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Nick Ansom, le Français à la tête de la Venice Basketball League

Nick Ansom, le Français à la tête de la Venice Basketball League

Par Julien Neuville , le 16 novembre 2016

Comment un Français est devenu le patron de la ligue de basket de rue la plus réputée des États-Unis. Et, au passage, un exemple de générosité. Portrait de Nick Ansom, le Frenchy qui a conquis Los Angeles.

« Si vous ne jouez pas physique, vous n’avez rien à faire ici ! » hurle Mouthpiece à la quarantaine de jeunes sportifs venus ce dimanche après-midi passer les essais pour intégrer la Venice Basketball League (VBL). Nick Ansom, patron de la ligue, prend le relais. « Ce maillot, il faut le mériter ! » L’odeur des hot-dogs se mélange à l’iode du Pacifique tout proche. La musique est à plein volume. Mais l’esprit de fête n’entre pas sur le court. En tenue, frénétiques, les candidats sont prêts à en découdre. Les exercices d’habileté démarrent sous les commentaires de Mouthpiece. Le speaker et commissaire de la ligue en impose, par son gabarit et le micro qu’il tient dans les mains. Toute la journée, il chambrera ceux qui ne font pas les bons efforts et félicitera les plus méritants. Certains ont du mal dès le début, d’autres ont déjà commencé à faire des éclats avec leur technique en claquant de violents dunks. Sur le court, l’Amérique dans sa belle diversité : afro-américains, hispaniques, asiatiques, européens. Les corps sont tous différents, et pas toujours ceux qu’on attend de joueurs de basket. Tout le monde est le bienvenu sur les courts de Venice.

Dans l’opposition qui suit, le talent explose à la vue de tous les spectateurs. Passes brillantes, dribbles fulgurants. Le basket n’est plus un sport collectif mais une succession de performances individuelles pour attirer l’attention. Les règles du street-ball, différentes du basket­ball traditionnel, amènent un jeu plus spectaculaire. La défense à deux sur le porteur du ballon est interdite. Les lancers francs ne se font pas pendant le match pour accélérer le jeu. Le temps de possession est réduit en fin de match. À l’extérieur, les shoots de loin sont hasardeux. Pour marquer, mieux vaut privilégier le corps à corps sous le panneau. Si ce n’est pour divertir les spectateurs, neutres, qui demandent du sensationnel.

Sur la touche, Mouthpiece se donne en spectacle. À deux reprises, le jeu s’arrête. Une blague du speaker a déclenché un fou rire au sein des deux équipes. Mouthpiece doit avoir trouvé un surnom aux joueurs les plus en vue d’ici la fin de la journée, de sorte que s’ils intègrent la ligue, ils soient déjà conformes à la tradition. « Mr Bricolage » pour un gaillard à la dégaine de déménageur, « Attitude » pour un jeune au jeu arrogant, « Le Russe » pour le joueur... russe. À la fin de la journée, pour sélectionner les dix joueurs qui intégreront officiellement la ligue, Mouthpiece prend les commandes. Le premier choix sera le sien. « Ce mec a été consistant tout au long de l’après-midi, il n’a jamais arrêté, je lui donne ce maillot » annonce-t-il en lançant un débardeur à un gamin de 18 ans, Chris Moryatya. Nick Ansom s’empare du micro. « Je suis le fondateur de cette ligue, mais beaucoup d’entre vous ne savent pas que je viens de France. Je suis arrivé ici à 16 ans, et maintenant je suis avec vous sur ce court pour la dixième édition de la Venice Basket League. Je veux donner ce maillot au Russe. Il est comme moi, il veut réaliser son rêve américain de basket et je pense qu’il a ce qu’il faut pour réussir. »

UN FRENCHY À LA CONQUÊTE DE LOS ANGELES
Derrière ce surnom américanisé, Nick Ansom, se cache Nicolas Gaillard. Né à San Francisco alors que son père officiait en tant que vice-président d’Atari, Nick repart en France à l’âge de 2 ans. À Paris, il découvre le basket à 12 ans quand, suite à une poussée de croissance, il est propulsé à 1,80 m, libre de dunker allègrement sur les paniers bas des catégories jeunes. À 13 ans, lors d’un voyage à Los Angeles avec sa famille, il fait ses premiers pas sur les courts de Venice. Son père le dépose le matin et vient le récupérer à la nuit tombée, sur les courts où s’entraînaient Magic Johnson et Shaquille O’Neal et où fut tourné le classique Les Blancs Ne Savent Pas Sauter. Venice, au milieu des années 1990, n’est pas encore le quartier gentrifié d’aujourd’hui, avec les baraques à plusieurs millions d’euros et les restaurants diététiques. Les gangs régnent sur la promenade du bord de mer, mais qui voudrait se battre avec un gamin ne parlant pas un mot d’anglais ? Naïf et plein de culot, Nick parvient à s’intégrer et à jouer des journées entières au milieu des Américains, petits et grands. À Paris, il fréquente la prestigieuse école bilingue proche des Champs-Élysées avec d’autres enfants de bonne famille et évolue dans le club de Levallois où, en cadet, il dispute les championnats de France.

