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Dans l’ombre des sauteurs, le secret des combinaisons

Dans l’ombre des sauteurs, le secret des combinaisons

Par Charlotte Onfroy-Barrier , le 05 février 2018

Loin des tremplins et des athlètes, les entraîneurs se livrent une véritable guerre psychologique autour des combinaisons de saut à ski. L’objectif est simple : faire croire aux adversaires que l’équipe a trouvé le tissu miracle qui leur permettra de remporter l’or aux Jeux Olympiques de Pyeongchang.

Ils se jettent dans le vide, lancés à plus de 90 km/h. Avec pour seules protections leur casque, leur paire de lunette et leur combinaison. Certains sauteurs se posent à plus de 130 mètres, d’autres beaucoup moins loin.

En apparence, seule la technique de saut - l’impulsion, l’inclinaison du corps, la position des membres et la prise au vent - semble expliquer le niveau des performances. Mais en apparence seulement. Dans le vestiaire, loin des caméras et de la lumière, la combinaison fait l’objet de toutes les convoitises. Et pour cause, « entre deux athlètes de même niveau, qui vont effectuer le même saut, il peut y avoir une différence de deux à quatre mètres en fonction de la combinaison », estime Caroline Espiau, couturière des équipes de France de combiné nordique et de saut à ski.

Des méthodes d’espionnage
Et pour figurer parmi les meilleures et sauter avec le meilleur équipement, les fédérations fabriquent les combinaisons dans le plus grand secret et usent de méthodes dignes d’un film d’espionnage. « Pendant les compétitions, on essaie de beaucoup regarder les adversaires, de prendre des photos et des vidéos des combinaisons des étrangers. On s’approche au maximum des Norvégiens mais ils sont tout le temps cachés, ils portent des vestes par dessus les combinaisons », raconte Jérome Laheurte, le patron du combiné tricolore. Car les Norvégiens font partie des plus innovants et des plus performants en matière de combinaison de saut. Mais la France n’est pas en reste. « Les Français ne sont pas à plaindre, on a su être bon. Nous aussi, dans notre façon de marcher, on essaie de se cacher, de serrer les jambes pour cacher les points stratégiques. Les athlètes portent des sur-combinaisons, pour avoir chaud mais aussi pour se cacher. Et en bas, à peine le saut effectué, le staff attend l’athlète pour lui redonner sa veste », précise Caroline Espiau.


La sauteuse à ski norvégienne Maren Lundby est actuellement en tête du classement des championnats du monde. © D. Angerer/EXPA/Presse Sports 

Flirter avec les règles

Pourtant, tout le personnel de l’équipe de France le concède, la marge de manœuvre des couturiers est très faible. Depuis 2014, le règlement de la Fédération Internationale de Ski (FIS) indique que « les combinaisons doivent être confectionnées avec le même tissu et avoir la même perméabilité à l’air que ce soit de l’intérieur vers l’extérieur et inversement ; l’épaisseur ne doit pas dépasser 6 mm ni être inférieure à 4 mm ». Résultat : les combinaisons portées par les athlètes sont toutes composées de la même façon. Elles présentent cinq couches : un film plastique perforé, entouré de part et d’autre d’une couche de mousse en polyuréthane et d’une épaisseur de lycra. Le règlement précise aussi que les combinaisons doivent avoir une porosité à l’air de 40 L / cm2 au minimum. C’est sur cette dernière contrainte que les fédérations travaillent le plus. « Il y a de nombreux types de lycra avec des rugosités différentes, certains sont plus rapides, plus lents, plus portants. La qualité du lycra est déterminante, l’objectif c’est d’être le plus proche possible de la norme des quarante litres », explique Jérôme Laheurte. Et l’entraineur de l’équipe de France féminine de saut, Damien Maître, ne le cache pas, les Bleus flirtent avec les lignes : « On essaie d’être à la limite de ce qui est autorisé et de le faire bien pour ne pas être disqualifié ».

Une guerre psychologique
Mais la France ne doit pas être pointée du doigt. Toutes les grandes nations du saut, Norvège et Autriche en tête, multiplient les astuces pour être au plus près du règlement et s’entourent de couturiers spécialistes de la discipline. En 2010, la plupart des équipes nationales faisaient appel à des fabricants de combinaisons. Mais depuis plusieurs années, elles sollicitent des couturiers qui sélectionnent eux-mêmes les tissus, découpent les patrons et personnalisent l’équipement.


Le Polonais Kamil Stoch actuel leader du classement des championnats du monde de saut à ski. © Stanko Gruden/Zoom/Presss Sports 
 

En coulisses, les fédérations se livrent une véritable guerre psychologique. Elles tentent d’impressionner leurs adversaires et leur faire croire qu’elles ont trouvé la combinaison gagnante : « l’idée c’est d’avoir un ascendant psychologique, tout le monde se regarde donc il faut être déstabilisant », raconte Jérome Laheurte. Mais en réalité, toutes craignent la même chose : « se faire un petit peu avoir ». Dans cette course à l’équipement, les athlètes restent préservés. « Ils sont au courant de ce qu’on fait mais de loin. Nous on leur dit ‘Je t’ai mis ce tissu là, il est plutôt rapide, les athlètes qui l’ont essayé ont eu de bonnes sensations avec’ mais rien de plus. Ça ne doit pas être le problème du sauteur. C’est un sport très psychologique donc le moindre doute peut l’handicaper ou le faire réfléchir ».

Pour les Jeux Olympiques de Pyeongchang, les athlètes français sauteront avec des combinaisons inédites : « J’ai lancé la fabrication d’un tissu spécial pour les Jeux, l’idée c’est que ça marche mieux que les autres », lâche Jérome Laheurte. Réponse dans quelques jours, le 10 février prochain, sur le tremplin d’Alpensia.

 

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