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L'homme de Rio
Thiago Silva

L'homme de Rio

Par Jérôme Touboul , le 16 juin 2014

Il est probablement le meilleur défenseur du monde, mais Thiago Silva est bien plus que ça. Et si le Brésil l’emporte, il sera le premier à soulever la coupe. Tudo bem.

Un jour de juillet 2012, Zlatan Ibrahimovic avait lâché cette pique, après le tout premier match du PSG à Washington, aux États-Unis : "Milan ne sera plus aussi fort. Pourquoi? Parce qu'il vient de perdre ses deux meilleurs joueurs."  Le Suédois faisait allusion à lui-même et à ce Brésilien dont le surnom de « monstre » et l’étiquette de meilleur défenseur du monde suffisent à le situer sur la carte des grands joueurs de ce début de siècle.
Souvent colossal sur le terrain, Thiago Silva donne presque dans le monacal en dehors. Voilà un homme pieux, hermétique aux tentations de Milan et de Paris, ses deux lieux de vie successifs depuis son retour en Europe il y a cinq ans. Mais, en tirant un trait d’union entre ces deux villes, le discret Thiago a trop joué avec le feu de la mode pour résister au plaisir de s’y brûler un peu, au moins le temps d’un shooting entre les murs d’un studio parisien du Ve arrondissement.

Le capitaine du PSG est arrivé nerveux dans ce temple de la photo. En passant sous un porche, l’une des jantes de sa Porsche a grincé. Mais la contrariété va vite abdiquer, le sourire reprendre le pouvoir. Thiago Silva apparaît désormais rodé à l’exercice, lui dont l’image sérieuse, solide, ambitieuse, est désormais associée à sept sponsors majeurs, de l’équipementier Nike aux casques Skullcandy, en passant par Parmigiani.
Pendant près de trois heures, entre chaque changement de tenue, le Brésilien glisse un œil sur l’écran qui laisse apparaître les clichés de ses poses. Comme porté par ce souci du détail qui est la marque de ceux qui s’efforcent de ne rien laisser au hasard. La séance achevée, il s’assoit sur une chaise, les traits un peu fatigués. Mais la voix reste fraîche et le regard redevient pétillant lorsqu’il se replonge dans ses racines cariocas. 
Il ne s’en cache pas : depuis plusieurs mois, le défenseur porte en lui, jusqu’à l’obsession, le compte à rebours qui le rapproche de sa Coupe du monde. À 29 ans, le capitaine de la Seleção brûle de mordre dans l’événement qui s’apprête à mettre la planète à l’envers. Pendant trois quarts d’heure d’interview, cet homme de Rio raconte ses racines et cette trajectoire détournée d’une ligne droite par une tuberculose qui aurait pu lui dérober tous ses rêves. Après avoir vaincu la maladie, c’est comme s’il n’avait plus peur de rien. Et surtout pas de partir à la conquête du monde avec son Brésil adoré.

Quand avez-vous décidé de devenir footballeur ?
Ce moment précis est un peu difficile à déterminer. Quand j’étais en formation au Rio Sul Futebol Club, dans la région de Porto Alegre, je portais en moi ce rêve de devenir professionnel sans savoir si je l’atteindrais. Mais à partir du moment où j’ai pu intégrer un club de première division, la Juventude, également situé dans le sud du pays, j’ai eu alors la quasi-certitude que mon avenir serait celui d’un joueur professionnel. Mais rien n’était écrit d’avance. C’était même difficile parce que la Juventude, quand j’y suis arrivé, était considéré comme un petit club au Brésil. Mais en 2004, l’année de mes débuts dans le championnat d’élite, la Juventude a réalisé une belle saison, finissant à la septième place. Et j’ai commencé à me sentir dans la peau d’un vrai joueur de foot (il sourit).

Sans le football, vers quel métier vous seriez-vous tourné ?
Je me souviens qu’en 1999, après un essai infructueux à Flamengo, je suis rentré à la maison en me disant que le foot, pour moi, c’était fini. Je ne voulais plus en entendre parler. Je voulais me tourner vers autre chose, sans savoir quoi faire précisément. Ma mère et mon frère m’ont alors dit : « Si tu ne veux pas être footballeur, il faut commencer à travailler ». À cet instant, j’ai compris que si je renonçais à ce rêve de devenir footballeur, je ne pourrais plus revenir en arrière. Alors, le lendemain, je suis retourné m’entraîner. Encore aujourd’hui, si je n’avais pas décidé de persévérer dans le foot, j’ignore quel métier j’aurais pu exercer.