En 1998, Nick décide de finir son lycée aux États-Unis au moment où sa mère, productrice, doit aussi y filer pour un job. Il rejoint la Fairfax High School, au programme de basket prestigieux. Lui qui se croyait imbattable revient vite sur terre. Dans son équipe, Evan Burns, Jamal Boykin ou Craig Smith, qui finiront tous dans les meilleures équipes universitaires du pays, puis professionnels. « En France, on s’entraînait trois fois par semaine pendant une heure et demie et on ne touchait pas beaucoup le ballon, on apprenait à devenir un bon coéquipier. À Fairfax, on ne faisait que de la technique personnelle » se rappelle-t-il. Le jeune français passe la majeure partie de la saison sur le banc. En cause, son jeu mais aussi sa personnalité, il est trop excentrique et borné. « J’étais le seul blanc dans le gymnase. Le coach était toujours sur mon dos pour des trucs stupides. Je me faisais toujours un peu remarquer. L’équipe était énorme, mais j’aurais pu apporter un style de jeu européen qui lui manquait, un joueur qui fait des passes » regrette-il encore aujourd’hui.

Après le lycée, Nick intègre une petite université locale mais se blesse rapidement – ligaments croisés. Pour meubler son temps libre, il décide de se tourner vers la musique, domaine que son frère Cyprien Gaillard (aujourd’hui artiste contemporain réputé, exposé au Centre Pompidou) explore déjà. Nick organise des soirées à Los Angeles et enchaîne les prestations dans les boîtes de nuit sous le pseudo DJ Ansom. Plusieurs mois passent et, enfin remis, il intègre l’équipe du Santa Monica College. Un soir, alors qu’il officie aux platines pour une soirée organisée par Paris Hilton et Girls Gone Wild, une société de production de films porno, le patron nauséabond de cette dernière l’invite à prolonger la fête avec eux au Mexique, avec son jet privé. Dans le feu de l’action, Nick accepte et part sans prévenir. Alors qu’il bronze sur les plages mexicaines, son équipe universitaire dispute un tournoi important. À son retour, il est viré par le coach.

Jouer au basket dans des conditions normales semble lui être interdit. Trois tentatives, trois échecs. Il se tourne vers le lieu pour lequel il est destiné : la rue. Avec un groupe d’amis, il intensifie ses périples dans la ville pour défier les différentes équipes sur leurs courts. En 2005, il crée le site ballinla.com, sorte de TripAdvisor des courts de Los Angeles, notés par niveau de compétition, horaires d’ouverture, qualité du terrain, etc. Il retourne à Venice. Adulte désormais, les passe-droits disparaissent et la hiérarchie s’impose. Sur la promenade, on ne joue pas où on veut. Trois courts, trois catégories. Les nouveaux démarrent sur le terrain le plus éloigné du passage de la foule avec les clochards et les touristes. Seconde étape, l’intermédiaire, pour les « OG » (les anciens du quartier). Enfin, « The Show » avec les meilleurs joueurs et les pros en vacances. « Si tu ne sais pas jouer et que tu veux aller sur le premier terrain, les mecs ne te laissent même pas entrer » rigole Nick. Le Français s’impose doucement, faisant preuve d’acharnement. Son jeu rutilant et sa philosophie « gagner c’est bien, humilier c’est mieux » ne lui font pas que des amis. Maintes fois, après un joli mouvement et un point marqué, il prend un coup de poing surprise, un sucker punch. Ses bras sont encore marqués de coupures subies sur ces courts. Sans oublier les menaces de mort des gangs locaux. Venice est un endroit particulier, lieu de vie de nombreux marginaux et terre légendaire de basket où tous les grands joueurs sont venus jouer. Ici, le basket est plus qu’un sport, c’est une fierté. « Les mecs d’ici prennent ça très au sérieux », explique Nick avec empathie. « Ce sont des mecs de la rue, des brigands, des dealers, des ouvriers, des serveurs pour qui la vie n’a un sens que quand ils jouent devant un public. Ils veulent protéger leur royaume. Mais je n’ai jamais appris ma leçon. Plus je me faisais démonter, plus je revenais. » Partout, Venice et ailleurs, son équipe domine. Lui vient alors l’idée d’organiser un tournoi de street-ball à Venice pour prouver son talent à la ville entière et, au passage, gagner un peu d’argent. Le Sunshine Tournament se déroule en 2006. Le début d’une nouvelle ère.

