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Dallas, de retour sur la scène artistique mondiale

Dallas, de retour sur la scène artistique mondiale

Par Manuelle Calmat , le 21 octobre 2016

On connaît Dallas pour ses cowboys et son colossal empire du pétrole. D’autres sources vitales jaillissent désormais de ses buildings. Le Cowboys Stadium et sa collection d’art contemporain symbolisent à merveille le renouveau de « Big D » et son désir de compter sur la scène artistique mondiale.

Dimanche 11 septembre, « very special day » au pays de l’Oncle Sam. Les premiers rayons du soleil viennent illuminer la Skyline. Dallas se prépare à une journée très particulière. Dans quelques heures, les Dallas Cowboys vont affronter les New York Giants à l’AT&T Stadium, propriété de la famille Jones. Le coup d’envoi du championnat NFL de football américain coïncide avec la triste commémoration de l’attaque du World Trade Center à Manhattan, du Pentagone à Washington et du crash à Shanksville en Pennsylvanie. Tandis que la candidate Clinton peine à dissimuler une pneumonie naissante, que les cœurs saignent, George W. Bush, 43e président des États-Unis et ancien gouverneur du Texas, va fouler la pelouse de l’AT&T Stadium, recouverte d’une bannière étoilée de 100 mètres sur 50 mètres, pour sécher les larmes de tout un peuple. On a du mal à croire que des millions de téléspectateurs vont enchaîner ce moment de communion nationale avec quatre heures de suspens autour d’un ballon ovale. Et pourtant, des millions de paires d’yeux convergeront vers cet événement que les Américains, à l’instar du Super Bowl, ne rateraient pour rien au monde. Gene et Jerry Jones, comme tous les dimanches de la saison de NFL depuis 27 ans, encouragent leur équipe préférée. Ils ont investi pour elle et ses fans la modique somme d’un milliard de dollars et des poussières. Au fil des années, le plus onéreux des stades couverts, d’une capacité de 105 000 places, est devenu le vaisseau-amiral de la famille Jones. Une expérience totale, l’œuvre d’une vie.

Comme un supplément d’âme
« Quand nous avons fait construire ce building, nous savions que nous allions disposer d’immenses surfaces vierges, assez inhospitalières pour nos fans », explique Gene Jones. « Alors nous avons pensé qu’inviter l’art ici était une expérience doublement unique pour les visiteurs », se souvient la mécène. Comme toutes les dynasties « successfull », ils sont philanthropes. Dans son ouvrage De la culture en Amérique  1, le chercheur en sciences sociales Frédéric Martel explique cette composante philanthropique bien ancrée dans la société américaine. Des 25 000 bibliothèques publiques financées par Andrew Carnegie dès la fin du xixe siècle au MoMa (Museum of Modern Art) de New York et à la Fondation Rockefeller, en passant par le legs de Robert Woodruff à la ville d’Atlanta dédié aux arts de sa ville, les exemples ne manquent pas. Qu’elles soient industrielles, pétrolières ou alimentaires, les grandes fortunes redistribuent une partie de leurs biens pour des raisons diverses et complexes : un devoir, un code de bonne conduite, un moyen de cultiver son réseau, une méthode de défiscalisation, un désir inavoué de postérité, une reconnaissance de dette, mais aussi la passion d’entreprendre chevillée au corps. « Cela fera 28 ans en février que nous avons pris la décision de nous occuper des Dallas Cowboys, c’est presque une vie ! » s’exclame Gene Jones, la femme de Jerry. D’aucuns diront que les œuvres sont des extensions du lieu quand d’autres penseront que ce sont les œuvres qui donnent toute son originalité au stade. « C’est un projet très gratifiant à plus d’un titre, car nous avons doté l’AT&T Stadium d’une collection d’art unique », s’enthousiasme-t-elle en désignant Coming Home et (Meet me) at the Waterfall (2009), une gigantesque acrylique de Franz Ackermann qui invite instantanément au voyage. « Franz ne devait faire qu’un seul mur, mais au fil de son travail, il a voulu en recouvrir un second puis un troisième ! Il a totalement investi ce lieu. Il est devenu un membre de la famille en quelque sorte. » La spécificité de cette arène high-tech au toit ouvrant, climatisée dans ses moindres recoins, aux multiples snacks et aux matériaux nobles est en effet d’abriter 58 pièces réalisées par les plus grands artistes contemporains comme Daniel Buren, Olafur Elliasson ou Wayne Gonzales.

Le coup d’envoi de la rencontre n’est plus très loin. Les pom-pom girls dansent au rythme de « Baby you’re so sexy / Baby you impress me », tandis que les astres d’Olafur Elliasson ont déjà fait leur révolution (Moving Stars Takes Time, 2008).

