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Voici la fosse de plongée la plus profonde au monde

Voici la fosse de plongée la plus profonde au monde

Par Nadia Hamam , le 17 juin 2017

Du plaisir de plonger dérive tout le reste : des fosses toujours plus profondes, un matériel en évolution constante, des records d’apnée en palanquée et un art de vivre le milieu aquatique en totale mutation. De la mystique du Grand Bleu à l’esthétique du clip Free Fall, en pratique libre ou en bouteille, en mer ou en bassin, qu’explore-t-on vraiment dans cette extension du domaine des grands fonds ?

Limites du corps. Frontières physiques. Dans le monde des plongeurs, les fosses d’entraînement pourchassent le record avec la même ferveur que les hommes. En 2014, le bassin italien Deep Joy (ou Y-40) ravissait tous les superlatifs à la piscine belge Nemo33, jusque-là détentrice de la plus grande profondeur au monde : 33 mètres. Situé dans le complexe hôtelier et thermal Millepini de Montegretto Terme, près de Padoue, le nouveau centre de plongée (en photos) descend par endroits jusqu’à 42,5 mètres – soit un immeuble de douze étages. Autre effet waouh : le port de la combinaison n’est plus obligatoire puisque la température de l’eau oscille entre 32 et 34 °C. Zéro poisson, point de coraux, mais quel bassin !

Conçu par l’architecte italien Emanuele Boaretto, ce bassin propose des installations ultra modernes, avec un design futuriste élaboré avec les célèbres apnéistes du pays, Umberto Pelizzari et Enzo Maiorca, le « père » de l’apnée en Italie. Comme ces mythes vivants de l’apnée ont démoli les murs des profondeurs à chaque nouveau record, d’autres projets de fosses extraordinaires se préparent aux quatre coins du monde. La prochaine descente sublime pourrait bien se trouver en France, à Grez-Neuville, où le jeune Samuel Phélippeau (28 ans) planche sur l’ouverture d’un complexe sportif sous terre, autour d’une fosse de plongée de... 60 mètres. Si le projet recueille tous ses financements, le spot pourrait ouvrir dès 2019.

PROFONDEUR DES EAUX, PROFONDEUR DE SOI
Dans les fosses, plongeurs et apnéistes pratiquent ensemble. Certains passionnés alternent les deux disciplines. Parfois, les plongeurs basculent totalement sur l’apnée, pour sa dimension sportive et pour se mesurer à un nouveau type d’effort. Tous s’entraînent pour s’initier puis s’habituer aux paliers stratégiques. À 10 mètres, la pression sur le corps double. À 12-13 mètres, on atteint une zone sans gravité appelée « doorway to the deep ». Ce « seuil des profondeurs » marque le fameux point où la flottabilité s’inverse ; les fonds vous aspirent. À partir de là, il faudra lutter pour remonter. Dans les piscines Nemo33 et Deep Joy, les plongeurs peuvent passer le cap des 30 mètres, où la pression sur le corps triple. Un jour, peut-être, un bassin permettra de reproduire la pression à 90 mètres de profondeur, quand la poitrine voit sa taille réduite de moitié. Le métabolisme doit accepter que la toute puissance aquatique le transforme, et laisser faire ses différents réflexes d’immersion. Vitaux, ils viennent de la mémoire intra-utérine. Certains darwinistes évoquent la mémoire cellulaire de ces temps où nous étions créatures subaquatiques. Au fur et à mesure que le corps s’ouvre aux mystères des abysses, le sensible métabolique se mêle à des émotions primitives. Peur, résistance, lâcher prise, ouverture... Une exploration de l’intériorité humaine.

UN MATÉRIEL DE PLONGÉE EN PLEIN ESSOR
Il n’est pas nécessaire d’aller bien profond pour expérimenter la magie sensorielle de l’immersion. Dès les premiers mètres d’une plongée libre ou équipée, le milieu aquatique éloigne le pratiquant des préoccupations extérieures, le centre sur lui-même, l’ouvre – parfois malgré lui – à des états méditatifs. La technologie propose un matériel toujours plus performant pour jouir des grands fonds en tout confort et en toute sécurité. Porte de Versailles, le Salon de la Plongée sous-marine (20 ans en janvier prochain) expose chaque année les dernières trouvailles d’une industrie florissante malgré la crise. Les baroudeurs y découvrent les nouvelles destinations tel Cuba. Et les tech water addicts admirent le matériel dernière génération.

Hits de la saison ? Le premier gilet chauffant 100 % made in France, Feel Heat de Diver International. Ou le masque de plongée X-Vision Ultra Liquiskin signé Demetz, réalisé en verre trempé hyper résistant, dans un design ultra large et avec volume d’air interne, pour contempler les fonds marins en mode panoramique. Il y a aussi la balise de survie mise au point par la société française Seareka, étanche jusqu’à moins 80 mètres. Ou  encore, pour la photo, le nouveau caisson Azuru HPIS, disponible en versions -100 mètres et -160 mètres, avec un grand écran externe de 5 pouces. Grâce à ses ports cylindriques de différents diamètres, on intègre tout ce que l’on souhaite sans changer de hublot ni de dôme.


