Week-end
Le sport inspire les artistes
©Pierre Joseph

Le sport inspire les artistes

Par Jawaher Aka, le 22 janvier 2014

L’art maltraite, aime, déteste et sublime le sport depuis des siècles. Et plus que jamais dans l’art contemporain. Démonstration.

En parcourant les allées du Grand Palais pendant la Fiac en octobre dernier, une œuvre vivante a retenu notre attention à la galerie Air de Paris. Un footballeur américain aux couleurs du club châtenaisien Les Mousquetaires, quasiment accroupi sur le béton, le regard fixe, semblait attendre qu’on siffle un hypothétique début de match. Les collectionneurs pouvaient acheter une photo de l’athlète et décider de réactiver (ou pas) ce personnage dont ils devenaient propriétaires.

Cet exemple d’irruption du sport dans une œuvre d’art contemporain n’est pas isolé. Les références sportives y sont même courantes pour peu qu’on y soit attentif. Ainsi à la galerie Hans Mayer, on découvrait un familier numéro 10, réalisé au fusain par l’Américain Robert Longo, aux côtés du numéro 51 de Bulkus. À la Galerie Neu, un panneau de basket-ball bon marché, dépouillé de son panier, suspendu comme un portrait par l’Allemand Andrea Slominski. Chez Lehmann Maupin, une composition de douze photos dans laquelle Robin Rhode suit une ligne circulaire à vélo, laissant à la craie l’empreinte de ses roues. Et baskets, survêts ou autres casquettes dispersés dans les œuvres de Claire Fontaine, Kehinde Wiley ou Guillaume Bresson confirment la tendance.

SUJET D'ETUDES

Pour Jean-Marc Huitorel (1), critique spécialiste de la question du sport dans l’art : « Un artiste qui s’intéresse à la couleur du temps et à l’époque, la mode, la morale, la passion comme disait Baudelaire, s’intéresse forcément au sport. » Car le sport est omniprésent dans notre quotidien, ne serait-ce que dans les codes vestimentaires urbains. Il fournit aux artistes des formes, des attitudes, des points de vue, des terrains d’exploration riches. L’artiste contemporain ne saurait s’en affranchir.

L’intérêt des artistes pour le sport ne date pourtant pas de l’époque contemporaine. Dans la Grèce antique, les activités athlétiques – on ne parle pas encore de sport – étaient intimement liées à l’art. Elles offraient d’abord des scènes d’ornement pour les poteries. Lors des Jeux Olympiques, les athlètes se voyaient récompensés par une sculpture à leur effigie à chaque victoire. Les abords des stades étaient de véritables musées en plein air.

Après un temps de désamour pour ce type de représentation – au profit du religieux notamment –, la fin du XIXe siècle offre au sport une nouvelle visibilité. Cette résurgence correspond à la naissance de la modernité dans les arts, et dans le sport qui se structure en clubs, journaux et compétitions. Le sport moderne devient un fait social total et cette réalité intéresse surtout les impressionnistes. Des peintres comme Manet, Caillebotte ou Cézanne sortent de leur atelier pour peindre ces corps qui se dénudent dans l’effort. Et qui s’exposent : des corps qui rament, qui courent et qui nagent. Les courses hippiques et la danse sont souvent représentées dans les tableaux de Degas.

Plus tard, en étudiant le mouvement, les futuristes vont poser des questions qui croisent encore art et sport. On retrouve ainsi des occurrences du sport dans leur travail. C’est le cas pour Le Cycliste de Natalia Gontcharova ou Dynamisme d’un joueur de football d’Umberto Boccioni (1913). Dans les années 50-60, l’art s’interroge sur lui-même et sur ses constituants pour s’éloigner du réel. Ce n’est que dans les années 90 qu’il retrouve sa dimension anthropologique : l’art ne constitue pas une sphère close et autonome, il fait partie d’un ensemble, le monde, l’humanité.
 

Aujourd’hui peu d’artistes accordent une place exclusive au sport dans leur travail. Certains y consacrent des séries, des périodes, comme Roderick Buchanan, Richard Fauguet, Laurent Perbos ou Satch Hoyt, d’autres des œuvres isolées, comme Raymond Hains, Adel Abdessemed ou Wim Delvoye. Parmi ces artistes, des profanes mais aussi de vrais amateurs, dilettantes ou anciens sportifs, dont la pratique est devenue un sujet d’étude. Sport & Style a sélectionné quelques-unes de leurs œuvres pour vous les raconter.

 

(1) La Beauté du geste, Éditions du Regard, L’Art est un sport de combat, Analogues, de Jean-Marc Huitorel

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