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Ana Ivanovic sous l'objectif de Sport & Style

Ana Ivanovic sous l'objectif de Sport & Style

Par Bénédicte Mathieu , le 02 septembre 2016

Peut-on faire la une de magazines de mode et être une championne de tennis ? Sport & Style affirme que oui, et convie donc Ana Ivanovic à Palma de Majorque pour un shooting. Mais au-delà de la beauté de la joueuse serbe, c’est son mental forgé par les années de guerre dans son pays natal, les victoires acquises à force de travail et l’amertume des défaites que l’on a voulu vous raconter. Portrait sans fard à découvrir en kiosques le samedi 3 septembre avec L’Équipe.

5 Juin 2008, Paris, Internationaux de France de Roland-Garros. La terre battue du court central, un brin foncée, a la mine des jours humides. Il fait gris depuis le début de la deuxième semaine du tournoi. Cette fin de printemps est boudeuse, maussade. Impression minérale d’un été qui se fait désirer.

La première demi-finale vient de s’achever. Match éclair qui a vu la victoire de la Russe Dinara Safina sur sa compatriote Svetlana Kuznetsova. Son adversaire en finale sera une joueuse serbe. Ana Ivanovic ou Jelena Jankovic, respectivement têtes de série n°2 et n°3. Cette deuxième demi-finale revêt un caractère particulier. Celle qui gagnera deviendra première joueuse mondiale. Toutes deux savent s’accommoder de l’air raréfié des grands matchs, Ana un peu plus, qui s’est hissée, l’année précédente à Paris, en finale, battue par la Belge Justine Henin, et a été finaliste de l’Open d’Australie en janvier face à Maria Sharapova.

Les jeunes femmes entrent, s’installent. Après les sept minutes déjà cadencées de l’échauffement, Jankovic est au service. Le match ne commence pas, il jaillit. Immédiatement, le rectangle ocre se métamorphose en ring. Dès les premiers échanges, le vif du sujet : étouffer, dominer, vaincre. Pas de prélude, une montée en puissance vertigineuse. Ce n’est pas parfait, Jankovic commet d’abord beaucoup de fautes, mais les deux adversaires se rendent coup pour coup. L’intensité prend à la gorge. C’est magnifique.

Les deux femmes n’ont pas eu besoin de ce fameux round d’observation. Elles se connaissent, elles ont grandi, raquette en main, à Belgrade. Le service et le coup droit d’Ana répondent à la combativité de Jelena. Bataille du fond du court cousue d’accélérations, de longs échanges qu’Ana vient parfois conclure au filet. Le premier set est pour elle, le deuxième pour son adversaire. Elle est menée dans la manche ultime. Poing serré après chaque échange, opiniâtreté, moral d’acier usent peu à peu celui de Jelena. La plus jeune des deux termine le match en un somptueux retour de service. Une accolade, et elle peut se livrer à l’émotion. Deux jours après ce match, elle prouve à nouveau qu’elle n’a pas peur en éteignant Dinara Safina en finale au terme d’une rencontre de nouveau âprement disputée en plus d’une heure et demie, même si le score (6-4, 6-3) ne le reflète pas complètement. Il y a un peu de Chris Evert dans cette jeune joueuse. Une Chris Evert du XXIème siècle avec plus de puissance dans le service, le coup droit. Mais la même détermination à tenir un échange, ce petit quelque chose d’un équilibriste venant clore un point au filet, ce mental de feu et de glace, poing serré et regard noir pointé sur l’adversaire.

De cette quinzaine du tournoi féminin, la demi-finale Ivanovic-Jankovic aura été l’une des parties à retenir. Ce n’est peut-être pas l’un des plus grands matchs de l’histoire du tennis féminin, mais c’est l’un de ces moments de sport qui racontent des choses. Pour un spectateur novice, deux femmes qui se disputent une place en finale. Mais pour l’amateur éclairé, le fil d’histoires entremêlées.