Votre compatriote Ronaldo vous a un jour comparé à Franz Beckenbauer...
Les comparaisons sont toujours délicates, surtout lorsqu’on parle de joueurs qui ont évolué à des époques différentes. C’est comme quand on cherche à comparer Pelé et Diego Maradona. Tous les anciens disent que Pelé a été le meilleur joueur de tous les temps. Je veux bien les croire mais en même temps, je n’en ai pas la certitude. Parce que je n’ai jamais vu jouer Pelé de mes propres yeux. 

Comment devient-on défenseur dans un pays où les attaquants sont des rois ?
La vérité, c’est que je n’ai pas choisi d’être défenseur, on l’a choisi pour moi. J’ai débuté comme attaquant. Je jouais comme Lucas au PSG, joueur offensif sur le côté droit. Mais mon entraîneur de l’époque m’appréciait peu dans ce rôle. Il m’a déplacé comme milieu récupérateur devant la défense, un peu dans le style de Thiago Motta ou Marco Verratti. J’ai évolué pendant cinq ans à ce poste, avant qu’un autre entraîneur n’arrive et me fasse reculer encore plus. Je me suis alors retrouvé en défense centrale, moi qui voulais jouer comme Romario et Bebeto... Ces deux joueurs m’avaient tellement fait rêver pendant la Coupe du monde 1994 aux États-Unis. Je voulais leur ressembler, mais il faut croire que mes qualités me portaient plus à jouer derrière.

Qu’aimiez-vous le plus chez Bebeto et Romario ?
En les regardant, je me disais que tout était possible. Au Brésil, la Seleção avait été très critiquée avant la Coupe du monde 94. La presse disait que cette équipe n’était pas taillée pour gagner, que ce groupe était rongé par le doute. Ces deux joueurs ont inversé la tendance à eux seuls. Ils ont tellement bien joué qu’ils ont fait croire à tout le Brésil que la conquête du titre mondial était possible, après vingt-quatre ans d’attente.

D’où vous vient votre passion du football ?
Tout le monde dit que le Brésil est le pays du foot, et c’est la vérité. L’amour du football coule dans les veines des Brésiliens. Quand j’étais petit, le premier cadeau que j’ai demandé a été un ballon de foot. Je ne me souviens d’ailleurs que de ce cadeau. J’avais cinq ou six ans et, déjà, cette passion.

Quel enfant étiez-vous ?
J’ai grandi à Rio, dans le quartier de Santa Cruz, proche de Barra de Tijuca. Je me souviens qu’à sept ans, j’étais rattaché à une petite école du club de Fluminense. Je m’entraînais là-bas, puis j’étais censé faire mes devoirs à la maison. Mais ma seule obsession était de sortir dans la rue pour continuer à jouer au foot. Grâce à Dieu, à la maison, on n’a pas souffert de la faim, mais on était loin de manger de la viande tous les jours. Au quotidien, il fallait se battre pour garder un niveau de vie décent. J’ai vite compris qu’il faudrait faire beaucoup d’efforts pour s’en sortir, qu’il faudrait travailler pour grandir.

Votre famille est-elle toujours restée très unie ?
Mes parents se sont séparés quand j’étais petit. Mon père, qui travaillait pour une compagnie d’électricité, a décidé de quitter le foyer familial alors que ma mère, elle, n’avait pas de travail. La situation est devenue assez difficile pour elle, ainsi que pour nous, ses trois enfants restés à la maison. Grâce à Dieu, on a perdu des choses d’un côté mais on en a gagné de l’autre, et la vie a pu continuer. Aujourd’hui, j’entretiens une très bonne relation avec mon père. Je ne vais pas dire que tout est normal, mais c’est beaucoup mieux qu’il y a quelques années. Quand mon père vient dormir chez moi, il se sent chez lui. C’est déjà bien.

Quelle était l’atmosphère au quotidien dans la maison de votre mère ?
Comme tous les Brésiliens, nous vivions dans un mélange de détresse et d’allégresse. On adorait rire, plaisanter, même dans la difficulté. Quand ma mère disait qu’il fallait faire le ménage, je l’aidais. On mettait de la musique, elle chantait, il y avait de la vie... Finalement, c’est comme si nous avions pris l’habitude de souffrir dans la joie.

