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Race for Water entame un tour du monde de 5 ans pour la protection des océans

Race for Water entame un tour du monde de 5 ans pour la protection des océans

Par Nadia Hamam , le 13 avril 2017

Entièrement mu par le soleil, le vent et l’eau, le catamaran Race for Water a entamé le 9 avril dernier un tour du monde de 5 ans. Les deux missions au long cours de cet ambassadeur nouvelle vague ? Sensibiliser à la pollution plastique marine et promouvoir la transition énergétique. Genèse d’une aventure à suivre.

C’est une histoire d’hommes, de bateaux et de déchets plastiques. En lieu et place des colères océanes qu’affrontaient Ulysse et ses marins pour regagner leurs pénates, les héros contemporains de la fondation Race for Water combattent, eux, un cancer écologique : la pollution des océans qui contamine l’ensemble de la chaîne alimentaire, nous compris. Dans cette tâche immense, ils disposent d’un atout majeur : un navire révolutionnaire, 100 % propre. Le catamaran a déjà réalisé une circumnavigation à l’énergie solaire. Pour cette odyssée, le monstre des mers s’apprête à renouveler l’exploit, fort de deux nouveaux équipements high-tech : un système novateur de production et de stockage à l’hydrogène qui quadruple son autonomie, et une aile de kite géante pour gagner encore plus en vitesse. Le cocktail d’énergies vertes devra faire avancer le navire de cent tonnes tout en assurant ses missions. Conçu pour embarquer jusqu’à sept personnes en plus de l’équipage, il intègre à son bord un laboratoire scientifique pointu et des espaces de réception pour accueillir des conférences de presse et des expositions.

Au service de l’environnement
À Lorient, sur les docks de la base nautique, les passants s’attardent devant la forme évoquant celle d’un aéronef. Gérard d’Aboville, le capitaine, avoue avoir été déçu la première fois qu’il l’a vu. On boit ses mots quand il décrit par le menu la naissance du navire. Tout commence en 2004, quand un jeune suisse lui propose de parrainer un tour du monde en bateau solaire. « À l’époque, c’était très ambitieux. Nous imaginions un esquif léger, rapide, pour un tour du monde record, et il fallait des sous. Mais l’entrepreneur allemand qui accepte de financer notre pari a une autre idée que la nôtre » sourit le loup de mer, initiateur en son temps de la traversée de l’Atlantique à la rame. Passionné par l’environnement, le mécène allemand réoriente le projet de manière à garantir une deuxième vie au bateau une fois le tour du monde réalisé. Pour montrer le réalisme du pari, il tient aussi à l’équiper de panneaux solaires que n’importe qui peut acheter dans le commerce. Trois ans après, le bolide des mers carburant au solaire devient le PlanetSolar, un gros bateau d’exploration capable d’accueillir des expéditions scientifiques.

Un bateau, plusieurs vies
C’est un choc pour Gérard d’Aboville. « Je l’imaginais plus bas sur l’eau, avec une aile delta de panneaux solaires. Avec le recul, j’ai réalisé à quel point cet homme avait raison. Après un tour du monde de 2010 à 2012, le bateau, au lieu de finir au cimetière des navires, est reparti pour un grand tour de l’Atlantique. Avec, à son bord, des équipes de climatologues de l’université de Genève et moi à la barre. » La mission ? Remonter les côtes nord-américaines de la Floride à Terre-Neuve pour mesurer l’influence du Gulf Stream sur le climat. En 2014, le vaisseau d’exploration met le cap sur la Méditerranée, cette fois pour cartographier des fonds sous-marins au large de la Grèce, en quête d’une cité préhistorique engloutie. « Avec sa propulsion silencieuse et dénuée de tout rejet de fumées de combustion, ce bateau est un outil idéal pour les scientifiques. Il est capable de suivre des circuits très précis, avec un système de navigation millimétré qui permet aux sondes de réaliser des relevés au plus proche du réel, sans polluer les échantillons prélevés. » L’homme d’expérience est loin de se douter de la prochaine aventure qui attend le navire hors normes. « En le cédant en 2015 à la fondation Race for Water, notre mécène le met au service d’un projet inouï. Dès lors, on peut conjuguer l’ambition du bateau à celle de sauvegarde de la planète marine. »

De l’autre côté du miroir, Marco Simeoni, président fondateur de l’association Race for Water. Basée à Lausanne, en Suisse, la structure sensibilise le grand public au fléau des déchets plastiques jetés dans l’océan. « On ne mesure pas encore la gravité du phénomène. Par exemple, les phytoplanctons, qui produisent plus de 50 % de l’oxygène de la planète, ingèrent quotidiennement des particules de plastique. S’il impacte leur capacité de photosynthèse, c’est un risque majeur pour la planète. Sans compter que l’océan nourrit plus de 50 % de la population mondiale » décrit ce multi-entrepreneur reconverti pour la bonne cause. Au départ, Marco Simeoni rêve d’une grande course de voile internationale pour réveiller les consciences. « Le sport est un vecteur d’émotion extraordinaire. Il porte des valeurs profondes et fortes, en phase avec celles de la préservation de la planète. J’ai pensé à la voile, dont le terrain de jeu est l’océan. Il est légitime pour les voileux d’engager le combat. » Par manque de fonds, le projet mue et devient odyssée scientifique, pilotée par des passionnés issus du monde de la course au grand large.