Art ou sport, pourquoi choisir ?
À l’extérieur, face à l’entrée C, un gigantesque miroir de près de 11 mètres de diamètre, le Sky Mirror, reflète des centaines de supporteurs munis de billets (100 dollars en moyenne) leur donnant accès aux buvettes et vendeurs de hot-dogs, mais pas aux gradins. Ils devront suivre les quatre heures de match debout sur l’esplanade chaude et moite d’un après-midi d’été. Peu importe, l’essentiel est de participer. Sky Mirror reflète le ciel sans nuage, la ferveur populaire, l’instinct grégaire et la beauté subjective. « Nous avions repéré le travail d’Anish Kapoor à Chicago et nous voulions une œuvre de lui. Mais il nous fallait quelque chose à l’échelle de ce lieu. Ce n’est pas forcément évident de trouver des artistes capables de réaliser des pièces de cette dimension », explique Gene Jones. « Nous proposons d’ailleurs aux écoliers qui viennent visiter le stade de dessiner ce qu’ils perçoivent dans cette œuvre. Leur regard est toujours très instructif ! ». Phil Whitfield en sait quelque chose. Ancien joueur de football amateur, ce géant de plus de deux mètres se charge de transmettre sa passion de l’art à un large public. Devenu médiateur culturel, proche de la cinquantaine, il a vu sa vie et son destin changer du jour au lendemain. « L’art a transformé ma vie. Lorsque j’étais petit, j’adorais dessiner, mais j’étais loin de penser que j’allais en faire quelque chose. Je gardais cette chose au fond de moi sans savoir qu’un jour toutes ces petites pépites allaient se transformer. Depuis 23 ans, j’accompagne la famille Jones. Auparavant, je travaillais à la sécurité. Un jour Madame Jones m’a demandé si je voulais changer de job, alors je me suis formé à l’art contemporain, j’ai retroussé les manches. Je conduis les visites pour les groupes mais je m’occupe aussi des artistes. De leur arrivée à l’aéroport jusqu’à leur régime alimentaire, aux soucis techniques comme la sécurisation des échafaudages lorsqu’ils réalisent des œuvres à plusieurs mètres du sol. J’ai la chance de suivre les différentes phases du processus artistique. » Phil se rappelle lorsque Gary Simmons est venu faire son Blue Field Explosions en 2009. Une œuvre de près de 7 mètres sur 25 qui exigeait de ne pas avoir le vertige. « Manque de chance, Gary et moi l’avions tous les deux ! », se souvient Phil. Deux armoires à glace obligées de vaincre une appréhension du vide, unies dans une même galère. « Ce sont des expériences incroyables », se réjouit Gene. « Tous les artistes qui ont créé une œuvre ici ont cherché à rendre celle-ci puissante, à l’instar des joueurs qui jouent sur le terrain, au contact les uns avec les autres, dans un même élan. Gary Simmons, avec sa proposition de grands nuages dans un ciel bleu et soulignés de traits blancs, symbolisent justement cette rencontre, cet impact puissant. »

Petit à petit l’art fait son nid
L’attaquant texan Dez Bryant donne du fil à retordre au défenseur new-yorkais Eli Manning, éclipsant pour un temps Gary, Daniel et Olafur. Stars de l’art contre stars du ballon ! À renfort de pom-pom cowboys qui ponctuent le show d’injonctions du type « Get up ! Get loud ! », le match est forcément inégal. Même si sur le terrain on a frôlé l’égalité (New York 20, Dallas 19). Dans la « vraie vie », la communion des âmes peine-t-elle à s’opérer entre deux mondes sur le point de se rencontrer ? Gene et Jerry Jones parient le contraire. La ville de Dallas y croit elle aussi dur comme fer. L’interaction est objectivement possible, pourvu que l’on ait un esprit ouvert. « Big D » est devenue la capitale artistique du Texas, quand Austin se concentre davantage sur les nouvelles technologies et Houston sur l’art culinaire. Peu à peu, Dallas grignote du terrain sur New York et Los Angeles. Partout dans la ville, des œuvres surgissent entre deux tours, un parc, dans les centres commerciaux. Art District est devenu le plus important quartier dédié à l’art aux États-Unis, avec son Dallas Museum of Art, son Nasher Sculpture Center, The Crow Collection of Asian Art. Sans oublier l’autre quartier qui monte, le Design District, qui voit régulièrement de nouvelles galeries s’installer. Après les designers, ce sont désormais les galeristes qui misent sur l’ancien quartier industriel, proposant des hangars rénovés autour du Dallas Contemporary. « C’est une belle aventure pour ma galerie d’ouvrir une antenne ici », explique Frank Elbaz 2, « on est au tout début de quelque chose. N’oublions pas qu’entre la France et Dallas, c’est une longue histoire. Le Texas a une identité forte et la France a également un lien fort avec ce pays. Nous avons été les premiers à reconnaître l’indépendance de cet État en 1842-1843. L’ambassade du Texas était située au n°1 de la place Vendôme à Paris. Une plaque commémorative témoigne toujours de son existence. Personnellement, j’aime cette idée de faire partie des pionniers, un peu comme les chercheurs d’or. J’ai voulu ouvrir cet espace en face du musée d’Art contemporain. Certains ne misent pas sur Dallas. Moi, je considère que l’art doit être présent là où on ne l’attend pas... » s’amuse-t-il. Une performance peu banale et entière, comme toutes les expériences américaines d’ailleurs.