Ana Ivanovic et Jelena Jankovic se connaissent depuis longtemps. La première a 20 ans, la seconde 23. Elles se sont croisées dès leurs années de juniors en Yougoslavie. Elles sont toutes les deux venues au tennis à la grâce de leur glorieuse aînée Monica Seles, ancienne n°1 mondiale aux neuf titres du Grand Chelem. Elles ont connu les guerres qui ont secoué le pays dans les années 1990, les bombardements, l’embargo, la Serbie-Monténégro en 2003 et la Serbie en 2006. Comme le rappelle souvent cette génération de joueurs, des situations qui forgent le caractère et la volonté. Jelena est partie seule en Floride, dans la fameuse académie de Nick Bollettieri, mais sa famille est restée, les peurs installées de chaque côté de l’océan Atlantique. Ana a raconté que lors des bombardements de l’Otan sur la Serbie en 1999, pendant la guerre du Kosovo, elle se levait très tôt pour aller s’entraîner avant les raids aériens.

Elle a aussi évoqué l’entraînement, l’hiver, dans une piscine olympique vidée, sur laquelle on avait tendu de la moquette pour improviser deux courts. Le genre de terrain où l’on privilégie le « long de ligne » pour éviter que la balle rebondisse sur les parois si proches, a-t-elle souvent expliqué. Ou peut-être est-ce parce qu’elle manquait de recul, au vrai sens du terme, qu’elle a appris cet art de cueillir la balle très tôt avant le rebond.

Elle partira plus tard faire éclore sa carrière professionnelle en Suisse mais, comme Novak et Jelena, n’a rien oublié de ces années de plomb. C’est le thème de son court témoignage dans la campagne de publicité « Strong is beautiful » lancée par la WTA en 2012.

En cette année 2008, cette génération de joueurs impose aussi son pays en grande nation du tennis. Dès janvier, Ana Ivanovic se hisse en finale de l’Open d’Australie, battue par Maria Sharapova. Chez les messieurs, un certain Novak Djokovic, quant à lui, remporte son premier tournoi du Grand Chelem. Et à Roland-Garros, en ce jeudi 5 juin, Jankovic et Ivanovic se disputent donc le sommet du tennis féminin alors que Djokovic est attendu en demi-finale, le lendemain, par le tenant du titre, Rafael Nadal. Il perdra, mais on sait aujourd’hui le n°1 mondial qu’il est devenu, l’homme aux douze titres majeurs dont celui des Internationaux de France qu’il a enfin enlevé, pour la première fois, en juin 2016.

Ana Ivanovic est championne de Roland-Garros, première joueuse mondiale à seulement 20 ans. Les félicitations pleuvent, mais aussi les clichés au sens propre comme au figuré. Ana Ivanovic est belle. Une gravure de mode brune et élancée à l’élégance timide et joyeuse à la fois que vont vite s’arracher les magazines. À l’âpreté de son jeu, certains apposent – ou opposent – sa beauté. Elle est qualifiée de joueuse-mannequin. On entendrait presque une critique dans cette juxtaposition de mots. On peut pourtant faire la couverture de magazines de mode et être une championne. D’elle, elle dit aussi souvent qu’elle est portée par sa soif de victoire et sa détestation de la défaite. C’est ainsi que les champions pensent.

Ses posts sur les réseaux sociaux racontent cette vie d’athlète de haut niveau qui foule les red carpets, notamment pour une marque de cosmétique japonaise. L’existence d’une femme de sa génération, loin des cases dans lesquelles on veut souvent mettre les sportives. Une power girl, très simplement, qui aime son métier et ne s’est pas«contentée» de gagner Roland-Garros en 2008 mais a également à son palmarès quinze titres sur le circuit, même si les mois qui ont suivi la victoire parisienne ont été parfois difficiles. Ana Ivanovic mettra sept ans à retrouver l’ambiance d’une demi-finale, à Roland-Garros d’ailleurs, où elle fut battue par Lucie Safarova.

