People 2013, l’odyssée de François Gabart
© Grégoire Alexandre Par Alice Morabito, le 07 novembre 2013

2013, l’odyssée de François Gabart

À 30 ans, François Gabart, vainqueur du Vendée Globe en un temps record, se prépare à un nouveau challenge : la traversée de l’Atlantique en double avec Michel Desjoyeaux. Rencontre en Bretagne avec le navigateur qui, pour la première fois joue les mannequins, quelques semaines avant le départ.

Et si François Gabart était le gendre idéal ? « Je sais que ça l’énerve, mais c’est vrai ! » s’amuse Michel Desjoyeaux, avec qui il s’apprête à traverser l’Atlantique lors de la transat Jacques Vabre le 3 novembre. Mais un gendre idéal, ça ressemble à quoi ? Une silhouette poids plume (67 kg pour 1,71 m), aussi discret et gentleman à la ville que rapide et agile sur son voilier, le Macif, monocoque de 18 mètres avec lequel il a décroché le graal des marins et réalisé son rêve : le Vendée Globe. Et si faire le tour du monde en solitaire sans escales et sans assistance force déjà l’admiration, François, lui, l’a réalisé avec mention très bien – comme son bac S – en établissant un record : 78 jours. Une sacrée performance et un profil sur mesure pour celui qui deviendra dès décembre la nouvelle égérie de Biotherm pour le soin Aquapower, aux côtés de Bixente Lizarazu.

Depuis le Vendée Globe, son planning relève d’une vraie course contre la montre. D’abord, l’entraînement au pôle course au large de Port-la-Forêt, cet « ENA » de la mer, véritable épicentre de la voile. Les navigations s’y font par sessions. Ensuite les déplacements, nombreux, pour assurer les RP de ses sponsors, François mettant un point d’honneur à ce que ses partenaires soient satisfaits des opérations. La garantie, pour lui, de mener à bien sa carrière sportive. Du donnant-donnant à long terme, la Macif vient de signer un deuxième contrat de quatre ans avec lui pour 2015-2019. Enfin, il y a le travail d’équipe à terre autour de la conception de son trimaran de 100 pieds (30 mètres) de la Macif, avec Michel Desjoyeaux et sa société. « L’idée de partir d’une page blanche, de concevoir un bateau est très intéressante et Michel et moi adorons ça. » Les deux hommes nourrissent une relation forte. L’admiration est réciproque. Comme le souligne Michel : « Nous sommes complémentaires, efficaces ensemble, et on est là pour ça. » 

Je ne crois pas être un solitaire. Et je suis ravi de revenir à terre et de travailler en équipe. Les deux se nourrissent l’un de l’autre

Même s’il n’a pas de journée type, François s’entretient physiquement le plus possible. Ses activités ? Outdoor bien sûr, comme la course à pied. La séance photo de cette série mode se déroule d’ailleurs sur l’un de ses spots favoris : une plage sauvage au relief escarpé, bordée de pins et de rochers polis par le sel. Sa bonne hygiène de vie n’est en rien une contrainte. En tant que sportif de haut niveau qui sollicite son corps en permanence, il se doit de le préserver. « Tout sportif a besoin de prendre soin de son corps. Pour les marins, c’est un devoir. Ce n’est pas un luxe de se protéger du sel et du soleil, ça fait partie de l’optimisation des performances. » Et comme les marins sont seuls maîtres à bord, ils n’ont pas le choix. Pas surprenant alors que Biotherm, marque pionnière de la cosmétique pour homme, lui ait proposé d’incarner sa crème emblématique, Aquapower, à base de plancton thermal. « Je me suis immédiatement retrouvé dans cette collaboration. Nous avons en commun l’eau et la mer. »

Ah, la mer... François n’en est jamais bien loin. Il habite tout près, à la Forêt-Fouesnant dans le Finistère, avec sa femme Henriette et leur fils Hugo, âgé de 20 mois. Il aime être ici car il n’y a personne. Un moindre mal pour quelqu’un qui n’a pas la grosse tête. D’ailleurs, quels que soient la table et le lieu, les gens viennent le saluer. Une admiratrice lui demande un autographe et une photo à ses côtés. François se prête au jeu avec plaisir. La solitude n’est pas une ennemie pour lui, sinon il ne pourrait pas exercer ce métier. « Je ne crois pas être un solitaire. Et je suis ravi de revenir à terre et de travailler en équipe. Les deux se nourrissent l’un de l’autre. » Plutôt du genre hyperactif, il est habitué à mobiliser ses ressources en continu mais aussi à encaisser les changements. Les « transitions » comme disent les marins. Car il faut être capable de faire aussi bien de la météo – où il excelle –, que de barrer, faire de la stratégie, réparer des composites, de l’électronique, ou gérer une équipe à terre. « C’est un privilège extraordinaire de faire tous ces métiers en même temps. »