 

DALLAS, NOTRE CITY BOOK

Dormir
The Joule Hotel : au cœur de Downtown, The Joule Hotel offre un bel aperçu de la métamorphose qui est en train de s'opérer dans la ville. Une déco sans bling-bling, un design à la fois trendy et aéré, sans surcharge. L'ancienne Dallas National Bank abrite désormais ??? chambres, le Midnight Rambler, un bar à Cocktails prisé des Hipsters, un excellent restaurant à la saveur texane revisitée, un coffee shop corsé, sans oublier la piscine à la paroi vitrée. Un débordement de quelques mètre sur la rue qui donne l'impression le temps d'une brassée, de nager dans le vide. Une bulle de fraîcheur dans la chaleur de la ville.
1530 Main Street –  2147481300, www.thejouledallas.com

Lunch & Bar
Le café du Nasher Sculpture Center : derrière l'élégante façade du musée conçu par Renzo Piano, se cache un très beau jardin zen, peuplé de Picasso, Rodin, Giacometti ou encore Maillol. Soupes de pois & estragon, salade de poulet mariné et houmous au poivre, pour un lunch revigorant avant ou après la visite du Musée baigné de lumière.
2001 Flora St. - 214 242 5100,  www.nashersculpturecenter.org

Proof & Pantry : à proximité des grands musées de Dallas et des théâtres, la carte offre des belles compositions de produits frais, notamment à base de fruits de mer.
1722 Routh St. - 214 880 9940, www.proofandpantry.com

Savor : en bordure du Design District, ce pavillon vitré situé au milieu du Klyde Warren Park offre une carte de cocktails et un thé glacé. Une pause entre deux visites de galeries.
2000 Woodall Rodgers Fwy, www.savor-relish.com

Braindead Brewing : rousses, blondes, brunes sont servies dans un décor à la Crumb, très post 70's, dans le quartier de Deep Elum à l'Est de Downtown.
625 Main Street – 214 749 0600, www.braindeadbrewing.com

Diner
Kenichi : impeccable restaurant japonais au cœur d'un des quartiers dorés de Dallas à quelques minutes du sculptural Perrot Museum of Nature & Science (conçu par Thom Mayne). Sushi et Sashimi créatifs et Futo maki très bien maitrisés à déguster dans une vaste salle au design assumé ou dans de petites alcoves.
2400 Victory Park Lane – 214 871 8883, www.kenichidallas.com

CBD Provisions – The Joule Hôtel : la brasserie texane de l'Hôtel Joule propose un menu saisonnier (Demi poulet roti à l'huile d'olive, Gambas grillées sur lit de laitue) et des cocktails inspirés (Tea Thym, Gin infusé, Suze et citron ; Good word, Mezcal infusé, spicy et citronné).

Visite
Dallas Museum of Art : incontournable et gratuit, ce « mini - Louvre », retrace l'antiquité à nos jours en 23 000 objets et trois étages. Ses jardins méritent également le détour.
1717 N. Harwood St. 214 922 1200, www.dma.org

Sport outdoor & Indoor
Katty Trail : une sorte de « coulée verte » relie le très chic Uptown à la Trinity River et longe l'ancienne voie ferrée « MKT » couvrant les Etats du Missouri, du Kansas et du Texas. Les adeptes de la course à pied, du vélo et de la marche aiment parcourir ses 3,5 miles de tartans boisé et partiellement ombragé.

White Rock Lake : à proximité du Dallas Arboretum & Botanical Garden, ce poumon de Dallas permet de pratiquer des activités nautiques, de la course à pied et du vélo à moins de 20 minutes du centre ville.

Social-Mechanics : une séance de crossfit dans une petite salle du quartier de Greenville suivi d'un verre dans un des nombreux cafés et rooftop qui longent l'avenue principale de ce secteur très hipster de Dallas au nord-ouest de Uptown.
2010 Greenville Ave., www.social-mechanics.com

PAC ELM Fitness & Crossfit : à un block du Joule, derrière « The Eye », une salle très familiale à échelle humaine au coeur de Downtown.
1511 Elm St. Suite 101, www.pacificelm.com

Curiosités
Geo-Deck : le meilleur panorama sur la ville et ses environs et la possibilité de zoomer sur des détails de la Skyline, grâce à des écrans interactifs couvrant les 360°. Captain Burk vous fait l'article avec la régularité d'un métronome sur les 171 mètres qui vous séparent du sol.
Reunion Tower – 300 Reunion blvd. 214 712 7040, www.reuniontower.com

The Eye : Face à l'Hôtel Joule, The Eye de l'artiste Tony Tasset (un œil de 9m de diamètre posé sur une pelouse) ne vous quitte pas d'une semelle, sans jamais ciller.
1601 Main St.

 

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