VENICE BASKET LEAGUE, UNE PÉPINIÈRE DE TALENTS
Le jeudi précédant les essais et la sélection des dix nouveaux joueurs de la ligue, Nick est déjà sur les courts de Venice. Une dizaine de passants curieux s’approchent du terrain, attirés par les deux grosses caméras et une armoire à glace en tee-shirt « Gatorade ». La marque de boisson a réservé le lieu pour tourner une vidéo de promotion, « Beat The Heat ». Nick a été engagé comme consultant pour ramener les meilleurs joueurs de street-ball de Californie et leur faire sortir le grand jeu. Il y a les légendes Robin « Sik Wit It » Kennedy et Larry « The Bone Collector » Williams de l’équipe professionnelle de street-ball Ball-Up. Amateurs de belles passes, ils prennent leur pied à envoyer des caviars à Kwame « The Freak of Nature » Alexander, un monstre de muscles qui écrase le panier à chaque dunk. Kwame est du coin, il s’est d’abord fait remarquer avec une série de vidéos sur YouTube démontrant ses prouesses athlétiques, puis par une présence en finale de la compétition Dunk-In organisée et diffusée sur la chaîne câblée TNT, commentée par Shaquille O’Neal et Charles Barkley. « D’ailleurs, les quatre finalistes de la compétition ont tous joué au moins une saison dans la ligue » précise Nick avec un sourire. « J’ai invité Kwame à venir jouer en 2012, et je l’ai mis dans l’équipe de Georges Hill, des Indiana Pacers. Ils ont fait des merveilles ensemble sur le court » raconte Nick aux autres joueurs pendant une pause.

Petit à petit, le nombre de spectateurs grossit. S’il y a des caméras, il y a une star pensent-ils. Elle est là, assise dans les tribunes, en train de rigoler avec ses collègues du jour. Ce n’est pas le joueur le plus connu, mais il est reconnaissable des fans de NBA : Karl-Anthony Towns des Minnesota Timberwolves, élu Rookie of the Year de la saison dernière. Une future star qui, cet après-midi, étale tout son talent.
La publicité se tourne avec décontraction. Pendant le match en 3 contre 3, c’est Nick qu’on entend le plus, chambrant et donnant les consignes que tout le monde respecte à la lettre. Dans les dernières secondes de la rencontre, après avoir hurlé « Balle de match les mecs ! », il offre une passe à Kwame qui écrase un dunk monstrueux. « Oooooh ! He’s back people ! » crie Nick à ses adversaires. Le producteur en tee-shirt gris ordonne à son équipe de remballer. Assis dans les tribunes, Bone Collector prend le temps de lui expliquer comment il connaît Nick. « On n’arrêtait pas de me parler de ce jeune blanc-bec français. Puis il a organisé ce tournoi, le Sunshine Tournament. J’ai décidé d’aller voir ce qu’il mijotait et j’ai inscrit une équipe à sa compète. »

DIX ANS DE SUCCÈS
Pour la promotion du Sunshine Tournament 2006 sur la plage de Venice, Nick et ses potes se rendent dans tous les courts de la ville et collent des affiches sur les panneaux de basket. Nick espère douze équipes. Le jour du tournoi, seize se pointent. Bone Collector et Sik Wit It sont là, tout comme une poignée d’autres joueurs de talent inespérés.
Le tournoi est chaotique, bancal dans l’organisation, mais l’envie de jouer est évidente. Malgré l’élimination de son équipe dès le premier tour, Nick décide de passer à l’étape supérieure l’année suivante sous forme de saison étalée sur plusieurs semaines. Pour Nick, dont le nom d’utilisateur Instagram est OrganickO, un garçon qui pratique le yoga, mange sainement et surfe quasiment tous les jours, l’objectif de ce tournoi est aussi d’arrondir les angles de la culture basket de Venice, de proposer une expérience joyeuse et familiale, sans rivalités ou violence.