Clean-Tech versus pollution plastique
En 2015, bien avant d’acquérir le PlanetSolar, Race for Water lance une première expédition scientifique autour du monde à bord d’un autre trimaran, un MOD70. L’objectif : approfondir la connaissance sur la pollution de l’eau par les plastiques. À bord, la jeune chercheuse Kim van Arkel gère le volet scientifique. « Nous avons réalisé une cartographie de cette pollution, en particulier autour des îles situées à proximité des vortex, aussi appelés gyres, qui, par l’accumulation de courants marins, entraînent les déchets vers les grands fonds. Ces îles font office de barrières naturelles aux polyéthylène, polypropylène, polystyrène et autres microfibres. » Les échantillonnages sont encore en cours d’analyse, en complicité avec l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne, la Haute École d’Ingénierie de Fribourg, en Suisse, et l’université de Bordeaux. Le constat de Race for Water est sans appel. « Dépolluer l’océan est une illusion. Les gros débris sont trop éparpillés, les micro-déchets sont difficiles à capter et de plus en plus de plastiques sauvages sont rejetés chaque année. Seule issue : réduire drastiquement et urgemment notre production. »

Quand il récupère le catamaran solaire, Marco Simeoni mesure tout le pouvoir de communication de l’engin. Et le met en lien avec le nouvel objectif de l’association, à savoir bâtir une solution de valorisation des déchets plastiques en les transformant en énergie. L’entrepreneur voit grand, grâce à une nouvelle technologie mise au point par une entreprise française : un incinérateur de déchets plastiques capable de générer de l’hydrogène, un gaz pouvant être ensuite utilisé pour alimenter des turbines génératrices d’électricité. « Pour que ceux-ci ne soient plus jetés et soient valorisés, ils doivent devenir une source d’énergie, avec une valeur marchande. Cette machine constitue par ailleurs une excellente solution verte pour les îles. Celles-ci ont besoin d’eau douce et pourraient utiliser le transformateur pour désaliniser l’eau de mer, ou encore alimenter les foyers insulaires » s’enthousiasme Marco Simeoni. « La machine fonctionne actuellement sur prototype. Dès septembre, nous allons la tester six mois durant dans une unité industrielle en Suisse, pour en mesurer le rendement énergétique et l’impact environnemental. Ensuite, nous plancherons sur un modèle économique viable, afin que les collectivités adoptant cette technologie s’autofinancent avec l’énergie produite. Il s’agit d’amortir l’achat de la machine et de rémunérer des gens pour récupérer les débris perdus dans la nature. C’est donc un modèle propre et générateur d’emploi. »

Une start-up athlétique
Le meilleur des mondes ? « On travaille pour » sourit Marco Simeoni, qui se démène pour trouver des sponsors. Son équipe fonctionne comme une start-up, avec des profils polyvalents et tenaces, pour la plupart issus du milieu de la voile de compétition. Leurs destins auraient pu se croiser sur les flots des records. Ils se sont réunis autour d’une grande cause. Et chacun met dans l’aventure ce dont il rêve. Après sa traversée de la Manche en planche à voile, l’ingénieur Martin Gavériaux accompagnera le bon fonctionnement du très avant-gardiste couplage solaire-hydrogène. Laure Lunven, la chargée de communication accro aux transats Figaro, espère que ce navire 100 % autonome boostera les recherches sur la mobilité verte « dans un transport maritime qui carbure aux énergies fossiles et assure 85 % du fret mondial ». Gérard d’Aboville, le capitaine, est pressé de tester la nouvelle aile de traction du  bateau. Luce Molinier (six tours de France à la voile à son actif) et Franck David, ancien médaillé olympique de planche à voile, suivront la délicate logistique de l’odyssée qui démarre le 9 avril. Prochaines étapes, et elles seront capitales : les Bermudes pour le lancement de la Coupe de l’America ; San Diego, Californie, en avril 2018, pour une grande conférence sur les océans ; les JO de Tokyo en 2020 ou encore l’Expo Universelle de Dubaï en 2021.

 

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