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Benjamin Sanchis : « La compétition, ça n’est pas ma vision du surf »

Benjamin Sanchis : « La compétition, ça n’est pas ma vision du surf »

Par Rémi Nanni , le 02 septembre 2016

Benjamin Sanchis, surfeur français, a su dompter les plus grosses vagues du monde, à Hawaï et Nazaré au Portugal, notamment. De passage à Paris, il a accordé à Sport & Style une interview, où il est surtout question de belles vagues, de préparation physique et d’amour du surf.

Comment êtes-vous venu au surf ?
Je viens d’Hossegor, mon père avait un club de plage à Seignosse. C’est là-bas que j’ai appris à nager, que j’ai grandi, et que je me suis mis au surf vers 6-7 ans parce que lui aussi en faisait. À l’époque, ce n’était pas aussi connu qu’aujourd’hui. Je surfais avec mes amis, c’est venu comme ça. Ensuite, je suis parti au Sport Études à Biarritz et, de fil en aiguille, je suis devenu pro et c’est devenu mon métier. Après, professionnel, c’est un mot étrange pour moi qui n’ai jamais fait de compétition officielle. Mais disons que le surf est devenu ma vie quand j’avais 20 ans (il en a 38 aujourd’hui – ndlr). Et après tu commences à explorer le monde, à surfer les vagues dont tu rêves.

Vous faites ce qu’on appelle du surf de gros. C’est différent du surf traditionnel ?
Moi, ce que j’aime par-dessus tout, c’est surfer sur des jolies vagues, essayer de prendre la vague parfaite. Je ne suis pas dans la compétition, où tu surfes pendant 20 minutes entre trois autres personnes, essayant de faire de ton mieux sur des vagues horribles. Mon surf est beaucoup plus détendu.

Il y a des différences au niveau de la préparation ?
Oui, de grosses différences. Je fais beaucoup plus de piscine, de natation, d’apnée, de renforcement musculaire, alors que les surfeurs « classiques » travaillent davantage l’explosivité. J’essaie de travailler cela aussi, mais ce n’est pas ma principale préoccupation. J’essaie d’être le plus complet possible. Quand je dis « natation », je ne parle pas de faire des longueurs. C’est mixé avec de la respiration fractionnée, de l’apnée, c’est nager avec des tee-shirts, des sortes de parachutes derrière moi. Je fais des séquences de nage avec poumons vides et poumons pleins. Le but est d’affronter des situations qu’on peut retrouver dans la réalité, lorsque tu chutes, que ta planche vient te percuter, que tu n’as plus d’air dans les poumons.

Vous pouvez nous donner des exemples ?
Par exemple, quand tu tombes, ton cœur bat très vite et tu consommes beaucoup plus d’oxygène. Du coup, je m’entraîne à faire des sprints de 15 ou 20 mètres sous l’eau avec les poumons vides. Sur 100 mètres de longueur, je fais 25 mètres où je respire 3, 5, 7 et 9 fois. Puis je pars à fond pendant 25 mètres. Puis 12 mètres à fond, et 12 tranquilles. Beaucoup d’efforts fractionnés en fin de compte. De temps en temps, je nage aussi avec des élastiques, je cours sous l’eau avec des poids, ce genre de choses. Et j’aime aussi beaucoup la boxe, surtout la boxe thaïe. C’est très bon pour le cardio, et ça permet d’étirer beaucoup les jambes ou les adducteurs. Des adducteurs costauds, c’est indispensable si tu ne veux pas les exploser en tombant de ta planche. La boxe thaïe permet d’avoir des jambes dures, solides, et de bien bouger. Et puis ça permet de rester sec, parce que je dois avouer que j’ai tendance à grossir assez vite (rires). Le plus important, c’est de trouver des entraînements qui te conviennent, de mettre en place ta routine – avec tes collègues, tes amis – pour aller s’entraîner avec le même plaisir qu’au début.

Revenons sur la nutrition : vous avez une alimentation spécifique ?

J’essaie de manger le moins de viande possible. Une fois par semaine, pas plus. En ce moment, je mange beaucoup de poisson et beaucoup de vert, des fruits le matin avec des céréales, quelques yaourts. J’essaie de manger très, très sain. J’ai remarqué qu’une fois que tu as trouvé le bon rythme d’entraînement, bien manger est plus facile. Dès que tu commences à voyager, à faire des soirées, c’est là que tu peux perdre le rythme. Sinon, bien manger reste plutôt facile.