Quand le corps passe le cap des -13 mètres, la flottabilité s’inverse. L’eau vous attire vers le fond.

IMAGINAIRES D’IMMERSIONS
En janvier dernier, le salon lançait aussi la première édition de la Palme Bleue, prix du meilleur film et court-métrage subaquatique. On est loin de la lumière mystifiante du Grand Bleu, le film de Luc Besson qui révéla l’apnée au grand public en 1988. « Avant lui, l’apnée était un petit milieu clos où gravitaient quelques individus qui s’affrontaient par record interposé. La pratique s’est démocratisée autour du destin quelque peu romancé du champion Jacques Mayol » décrit Mary Schirrer, maître de conférences en sciences sociales et agrégée d’EPS. Devant l’ampleur du phénomène, cette grande apnéiste s’est penchée sur les raisons de cet engouement.

Chasseurs sous-marins, explorateurs avec bouteilles, apnéistes... Après des années d’enquête dans le milieu des plongeurs en piscine dans l’Est de la France et en mer, au large de l’île de la Réunion, Mary Schirrer dissèque les motivations de ces aventuriers des profondeurs dans un ouvrage, S’immerger en apnée : cultures motrices et symbolismes aquatiques (Éditions L’Harmattan). « En questionnant la manière dont les sensations éprouvées – ondulation de la mono palme, enveloppement du milieu aquatique, pression sur les cavités aériennes – alimentent leurs imaginaires, j’ai dégagé cinq grandes familles symboliques qui semblent animer ces profils. »
Mus par une quête de domination, certains expriment un désir de performance, de maîtrise des profondeurs marines. Illustration : le champion autrichien Herbert Nitsch est l’un des derniers à pratiquer la plongée en « no limit », autrement dit la descente en apnée à l’aide d’une gueuse lestée, d’où l’on remonte à l’aide d’un ballon gonflé, comme pratiquée dans Le Grand Bleu. L’apnée la plus extrême, la plus dangereuse, la plus décriée. Entouré de sponsors, Herbert Nitsch a fait construire une gueuse totalement innovante, aux airs de gros suppositoire jaune, dans laquelle il entre.

Son dernier record en 2012 (-253,2 mètres) se solde par un AVC. Aux antipodes de cette course effrénée à l’exploit, Mary Schirrer identifie un groupe de pratiquants attirés par la contemplation. « Ceux-là veulent se dépayser, partir loin du monde pour admirer les paysages sous-marins » explique la chercheuse. D’autres vont au devant des sensations déclenchées par l’immersion afin de mieux se connaître. Certains filent vers les abysses pour fusionner avec le milieu aquatique. Enfin, une cinquième catégorie de plongeurs recherche l’éclate. Ils veulent jouer avec leurs sens, éprouver les vertiges d’une narcose (la fameuse ivresse des profondeurs), frissonner devant une faille à explorer...

UNE RÉVOLUTION ESTHÉTIQUE
Loin de l’univers du Grand Bleu, les nouvelles générations vivent aujourd’hui différemment la quête du plaisir sous-marin. « Ils connaissent surtout le clip de Guillaume Néry et sa compagne Julie Gautier. Avec Free fall, tourné sur une musique du groupe Archive, le couple de champions d’apnée fait sortir la discipline de l’image mystique qui imprègne le parcours de Jacques Mayol » pointe Mary Schirrer. « Si les médias surfent encore sur l’ambivalence de l’apnée – chaque accident est abondamment relayé –, ce couple met en lumière sa soif de vivre et insiste sur le bonheur de la renaissance expérimentée à chaque retour à l’air libre. À l’image du premier souffle au sortir de l’état foetal. Ils aiment la sensorialité éprouvée dans ce milieu extrême, mais n’ont pas envie d’y rester » nuance cette fine observatrice du milieu. « Guillaume Néry et Julie Gautier remontent toujours, irrésistiblement attirés par leur vie là-haut et leurs projets créatifs. » Cliché fondateur du nouvel imaginaire de l’apnéiste, le clip Free Fall a été créé de A à Z par le couple. Dans le scénario, un homme marche sur le sable, au fond de la mer. Il s’avance vers un gouffre et s’arrête devant un trou noir béant. C’est le Dean’s Blue Hole aux Bahamas, le « trou bleu » le plus profond au monde (-202 mètres). Les images font le buzz et comptabilisent plus de 20 millions de vues sur le net ! Dans la foulée, Guillaume Néry et Julie Gautier fondent leur maison de production, Les Films Engloutis, réalisent Narcose et Ocean Gravity.

Cette nouvelle manière de se filmer dans les grands fonds capte l’attention de la chanteuse Beyoncé. Elle invite le duo à tourner le clip de son titre Runnin (Lose It All) en Polynésie. Au fond des eaux, un chassé-croisé fluide et dansé, en jeans slim, tee-shirt blanc et débardeur noir minimalistes, au bout duquel un homme et une femme finissent par se retrouver. Finie la tragédie.

 

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