UN MENEUR PAS UN SUIVEUR
Pragmatique, on le sent également tenace. Un mental d’acier – qualité somme toute nécessaire pour ceux qui se mesurent aux océans – dans une carène lisse et douce. « C’est un homme pressé » dit de lui Michel Desjoyeaux. Une caractéristique souvent propre à la jeunesse. Et pressé, on a le sentiment qu’il l’a toujours été. À 14 ans, il rafle son premier trophée : champion de France d’Optimist. À 17 ans, il remporte son bac haut la main, et à 21, devient champion du monde juniors de Tornado. Puis il se décide pour l’INSA de Lyon (Institut National des Sciences Appliquées), école d’ingénieurs de renommée. La formation, avec sa section sport-études, lui permet de consacrer du temps à sa passion. Diplôme en poche, il décide de faire de la voile son métier. Même si depuis tout gamin, il y consacre tout son temps. « Mes parents ont été mes premiers sponsors ! Chaque week-end, ils nous emmenaient un peu partout en France faire des régates. » François est vif. Cela se lit dans son regard bleu. Ses principales qualités ? « Je suis passionné, forcément, travailleur, perfectionniste et curieux » dit-il. Il maîtrise parfaitement la technique mais aussi le côté électronique. Il aime la machine, l’outil. « Cette capacité de travailler, d’analyser, de traiter l’information, c’est une tournure d’esprit » explique Desjoyeaux. D’autant que François fait partie de cette génération qui a grandi avec l’informatique. « Il apprend vite », poursuit son mentor. « C’est quelqu’un qui avance quoi qu’il arrive et qui avance vite. Il est intelligent et attentif aux autres. Parfois, il brûle les étapes mais jusque-là, ça lui sert plutôt bien. Et comme l’histoire ne retient que les résultats, peu importe la méthode. » « Ce n’est pas un suiveur mais un meneur », souligne sa team manager, Tiphaine Champon. « François représente une génération charnière dans ce sport. S’il incarne toujours le côté aventurier du marin, l’exploit humain, il est allé au-delà en donnant une vision extrême de ce sport, notamment dans la compétition. Rien ne lui arrive par hasard. Il est déterminé et travaille beaucoup pour réussir. » Pas de hasard donc dans le palmarès de ce marin, tout comme dans la naissance de sa passion. Une sorte d’héritage de père en fils.

UN TERRAIN DE JEU ATYPIQUE
Christian Gabart, son grand-père paternel, aimait la voile et fabriquait des bateaux. Son père, Dominique, aimait aussi la voile, jusqu’à posséder un bateau et décider de larguer les amarres une année durant pour traverser l’Atlantique avec femme et enfants. La mère, Catherine, leur fait alors la classe. François a 6 ans et ses sœurs, Alice et Cécile, 9 et 3 ans. Une expérience qui forge la personnalité. Un déclic. Les trois enfants ont tous pratiqué la voile, mais François, lui, a toujours visé les sommets. « Je rêvais de faire des choses ambitieuses comme tous les gamins. J’aimais la compétition. » Pourtant, son « terrain de jeu » comme il l’appelle, celui-là même où il exerce sa passion, est loin d’être classique. Vivant, dangereux, sans limites apparentes. Le large est synonyme de liberté – les contraintes sur terre semblent plus importantes à ses yeux –, mais rien que d’imaginer voguer des jours entiers sur cette immensité bleue avec ses vagues interminables et ses vents de force 10, on se demande comment ne pas frémir. François ne s’est jamais posé la question. La peur n’a pas sa place. « On n’a pas le temps d’avoir peur sur un bateau, on est trop occupé. On est dans l’action. Et puis on se prépare pour ça. Je gère le risque et fais tout pour partir dans de bonnes conditions. Il n’y a pas de raison d’avoir peur. Et c’est fondamentalement ce que je veux faire. » Il en va de même pour la pression : « Je ne la ressens pas car c’est moi qui me la mets. Je suis maître à bord, c’est seulement moi qui ai envie d’aller plus loin. » Et c’est seulement quand il a fait tout ce qui était possible qu’il lâche prise. « Sur les choses que je ne maîtrise pas, je suis fataliste. »

Le seul frein – sûrement – à son côté bulldozer et à sa passion immodérée pour la mer. Tout tourne autour d’elle, y compris ses héros. Éric Tabarly, « un mythe », et Michel Desjoyeaux, « une référence absolue », côté voile. Et Kelly Slater côté surf, sport qu’il suit de très près, comme d’autres suivent le foot. « Il a réussi à faire évoluer le surf et à évoluer avec lui. Il est capable de se remettre en cause, j’aime cet état ­d’esprit. Et il domine sa discipline depuis vingt ans ! » Durant l’interview, il ne peut s’empêcher de consulter les résultats du Quicksilver Pro France sur son smartphone. Aussi, dès qu’il le peut, François surfe. La mer est son univers. « C’est un cadre exceptionnel. On est plus que dans la contemplation. On le sent, et on le vit. » Tout comme le Vendée Globe dans lequel il voit de la beauté. « Il y a sur cette course une notion d’enchaînement – de moments beaux et difficiles – et de continuité qui rend la chose exceptionnelle, magnifique. » D’ailleurs, pour lui, la beauté va de pair avec la performance. Elle s’impose, telle une évidence, comme la ligne d’un bateau. « C’est la performance qui prime mais il y a une notion d’esthétisme dans la performance. Il est rare qu’un bateau moche aille vite. C’est comme faire une belle course. Cela veut dire beaucoup de choses. Les trajectoires qui sont belles, comme un suivi de course sur une carte, sont celles qui vont vite et gagnent. » Alors côté mode, François, en jean-polo-baskets, avoue faire de plus en plus attention à ses tenues. Le privilège de l’âge, même s’il ne se résout pas à les considérer d’un seul point de vue esthétique. Pragmatisme oblige pour ce rêveur qui se donne les moyens d’aller au bout de ses désirs. Car qu’attendre de plus lorsqu’on a déjà réalisé son rêve ? « Je désire continuer à naviguer, à prendre du plaisir, et à battre des records. » François prendra ainsi, après la transat Jacques Vabre, la Route du Rhum en novembre 2014 en solitaire avec son monocoque, avant de réaliser son nouveau rêve : prendre le large en 2015 avec son trimaran pour un nouveau tour du monde en solitaire. Un nouveau cap que cette odyssée-là.

 

 

 

 

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