La religion a-t-elle toujours occupé une place majeure dans votre vie ?
C’est allé plutôt crescendo. Avant, quand je vivais des choses dures, je me demandais parfois où pouvait bien être le bon Dieu. Depuis quelques années, je me sens beaucoup plus tranquille par rapport à la foi. Je crois beaucoup plus en Dieu. Je sais qu’il existe et que les choses de nos vies se passent de la façon dont il le veut. Par exemple, quand je dispute un match, quoi qu’il arrive, en bien ou mal, je me dis que Dieu en a voulu ainsi.

Avant un match de la Seleção, vous avez justement l’habitude d’invoquer l’aide de Dieu devant le groupe. Ce rituel appartient-il à la culture du football brésilien ?
Oui, absolument. Avant chaque match, dans toutes les équipes, il se passe la même chose dans le vestiaire. L’entraîneur fait sa causerie, le capitaine prononce quelques mots et ensuite, les joueurs participent à une prière collective. Dans le vestiaire du PSG, nous ne suivons pas ce rituel. La France possède une culture complètement différente et, dans notre club, nous avons des joueurs de différentes origines. Alors je prie tout seul avant d’entrer sur le terrain. Je demande la protection de Dieu pour mes coéquipiers, mais aussi pour mes adversaires. Aucun joueur ne peut accepter l’éventuelle blessure d’un autre.

Comment êtes-vous devenu supporter de Fluminense plus que d’un autre club de Rio : Flamengo, Botafogo ou Vasco da Gama ?
Mon père et mon frère étaient supporters de Vasco da Gama. Au début, leur amour pour ce club m’a influencé. Mais en 1995, quand j’avais dix ans, Fluminense est devenu champion de l’État de Rio après un but de Renato Gaucho, qui sera plus tard mon entraîneur à « Flu ». C’est alors que ma passion a basculé vers ce club. Je suis devenu un « Tricolor », d’autant que les écoles de foot dont j’étais membre étaient toutes liées à ce club. Un jour, j’ai même disputé un tournoi de jeunes à Laranjeiras, le centre d’entraînement de Fluminense. Et là, je ne peux pas expliquer pourquoi, mais mon lien est devenu définitivement étroit avec ce club. Je l’ai dans mon cœur à jamais. « Flu », c’est ma deuxième maison. Celle que j’ai retrouvée en 2006, quand j’ai quitté la Russie pour me remettre d’une tuberculose. 

Pendant votre jeunesse à Rio, pratiquiez-vous d’autres sports ?
Non, pas vraiment. Cela vient notamment du fait que j’habitais loin de la plage. Alors, le surf ou le volley, ce n’était pas trop pour moi. Pour nous, c’était difficile d’aller à la plage. Enfant, j’ai dû m’y rendre une ou deux fois seulement. Plus tard, en rejoignant Fluminense et en m’installant à Barra de Tijuca, je me suis rapproché de l’océan. Au fond, aucun autre sport que le foot ne m’a jamais vraiment fait vibrer. J’ai touché un peu au basket, au volley, mais sans plus.

Qu’avez-vous conservé de plus brésilien dans votre vie quotidienne à Paris ?
Avec le temps, j’ai fait évoluer mon alimentation. J’accorde plus d’attention à ce que je mets dans mon assiette. Quand vous vous rapprochez de vos trente ans, vous vous montrez plus sensible à la diététique qu’un jeune coéquipier comme Marquinhos (il sourit). Mieux manger, c’est évidemment un moyen de mieux durer dans ce métier. Mon idée, ce serait de pouvoir étirer ma carrière le plus longtemps possible, comme Paolo Maldini à l’AC Milan, où il a joué jusqu’à quasiment 41 ans. Je ne sais pas si j’y parviendrai, mais je ferai tout pour. Finalement, ce que j’ai gardé de plus brésilien dans ma vie en Europe, c’est la musique. J’adore les mélodies de pagode, un genre très populaire dans mon pays. J’ai même de grands amis chanteurs et musiciens comme Jeito Moleque, Zeca Pagodinho, Alexandre Pires... Les jours de match, sur la route qui mène au stade, je m’immerge dans ce son et il me donne beaucoup de motivation.

Depuis que vous vivez en Europe, ressentez-vous parfois une forme de mélancolie ?
Le climat peut me rendre triste, oui. À Rio, j’ai grandi sous le soleil. En Europe, j’ai parfois l’impression que le temps peut être mauvais pendant dix mois de l’année ! Il y a des matins où partir s’entraîner dans le froid et sous la pluie excite peu de joueurs... Mais c’est notre travail et on est payés pour bien le faire, quelles que soient les conditions.