2008-2016. La vie saute-frontière d’une joueuse de tennis professionnelle. La routine de l’entraînement, les victoires, les déboires, les titres – six avant et huit après Roland- Garros –, la défaite aussi, telle celle subie au premier tour de Wimbledon 2016 face à la Russe Ekaterina Alexandrova, 223ème mondiale, issue des qualifications: «la “pire” défaite de sa carrière sur le circuit principal », a indiqué L’Équipe le 27 juin. Blessée au poignet droit, elle a reconnu l’excellent match de son adversaire et espérait alors être remise pour les Jeux olympiques de Rio.

2008-2016. La vie d’Ana Ivanovic autour du tennis, les représentations pour les sponsors et son équipementier, un poste d’ambassadrice de l’Unicef en Serbie pour l’éducation et la protection de l’enfance.

Et le circuit féminin, pendant ce temps ? Après avoir eu différentes patronnes à sa tête dont Ana Ivanovic, donc, et Jelena Jankovic, il est dominé par Serena Williams depuis le 18 février 2013. La joueuse américaine aux 21 titres du Grand Chelem construit sa légende. De nouvelles joueuses sont venues se mesurer à elle, ainsi l’Allemande Angelique Kerber ou l’Espagnole Garbiñe Muguruza, victorieuses de l’Open d’Australie et de Roland-Garros 2016, la battant en finale, l’empêchant d’atteindre le record de victoires en Grand Chelem de Steffi Graf. Et tant d’autres, la Biélorusse Victoria Azarenka, la Polonaise Agnieszka Radwanska, de la même génération qu’Ana Ivanovic. Des plus jeunes encore, comme la Canadienne Eugenie Bouchard (née en 1994) ou l’Américaine Madison Keys (1995).

Le circuit féminin qui, 43 ans après la création par Billie Jean King de l’Association des joueuses professionnelles (WTA) et l’obtention progressive de l’égalité des dotations entre hommes et femmes en Grand Chelem (1973 à l’US Open, 2000 en Australie, 2007 à Roland-Garros et Wimbledon), voit régulièrement sa légitimité remise en question. En mars dernier, Raymond Moore, directeur du tournoi d’Indian Wells, démissionnait après avoir provoqué une vive polémique en déclarant: «Dans ma prochaine vie, quand je reviendrai, je veux être membre de la WTA parce qu’ils ne font que profiter du succès des hommes. Ils ne prennent aucune décision et ils sont chanceux. Ils sont très, très chanceux. Si j’étais une joueuse, je me mettrais à genoux chaque soir pour remercier Dieu d’avoir donné naissance à Roger Federer et Rafa Nadal parce qu’ils ont porté ce sport. »

En juin, à Wimbledon, Venus Williams déplorait l’inégalité de traitement entre joueurs et joueuses. Cinq fois titrée à Londres, la joueuse, qui venait de jouer son match sur un court annexe, a souligné que les hommes étaient plus souvent programmés sur les grands courts. Ana Ivanovic s’est aussi exprimée sur le sujet, en 2013 notamment, à la télévision serbe. Elle avait alors regretté la moindre considération pour le tennis féminin qui, comme tout sport de haut niveau, exige pourtant discipline, engagement et volonté.

Elle l’a souvent dit, elle est fière d’être une joueuse professionnelle : « Je suis vraiment heureuse de faire quelque chose que j’aime. Avec cela viennent des responsabilités et je suis honorée quand on me dit que j’ai donné envie à quelqu’un de jouer au tennis. » En tennis comme dans la vie, on appelle cela l’empowerment.

L’empowerment, c’est aussi prendre la décision de ne pas vivre que pour son sport et de s’autoriser une autre recherche du bonheur. Ainsi, un mariage annoncé avec le footballeur allemand Bastian Schweinsteiger qui émoustille la presse people. Une union entre deux champions. La date a été choisie en accord avec les calendriers sportifs des deux athlètes. Le mardi 12 juillet, trois jours après la finale dames de Wimbledon et deux jours après la finale de l’Euro. L’évidence pour deux athlètes de haut niveau.

 

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