La première saison de la ligue est lancée de la même manière que le tournoi, sur des fondations fébriles, mais Nick ne se laisse pas décourager. Il compose lui-même les équipes en allant les recruter dans toute la ville. « Les mecs de Venice qui faisaient la gueule et qui râlaient, je leur ai dit qu’ils allaient être les “Mean Ones” (les méchants – ndlr). L’équipe des Mexicains, je l’ai appelée les “Jalapeños, South of The Border”. Au YMCA juif où j’allais, j’ai fait l’équipe “Mazeltov”, coachée par le rabbin » raconte-t-il. Avec beaucoup d’imagination, Nick recrute quelques joueurs de la défunte ligue de basket sur trampoline (Slamball) et son cran l’aide à enrôler une pépite de l’université du Michigan (un des meilleurs programmes de basket universitaire du pays) en vacances à LA pour l’été. Heureux propriétaire d’un immense loft, acheté il y a une dizaine d’années grâce à un cadeau de son père, il héberge des dizaines de joueurs recrutés aux quatre coins du monde gratuitement contre leur participation à la VBL.

Les dix joueurs sélectionnés cet après-midi pour intégrer la saison officielle enfilent un chasuble rouge. Ils vont se frotter à l’équipe des All-Stars de la saison dernière, en jaune. Sur le court, l’absence de cohésion entre ces jeunes qui viennent de se rencontrer, les passes manquées et la défense chaotique sont compensées par leur envie de prouver à l’équipe adverse qu’ils ne sont pas de simples walk-ons (terme pour désigner les joueurs passant par les essais, à l’inverse de ceux recrutés activement). Sur la touche, une rumeur se propage comme une traînée de poudre. Nick ne sait pas qui a été l’indiscret mais, au fond, il s’en fout un peu. Ça allait forcément se savoir. Il va faire venir Aaron Gordon des Orlando Magics pour un concours de dunks dans quelques semaines. Ce dernier est entré dans l’histoire de la NBA en février 2016, en se livrant à l’une des plus belles – si ce n’est LA plus belle – finales du concours de dunks de tous les temps, face à Zach LaVine des Minnesota Timberwolves. LaVine a finalement remporté le concours, mais Gordon s’est fait ce jour-là la réputation d’un des plus spectaculaires dunkeurs de la ligue. Et dans quelques semaines, il s’installera sur les courts de Venice avec son sponsor, ZTE. Nick est chargé de ramener des compétiteurs de haut niveau, et des mecs comme ça, il en a plein les poches. Aaron Gordon viendra s’ajouter à la liste impressionnante des stars de NBA venues sur ces courts pour un événement spécial, ou simplement pour jouer et regarder les rencontres de la VBL : Kobe Bryant, DeAndre Jordan, Blake Griffin, Derrick Rose, Joakim Noah et Dwyane Wade. Les rappeurs Snoop Dogg et The Game, les acteurs Jon Voight et Wesley Snipes ou l’ex-gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger ont également fait le déplacement.

Après la victoire surprise des recrues contre les All-Stars, Nick va serrer des pinces. Le voir évoluer au milieu de cette foule diversifiée est fascinant. Il navigue avec confiance, salue un ancien joueur professionnel venu avec ses enfants, puis un comédien à la retraite. Il connaît tout le monde, tout le monde le connaît et le respecte. « Tout le monde ici est fier de la VBL », témoigne Keith Closs. « Nick s’entend bien avec tout le monde, c’est ce qui a rendu possible la ligue. Quand les gens t’aiment bien, c’est plus simple de les motiver à bosser avec toi. » Peut-être que pour casser une certaine tradition, il fallait un personnage neutre, un outsider. « Je n’ai jamais eu de problèmes parce que je n’ai jamais pris parti, je suis cool avec tout le monde » continue-t-il. Même les Crips, gang encore dominant à Venice –même si invisible – ont accepté la ligue. « C’est surtout parce que leurs enfants en sont fans et qu’ils viennent aux stages gratuits qu’on organise le dimanche matin » rigole-t-il.

Dans les tribunes, on discute déjà de dimanche prochain et de la première journée officielle de la ligue. Qui sera là ? Quelles sont les équipes ? Un petit de 8 ans demande à Nick si Ron Artest, ancienne star des Lakers, sera encore présent cette année. « Oui, et il aura même son équipe à lui », répond le patron, « les Panda’s Friend. » Son coéquipier des Lakers, Nick Young, a aussi engagé sa propre équipe dans la compétition, les Most Hated Players. Sur les courts, joueront aussi les Brand Black, sponsorisés par la marque de chaussure éponyme, les Blind Barber par l’enseigne de barbier du même nom, The Agency, financés par une agence immobilière prestigieuse de la ville. Une marque (ou une personnalité sponsor) doit débourser 3 000 dollars pour une équipe. Avant le début de chaque saison, les équipes doivent fournir aux dirigeants de la ligue une liste de joueurs inscrits et la modification des effectifs est encadrée. « Les joueurs ont le droit de changer d’équipe jusqu’à la sixième semaine, ils ne peuvent changer que deux fois et n’ont pas le droit de revenir dans une équipe qu’ils ont quittée » explique Nick.