Vous avez découvert l’Europe en 2004, à Porto, où sont passés de nombreux joueurs brésiliens. Pour vous, cette première expérience reste un échec. Que s’est-il passé ?
Je ne sais pas vraiment. Mais ce club s’est toujours montré très clair envers moi et je n’en veux à personne. Quand j’étais là-bas, je souffrais de problèmes de santé et cela m’empêchait d’accomplir beaucoup de choses. Résultat, alors que j’avais signé pour jouer avec l’équipe première de Porto, je me suis rapidement retrouvé au milieu de l’équipe réserve. C’est simple, je ne me suis entraîné que deux fois avec l’équipe principale. Je ne pouvais pas espérer plus. Pourquoi ? Parce que j’avais contracté la tuberculose, mais je l’ignorais encore. Malgré la maladie, je m’entraînais, je disputais des matchs, mais avec des douleurs permanentes dans la poitrine et dans la tête. J’ai passé six mois au Portugal, une période très triste. Grâce à Dieu, j’ai pu me relever de tout ça.

Un peu plus tard, lors de votre long séjour dans un hôpital moscovite, vous avez touché le fond...
C’est certain. Je me souviens de cette année 2005 en Russie comme du pire moment de ma vie. Quand je suis arrivé au Dinamo Moscou, je ne savais pas encore exactement de quoi je souffrais. J’étais très nerveux et très inquiet. Je ne pouvais plus m’entraîner, je ne pouvais plus vivre ma passion du football. Et quand vous êtes privé de ce que vous aimez, vous avez tendance à décliner. (Ému) Je suis resté un an sans toucher un ballon. Ce furent des moments terriblement éprouvants parce qu’en plus d’être malade, je me trouvais en Russie, un pays dont je ne comprenais rien à la langue. On me parlait, mais je ne saisissais pas le moindre mot et je ne parle pas non plus anglais. Cinq fois par jour, on me faisait prendre je ne sais combien de médicaments sans avoir la moindre idée de ce que j’avalais. Parfois, un traducteur venait et c’est comme ça que j’ai compris qu’un médecin me demandait d’aller marcher dans un couloir de l’hôpital. Mais cela m’était impossible, je n’avais même pas la force de me lever du lit. En plus, il faisait si froid dans cet hôpital... J’ai vécu six mois d’internement, dans une chambre vétuste de 7 m2. Six mois qui m’ont paru interminables, comme si j’y avais passé deux ans. Et j’avais ce doute en moi : allais-je pouvoir rejouer au football ? Vous imaginez mon bonheur le jour où j’ai simplement pu recommencer à courir et à toucher un ballon.

Quelles traces vous a laissé ce sombre épisode ?
Il a complètement changé ma vision de la vie. Au fond, avant cette maladie, je n’étais encore qu’un garçon. Une fois guéri, c’est comme si j’étais devenu un homme. Cette période m’a donné envie de fonder une famille. Peu après ma guérison, ma femme est tombée enceinte. Tout cela a contribué à faire de moi un homme soucieux d’assurer l’avenir de ses enfants. C’est aussi pour ça que ma plus grande victoire, dans ma vie, restera d’avoir vaincu la maladie.

Après le Portugal et la Russie, c’est en retournant au Brésil, à Fluminense, que vous allez devenir O Monstro...
C’est Fernando Henrique, le gardien de Fluminense à cette époque, qui m’a donné un jour ce surnom de « monstre ». J’aime ce surnom. J’y vois comme une reconnaissance de mon travail. Mais j’avoue que ce fut quand même assez étrange la première fois qu’un coéquipier m’a appelé ainsi. Jusque-là, j’entendais des « Thiago ! » par-ci, par-là. Et puis un jour, pendant un match, alors que je venais de récupérer un ballon dans une situation très délicate, il m’a sorti que j’étais « O Monstro ! ». Il ne m’appellera plus jamais autrement, ce qui finira par répandre ce surnom au sein du club, puis autour. Sur le moment, j’ai quand même été interloqué. Pourquoi donc étais-je un monstre ? Quand j’ai compris que ce n’était pas à cause de mon physique mais de mon jeu dans les duels, tout est allé beaucoup mieux. Dans la famille, on a vite fini par en rire. Ma femme est devenue « la monstre » et mes enfants des « monstrinhos », des petits monstres !

