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par Roberto Carlos
Le coup franc du siècle

par Roberto Carlos

Par André Bessy , le 17 mai 2014

Lors du Tournoi de France en juin 1997, chaussé par Umbro, le Brésilien Roberto Carlos a marqué un coup franc hors normes, sans doute l’un des plus beaux de l’histoire du football. Étude de style.

Une soirée quasi estivale à Lyon, où il règne comme un parfum de générale. La France rencontre le Brésil au Stade Gerland dans une compétition amicale servant de préparation au Mondial 1998. C’est un petit événement qu’on espère revivre dans quelques mois, en beaucoup plus grand. Les Bleus inspirent des rêves fous, ceux d’une victoire historique, mais une question revient sur toutes les lèvres : sont-ils déjà prêts ? Ils ont en tout cas l’occasion de se jauger face à l’équipe la plus redoutable du moment. L’adversaire idéal, affirme-t-on, que l’on aimerait retrouver en finale de notre Coupe du monde. On va donc bien voir, mais en fin de compte, ce que l’on a vu a dépassé l’entendement. Au point de laisser la planète football bouche bée. Tout est parti d’une faute de Lilian Thuram, obtenue en première mi-temps par la Seleção, à environ 40 mètres des buts. Coup franc. Roberto Carlos, le latéral gauche brésilien, s’avance d’un pas assuré. Il traîne une certaine réputation en la matière, sans pour autant appartenir au club très fermé des meilleurs artificiers. Il ne sait pas encore que, quelques secondes plus tard, il entrera dans la légende.

Pour l’instant, il se saisit de la balle, la pose avec attention. On dirait qu’il a un objet précieux entre les mains. Peut-être, déjà là, un signe avant-coureur, une prémonition. « Je me concentre » raconte-t-il. « Je sais que j’ai en face de moi l’un des meilleurs gardiens du monde. Je suis donc plus que jamais motivé et n’ai qu’une seule idée en tête : marquer. Cependant, à aucun moment je ne me dis que je vais tenter quelque chose d’inédit. Je m’apprête à frapper un coup franc comme j’ai l’habitude de le faire. » Il se met à reculer, plus d’une dizaine de pas d’élan, et s’élance enfin. Son tir, mélange hybride d’intérieur et d’extérieur du pied gauche, contourne le mur en même temps qu’il décrit une trajectoire semi-circulaire. « J’y ai mis la puissance et l’effet nécessaires et au début, cela se joue en une fraction de seconde, j’ai l’impression que la balle est bien partie. Mais tout de suite après, en la voyant trop s’écarter vers la droite, je pense honnêtement qu’elle va sortir. » Comme la plupart des observateurs.

Au final, elle n’en finit plus de tournoyer sur elle-même, semble un projectile incontrôlable lancé dans la lumière vive des projecteurs. Puis elle s’incurve brusquement et vient se loger  à ras du poteau de Fabien Barthez qui n’a pas bougé. Un bref instant, Roberto Carlos se fige lui aussi d’étonnement. Avant d’exulter. « J’étais dans un état de double euphorie, à la fois envahi par la joie spontanée du buteur et conscient d’avoir marqué un coup franc extraordinaire, de plus contre une grande équipe. Après l’accolade de mes équipiers, j’étais pressé de visionner l’action. Je l’ai fait des centaines de fois par la suite. »