Dix ans après la création, le niveau des équipes a bien évolué. Terminée l’ère des cinq majeurs recrutés par Nick dans les parcs de la ville. Environ 80 % des joueurs de la ligue évoluent au niveau professionnel en dehors des États-Unis. Le reste est fait d’anciens de la NBA (il est quasi impossible d’obtenir un joueur en exercice à cause des contrats et des assurances), de joueurs universitaires en vacances ou vivant dans les alentours, et de quelques lycéens et amateurs surdoués. « En une décennie, treize joueurs passés par la VBL ont été recrutés pour jouer en professionnel, dont trois pour la D League de la NBA et un en NBA » annonce fièrement Nick. Happy Ball, gros monsieur portant sur le crâne un demi-ballon de basket, sorte de mascotte de la ligue, est reconnaissant. « Ils ont été des dizaines à dire qu’ils voulaient créer une ligue ici, mais Nick est le seul à avoir réussi. Personne ne pensait qu’il y arriverait. Son succès n’est dû qu’à sa détermination. »

NICK LE BIENFAITEUR
À côté des tribunes, Pierre tient la boutique. Sous une tonnelle rayée, celui qui vient tout juste de rejoindre l’équipe de Nick vend tee-shirts, maillots et leggings aux touristes et aux enfants. Pierre vit aux États-Unis depuis un moment, après avoir bossé chez Nike en France. Nick l’a recruté pour piloter le développement marketing de la ligue. Le site web a été refait, la chaîne YouTube (avec ses 3 millions de vues totales) a pris une nouvelle dimension. Jérémie, photographe de profession et ami de Nick depuis belle lurette, se charge de la partie visuelle. Ses vidéos prises lors des matchs du dimanche finissent souvent sur ESPN (principale chaîne sportive américaine), dans le top 10 des actions de la semaine. La petite boutique temporaire devrait ramener un peu d’argent pour faire fonctionner la ligue et, si besoin, améliorer les infrastructures. « On a encore du mal à trouver des sponsors financiers pour la ligue », explique Pierre. « Enfin, je devrais dire qu’on a du mal à trouver des sponsors qui nous conviennent : des entreprises de sport, de nourriture ou de boissons saines. » Pour ceux qui ne peuvent pas venir en Californie, la ligue a également ouvert une boutique en ligne, shop.veniceball.com.
Les actes parlent d’eux-mêmes. En ce 7 août 2016, Nick est loin de son Venice. Il a organisé un match de gala entre les meilleurs joueurs de la VBL et ceux de Skid Row, un quartier dépouillé, peuplé de milliers de sans-abris, de l’autre côté de la ville. Loin de la plage, entre les entrepôts désaffectés et les rangées de tentes sur le trottoir, l’ambiance est différente. Le Français espère que cet après-midi sur le cours ombragé de Gladys Park donnera un peu de bonheur aux habitants du quartier. Le basket est important ici aussi.

L’équipe de la VBL n’est pas venue les mains vides : eau, nourriture et vêtements sont distribués gratuitement. Ils sont constamment une douzaine à faire la queue pour un hot-dog. Des ballons de basket sont offerts aux gamins. « Ce n’est pas grand-chose, mais si on peut leur montrer qu’il y a de l’espoir et que la fraternité existe toujours, ce sera une petite victoire » estime Nick. Une semaine plus tôt, il était au Bélize pour rénover un court sublime à quelques mètres de la mer des Caraïbes. Comme aujourd’hui à Skid Row, il avait apporté plusieurs dizaines de ballons à distribuer aux enfants. Le gamin qui lâche son équipe universitaire pour aller faire la fiesta avec Paris Hilton et un producteur de films porno au Mexique a grandi. L’ambition de devenir une star du basket a été remplacée par l’envie de rendre à la communauté ce qu’elle lui a apporté. Tous les dimanches matins sont dédiés aux enfants, avec exercices de basket animés par anciens et actuels professionnels, cours de yoga et de surf, leçons de nutrition, de confection de smoothie. Gratuit et ouvert à tous.
Chez lui, au milieu des coupes, trônent ses neuf prix décernés par la ville de Los Angeles. Quatre successifs pour « Activités favorisant l’amélioration de la communauté », et cinq « Certificat d’appréciation pour citoyenneté exceptionnelle ». Et pour Nick, ces récompenses sont bien plus importantes que toutes celles remportées sur les courts.

 

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