Comment a germé votre choix de revenir en Europe, début 2009, à l’AC Milan ?
Je me souviens simplement que lorsque je croisais Serginho, l’ancien latéral gauche du Milan, originaire comme moi de Rio, il me parlait toujours en bien de ce club. Dès la saison 2006-2007, il a commencé à me parler du Milan et à souffler au club l’idée de me suivre de près. Quelque part, il a un peu facilité cette opération. Mais je dois être honnête : au moment où l’AC Milan est entré concrètement en négociations avec moi, j’étais en train de discuter avec l’Inter. José Mourinho, qui en était alors l’entraîneur, voulait me recruter. Il avait parlé de moi à son président, Massimo Moratti. Mais à cette époque, la crise économique commençait à frapper l’Europe et le football n’était pas épargné. L’Inter a mis en veilleuse les tractations et c’est alors que Leonardo m’a appelé au nom de l’AC Milan en me demandant si j’aimerais en porter le maillot. La semaine suivante, j’ai reçu une proposition de contrat. Le contact s’est très bien passé. Mon représentant n’a pas tardé à se déplacer en Italie pour faire avancer le transfert. Leonardo y a grandement contribué.

En arrivant à Paris, l’été 2012, vous sembliez avoir un mal fou à couper le cordon avec Milan ?
Oui. Cette ville m’a beaucoup manqué quand j’en suis parti. Ce club également. Après avoir connu quelques difficultés d’intégration au début, j’ai fini par m’y sentir extrêmement bien. Même si, à mon arrivée à Milan en janvier 2009, je n’étais pas encore le Thiago Silva d’aujourd’hui, j’ai toujours senti beaucoup de respect des Milanais envers moi, notamment de la part de mes coéquipiers. Au cours de mes six premiers mois en Italie, je ne pouvais pas jouer parce que le club avait atteint son quota de joueurs non-européens autorisés. J’en ai alors profité pour observer de très près mes coéquipiers à l’entraînement, notamment Paolo Maldini, dont c’était la dernière saison. Et j’ai goûté chaque minute de jeu de nos matchs amicaux, les seuls que j’avais le droit de disputer avant l’été 2009. Mon grand bonheur, ce fut ce tout premier match amical chez les Allemands de Hanovre le 21 janvier 2009. On a gagné 3-1 ou 2-0, je ne m’en souviens plus très bien (en fait, Milan s’était imposé 3-2 – ndlr), mais je sais que ça s’était bien passé. Pendant le voyage retour vers Milan, Clarence Seedorf, qui était encore un milieu de terrain rossonero, s’est approché de moi. Et il m’a alors glissé : « Toi, tu deviendras le meilleur défenseur central d’Europe ». Ces mots m’ont donné une force incroyable, une envie intense de mordre dans mon rêve, dans cette ambition de devenir, en effet, le meilleur défenseur central du continent. Oui, c’est aussi grâce aux paroles de Seedorf, ce jour-là, que je suis arrivé là où je suis aujourd’hui.

Pourquoi avez-vous eu plus de mal à vous adapter à Paris qu’à Milan ?
Ce fut plus difficile, c’est vrai. Contrairement à l’époque de Milan, je suis arrivé en France avec la possibilité de jouer sans attendre. Malgré cela, et je n’ai pas à le cacher, je n’étais pas heureux à Paris. Je n’étais pas bien dans ma tête, pas en état de donner le meilleur de moi-même en tant que joueur. En dehors du terrain, c’était également compliqué. Trouver une maison n’a pas été simple. J’ai même dû passer trois mois à l’hôtel. À partir du moment où j’ai trouvé un logement, de même qu’une école pour mes enfants, les choses ont commencé à aller mieux. Au bout d’un an à Paris, j’ai commencé à me sentir heureux dans cette nouvelle vie. Mais avant, ce fut vraiment dur. Les Parisiens sont très différents des Milanais. Ici, les gens ne vivent pas le football comme les Italiens. Un sport comme le rugby intéresse aussi beaucoup les Français. J’ai presque l’impression, ici, que le foot passe au second plan. Mais je pense que le PSG est en train de changer le rapport au football du peuple parisien. Aujourd’hui, il m’arrive à Paris ce qui m’arrivait à Milan : des gens m’arrêtent dans la rue. Et on peut dire ce qu’on veut, un joueur qui ne se fait pas solliciter lorsqu’il sort de chez lui ne se sent pas tout à fait footballeur (il sourit). C’est la désagréable impression que j’avais lors de mes premiers mois à Paris. Mais ça change : maintenant, quand je me promène sur les Champs-Élysées, on me reconnaît. Enfin !