EFFET MAGNUS
Les superlatifs tombent en rafale : un coup de maître ! Une fulgurance ! Un chef-d’œuvre ! Mario Zagallo, le mythique sélectionneur brésilien, résume l’exploit en un seul mot : « incroyable ». Il se fait le sobre porte-parole des ses joueurs qui, dès le lendemain à l’entraînement, s’efforcent de réitérer le coup franc à l’identique. Sans succès. C’est un geste ultime, comme on en réalise peut-être une seule fois dans sa carrière. « Certains de mes camarades », confie Roberto, « s’en sont approchés. Mais leur tir ne décrivait pas exactement la même courbe. Lorsque je suis retourné en club, au Real de Madrid, Zidane et Beckham, un peu plus tard, se sont aussi prêtés à l’exercice. Ce n’était toujours pas ça. » Lui-même s’entête à diverses reprises mais le ballon n’entrera plus jamais dans la cage. Il avance une explication toute personnelle. Son coup franc était « surnaturel ». L’ancien galactique croit dur comme fer en Dieu dont il subit l’influence au quotidien. Un tatouage sur le haut de son bras gauche atteste même qu’il l’a dans la peau. Alors ce soir-là, il en est persuadé, il a bénéficié de son aide.

Après chaque entraînement, je m’imposais quarante minutes de séance de tirs supplémentaires. Sans compter les nombreuses séries de touches auxquelles je m’astreignais.

Des scientifiques français, eux, ont délivré une interprétation autrement plus rationnelle. Ils ont analysé la trajectoire du ballon comme ils s’y emploieraient pour une balle de revolver. Ils l’ont pour cela reproduite de manière expérimentale avec des billes projetées dans l’eau. L’effet dit « effet Magnus » est le même observé qu’avec un cuir. Il décrit une spirale atypique dont la courbe augmente à mesure que la sphère se déplace. À un moment donné, la vitesse de rotation de celle-ci se réduit et d’un coup, elle bifurque, s’inscrivant sur un mouvement sinusoïdal complètement différent. En conclusion, ce coup franc pourrait générer un jour une exacte réplique. À condition que la frappe soit puissante. Qu’elle soit réalisée à un point d’impact précis. Et surtout, à une distance éloignée des buts. Lorsqu’on en discute avec le principal intéressé, il nous assure qu’il n’a jamais eu vent de cette analyse. Il savoure cependant. Un filet de douce ironie s’étire sur ses lèvres. Il sait que dans cette affaire, il est impossible d’occulter la part de travail. « Après chaque entraînement, je m’imposais quarante minutes de séance de tirs supplémentaires. Sans compter les nombreuses séries de touches auxquelles je m’astreignais afin d’améliorer la tonicité du haut du corps. Car, dans ma façon de shooter, il y a beaucoup de paramètres qui entrent en jeu. » Sa technique particulière lui a été inspirée par Branco, son prédécesseur au poste de latéral gauche dans l’équipe du Brésil. Au départ, il se contente d’imiter celui qu’il considère comme un modèle. Mais au bout de l’effort répété, l’élève Carlos dépasse le maître, acquérant son propre style. Une patte qui l’a donc conduit à cette étincelle du 3 juin 1997, aussi qualifiée comme le plus beau coup franc de tous les temps.

À ces derniers mots, il dodeline de la tête et esquisse une légère moue dubitative. « Je ne sais pas si on peut le qualifier comme tel. Il y a eu de grands tireurs avant moi qui ont marqué des buts splendides et il y en aura d’autres après. En ce qui me concerne, à chaque fois que l’on me reparle de cet épisode, je ressens toujours de la fierté. » Pour lui, c’est un fait de prestige à ajouter à son immense palmarès qu’il considère avant toute chose comme sa carte de visite. Le Brésilien, à coup sûr le meilleur arrière gauche de sa génération, a gagné tout ce qu’un joueur professionnel peut espérer remporter : la Coupe du monde, la Ligue des champions, plusieurs Ligas, sans oublier la Copa America. « C’est une manière plus sûre de rester dans l’histoire, même s’il y a des contre-exemples. Regardez Panenka, on n’a retenu que son penalty. » Un simple constat, même si la carrière du Tchèque n’est en aucun cas comparable. Pour le moment, ce trait de génie continue de s’accrocher aux glorieuses basques de l’auriverde. Il constituera le point de départ de Golaço (voir ci-contre), un jeu concours planétaire imaginé par son sponsor Umbro dans le cadre du Mondial 2014. Comme une ludique fatalité.

 

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