Les belles vagues ne se trouvent pas partout. Où surfez-vous pour vous entraîner ?
Un peu à Hossegor, mais en ce moment je m’entraîne beaucoup plus souvent aux Canaries. C’est plus facile pour le climat. À Hossegor, surtout l’hiver, les vagues seront soit géniales, soit complètement insurfables. Là-bas, surtout cette année, j’ai pu surfer tous types de vagues en fonction de mes objectifs. Pour surfer à Jaws (à Hawaï – ndlr), je savais que je devais m’entraîner sur des planches de 10 ou 11 pieds, plus grandes que les planches classiques. Et comme il y avait des bons spots de grosses vagues aux Canaries, j’ai pu m’entraîner comme je voulais.

Vous n’êtes pas trop dépendant des conditions climatiques ?
Si, extrêmement, elles obligent à chercher les bons spots pour s’entraîner. Pour trouver des grosses vagues, il faut trouver le bon spot avec les bonnes vagues. Si tu dois commencer à bouger, tu bouleverses toute ta préparation, et ça c’est mauvais. Du coup, les Canaries c’était un peu mon camp d’entraînement. Après, c’est important de continuer à surfer même sur des petites vagues, pour garder le contact avec la planche, avec l’eau.

Vous arrivez à vivre du surf ?
Aujourd’hui, c’est un peu plus compliqué qu’à la grande époque de Kelly Slater, où les projecteurs étaient un peu plus sur nous. Le surf est un peu en déclin en ce moment, mais il revient tout doucement. Moi, j’ai beaucoup de chance, grâce à mon type de surf très spécifique. Mais quand je vois mes amis obligés de bouger d’un endroit à l’autre du globe pour faire des compétitions qu’ils ne gagnent pas toujours, je me dis que je suis plutôt bien loti. J’ai beaucoup moins de contraintes, je suis un privilégié.

Vous surfez tous les jours ? Il y a-t-il une saison spécifique des grosses vagues ?
Ça correspond plus ou moins à notre hiver à nous, de octobre à mars-avril globalement. Le reste du temps, je cherche de belles vagues à surfer pour me faire plaisir et garder le rythme. Par exemple, je suis allé en Indonésie, avec des vagues pas très grosses mais vraiment belles. De toutes façons, pour bien surfer des grosses vagues, il faut savoir surfer les petites. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais pour avoir la bonne technique – une technique pure, fine –, il faut être un bon surfeur de petites vagues. Le meilleur surfeur de gros du monde, c’est Shane Dorian, qui faisait des compétitions avec Kelly Slater à l’époque. Les autres surfeurs de gros feront plus de « tout droit », et ça sera moins beau, ils auront un moins bon style sur la planche. D’où l’importance de bien connaître le surf de petites vagues.

Avez-vous des sponsors ?
Oui, mon principal sponsor est Billabong. Et j’ai aussi Monster qui me suit. Ils sont à fond dans les sports extrêmes eux aussi. Vans m’aide également, donc j’ai de bons équipements, je les en remercie.

On parlait de compétition. Que pensez-vous de l’arrivée du surf aux JO de Tokyo 2020 ?
Personnellement, je suis très loin de tout ça, car je n’aime pas les compétitions. J’aime bien en regarder, mais je déteste en faire. Je perds tout plaisir, tout contrôle de moi-même, ça n’est pas ma vision du surf. Le stress, la panique, je déteste. Je préfère prendre mon temps, prendre du plaisir, apprécier le moment pour ce qu’il est plutôt que de prendre des points pour battre quelqu’un. Je ne veux battre personne : ça se passe entre moi et l’océan.

Avez-vous une playlist que vous écoutez avant de surfer ?
J’adore la musique, mais j’ai remarqué au fil des années que pour me concentrer, rester dans ma bulle, et bien il ne fallait pas que j’en écoute. Pour me concentrer, je reste au calme. J’essaie de ne pas m’exciter, de me dire que je vais tout casser, et de ne pas être trop endormi non plus. La musique me met soit dans un état d’excitation trop élevé, soit dans un état de détente, et je ne veux rien de tout ça avant de surfer. Je n’aime pas trop parler avant de me lancer non plus.

Maintenant que vous avez surfé à Jaws et à Nazaré, sur la plus grosse vague du monde, quelle est la suite ?
Je prépare un documentaire de 50 minutes avec deux amis, financé par Monster et Billabong. Le sujet, c’est le surf de gros, et les « behind the scene ». Ça se passe surtout en Europe, même s’il y aura un petit prélude à Hawaï, vu qu’on s’y est éclatés. On veut mettre en lumière tout le travail de préparation, l’étude des cartes météo, partir au dernier moment... Parfois, on part, on fait déplacer 5 personnes, et une fois là-bas les conditions sont exécrables, par exemple. Le film se passera donc surtout en Europe, dans le froid – en Irlande, au Portugal –, pour faire découvrir aux gens l’envers du décor. On a vraiment envie de montrer que le surf ça n’est pas que de la rigolade et des plages ensoleillées. 

 

 

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