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Quel maillot permet d’arrêter le plus de buts ?

Quel maillot permet d’arrêter le plus de buts ?

Par Charlotte Onfroy-Barrier , le 11 décembre 2017

Chaque saison, le monde du football décrypte les maillots et choix des équipementiers. La tenue du gardien est la moins commentée. C’est pourtant celle qui fait l’objet des plus grandes discussions… et qui théoriquement pourrait faire basculer un match.

À défaut de marquer des buts, les Wycombe Wanderers espèrent arrêter d’en encaisser. Après cinq saisons en League Two, la quatrième division du championnat anglais, ce club de la banlieue de Londres s’en remet à son gardien… et à son maillot. Depuis le mois de septembre, Scott Brown arbore une tunique psychédélique, qui, selon les dirigeants, a « un effet magique perturbateur pour l’œil ».

Que ce soit sur coup de pied arrêté ou pendant une action de jeu, le duel entre un attaquant et le gardien ne dure que quelques millisecondes. Un très court laps de temps pendant lequel le gardien doit essayer de perturber son adversaire avant d’arrêter sa frappe. Chaque année, scientifiques, joueurs et équipementiers cherchent donc la formule gagnante pour y parvenir.

1963 : l’année du noir
L’essentiel de la recherche se concentre, depuis toujours, sur la couleur du maillot. En son temps, le gardien du Dynamo Moscou Lev Yachine - le seul gardien à avoir remporté le Ballon d’or - jouait en noir. Joueur de grande taille, aussi à l’aise dans les airs que pour s’étendre le long de la ligne, il était surnommé « Araignée noire » par ses adversaires tant il ne laissait passer aucun ballon. En 1963, il n’encaisse que six buts. Le noir, choisi aussi par Fabien Barthez, peut être un atout pour gêner l’attaquant. Idem pour le gardien bordelais Benoît Costil qui avait affirmé dans une interview à France Football en juillet dernier qu’il était un amateur de tuniques 100 % noires. « Ce que je préfère, ce sont les tenues toutes noires. Je les ai portées tant que j’en ai eu la possibilité avec Rennes. Avec les Girondins, à l’extérieur, peut-être en bleu marine ? On verra. » Selon Pierre Van Obberghen, spécialiste de la psychologie des couleurs, le noir est « une couleur inquiétante, qui crée une tension et un stress ». Mais chez les sportifs, habitués aux confrontations internationales et au regard des caméras, le noir peut faire monter leur adrénaline et au contraire, les servir.

Dans les années 1970, la star anglaise Peter Shilton choisit le blanc. Mais le monde du football juge cette tunique trop voyante et estime qu’elle est un formidable repère brillant pour ses adversaires, après qu’il ait encaissé un but de 40 mètres. Aujourd’hui, les équipes cherchent toujours la bonne couleur. Mais les règles ont changé. La Fédération internationale de football (FFA) précise, en effet, dans son règlement que les gardiens de buts doivent porter « des couleurs distinctes de celles portées par les joueurs, l’arbitre et les arbitres assistants » depuis 2004. Oubliez donc le noir, le jaune fluo et le bleu turquoise, fréquemment portés par les arbitres.

La formule gagnante : contraste et visibilité
Reste alors deux possibilités aux gardiens : les couleurs à faible contraste avec leur environnement ou le fluo. Selon Pierre Van Obberghen, « plus le gardien se fond dans la masse qu’il y a derrière lui, moins l’attaquant va être capable de distinguer sa position corporelle ». Les portiers auraient donc tout intérêt à porter des couleurs sombres pour se mêler aux vestes et vêtements des supporters en tribune.

Autre stratégie : miser sur des couleurs particulièrement visibles, qui à l’inverse, ont un fort contraste. Sur un terrain de football, le rose ou le magenta. Selon Pierre Van Obberghen, « lorsque quelque chose est visible, il a tendance à nous attirer ; si le maillot du gardien est très visible ou fluo, on peut penser que l’attaquer va inconsciemment viser vers lui. » C’est le choix fait par Danijel Subasic, le gardien de l’AS Monaco. Désigné meilleur gardien de ligue 1 en avril dernier lors de la cérémonie de remise des trophées de l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNPF), il porte des tuniques vertes et roses fluo.


Le Croate Danijel Subasic lors du choc PSG-Monaco en janvier 2017.

« Une hallucination dans l’œil de l’attaquant »
Quelle tunique les gardiens doivent-ils donc choisir pour perturber au maximum leurs adversaires ? Des couleurs sombres, fluo ? « Tout dépend de la personnalité et de l’histoire autobiographique de chaque joueur, répond Pierre Van Obberghen. Car passées les règles du contraste et de la visibilité, la réaction de chacun à une couleur est très individuelle.» Selon le spécialiste, « le gardien, comme l’attaquant, peut porter une couleur qui va troubler émotionnellement son adversaire ». Seul moyen alors de perturber à coup sûr l’attaquant : arborer une tunique qui mêle couleur sombre et couleur visible. Si Pierre Van Obberghen était gardien, il choisirait « des bandes noires et blanches avec des zigzags dessus pour créer une illusion d’optique et donc une hallucination dans l’œil de l’attaquant. »

Le club des Wycombe Wanderes l’aurait donc bien compris, en choisissant un maillot jaune fluo, orné de motifs géométriques et psychédéliques. Et d’autres équipes avant lui : lors de la Coupe du monde en 1994, le gardien mexicain Jorge Campos jouait avec un maillot multicolore où se mêlaient les zigzags noires, blanches, vertes et roses fluo.


Jorge Campos avant le match de Coupe du monde 1994 entre le Mexique et la Bulgarie.

À l’issue du match contre la Norvège, en phase de poule, le gardien a échangé son maillot avec son homologue. Réponse du gardien norvégien Erik Thorstvedt : « Ça tombe bien, je cherchais de puis longtemps de nouveaux rideaux pour ma cuisine ». Le Mexique terminera premier de son groupe avant de s’incliner en huitièmes de finale face à la Bulgarie… aux tirs aux buts. Le gardien des Wycombe Wanderes a lui encaissé 36 buts depuis la reprise de la saison le 5 août dernier. L’année dernière, à la même période, il en avait encaissé 14 de moins. En attendant de trouver la combinaison miracle, les gardiens de buts n’ont donc plus qu’à s’entraîner.

 

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