’y mesurer sa notoriété. « Mon événement intéresse la ville de Cologne, qui est en projet, mais également la Chine » se réjouit l’heureux rêveur. L’occasion pour les Kai Lenny du futur de reproduire la génération spontanée de leurs aînés. 

 

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