Quel genre de Parisien êtes-vous ?
Je ne suis pas un amateur de musées. Je n’aime pas non plus les boîtes de nuit et les virées nocturnes. Je ne bois pas, ma femme non plus. Alors, autant vous dire que je mène une vie très tranquille. N’allez pas croire non plus que je suis fermé sur tout ! La mode est un domaine qui m’intéresse un peu plus qu’avant par exemple, et je suis ravi de la façon dont s’est passé ce shooting avec Sport & Style. Mais bon, ma vie c’est surtout entraînement, retour à la maison pour m’occuper des enfants, aller les chercher à l’école, faire un restau de temps en temps. J’adorerais aller dans des restaurants brésiliens mais ce n’est pas évident d’en trouver à Paris. Alors je fais plus dans la cuisine française et italienne.

Quand vous étiez plus jeune, à vos yeux Paris était d’abord la ville du « cauchemar » de 1998, le 3-0 infligé par les Bleus au Brésil de Ronaldo ?
Je ne me souviens plus où je me trouvais ce jour-là pour suivre ce match. En revanche, je me souviens du jour où j’ai débarqué à Paris, il y a deux ans. Après avoir quitté l’aéroport, je suis passé en voiture devant le Stade de France et les images des buts de Zidane ont envahi mon esprit. Cette défaite m’a marqué assez profondément parce que je voyais le Brésil mieux armé que la France pour conquérir le trophée. Clairement, le Brésil était plus fort. Mais dans le football moderne, ce n’est pas toujours le plus fort qui gagne. C’est d’abord l’équipe la mieux concentrée sur son objectif qui a le plus de chances de s’imposer.

Seize ans après, le Brésil aura-t-il besoin de battre la France en finale de « sa » Coupe du monde pour exorciser enfin ce traumatisme ?
(Il sourit) Ce serait un grand match, assurément. Une finale Brésil-France au Maracanã aurait très belle allure. Mais je ne vivrais pas cela comme une revanche de 1998. Vous savez, pour nous, Brésiliens, peu importe les adversaires qui se trouveront sur notre route. Quelque part, nous ne pourrons être ni deuxièmes, ni troisièmes, ni quatrièmes. Seul le titre de champion du monde compte à nos yeux.

En tant que capitaine de la Seleção, que pensez-vous dire à vos coéquipiers avant le match d’ouverture contre la Croatie, le 12 juin, à São Paulo ?
C’est dur d’en parler parce que toutes les nuits, ces derniers mois, j’ai du mal à m’endormir tant je pense à cette Coupe du monde. Que vais-je dire ? Comment vais-je aider le groupe du mieux possible ? Ce sont des questions qui m’accompagnent à chaque instant. Mais je pense d’abord que chaque joueur devra trouver en lui les ressorts de sa motivation. Un joueur ne peut pas se contenter du discours du capitaine. Je m’inquiète peu sur ce point : ceux qui disputeront une Coupe du monde, au Brésil, avec le maillot de la Seleção sur leurs épaules, devraient a priori être très motivés. Moi, je veux que ma carrière laisse une trace derrière elle. Et pour y parvenir, il n’y a rien de mieux que de conquérir un jour une Coupe du monde. Surtout à la maison.

L’attente immense des supporters brésiliens peut-elle déboucher sur une pression étouffante ?
Il y a un peu de folie dans cette histoire, c’est certain. Notre responsabilité sera colossale. Là, il ne s’agit pas de jouer pour son quartier ou sa ville. Vous jouez pour un pays. Un pays énorme comme le Brésil. C’est un poids, mais nous avons un staff technique, avec Luiz Felipe Scolari (champion du monde en 2002 à la tête du Brésil) et Carlos Alberto Parreira (vainqueur du Mondial 1994), qui possède l’expérience de la victoire. Ils sauront faire en sorte de nous protéger de cette pression qui va également peser sur eux. Notre équipe est relativement jeune. Mais elle possède un atout que les autres sélections n’ont pas forcément : une force d’engagement terrible. Cette nouvelle génération a une foi monumentale dans le maillot qu’elle porte. Et avoir gagné la Coupe des Confédérations en juin dernier n’a fait que conforter notre envie de tout donner.

Comment comptez-vous fêter vos trente ans, le 22 septembre prochain ?
Je n’en sais rien ! En fait, cette année j’espère qu’on célébrera mon anniversaire par anticipation, le 13 juillet, au Maracanã. Avec une Coupe du monde comme cadeau d’anniversaire...

 

 

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