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São Tomé et Príncipe, les îles-jardins écolo

São Tomé et Príncipe, les îles-jardins écolo

Par Sabine Bouvet , le 29 décembre 2017

C’est l’histoire d’une famille partie surfer sur la ligne de l’équateur à São Tomé et Príncipe, ancienne colonie portugaise du golfe de Guinée. Riders et éco-explorateurs, ils sont aussi venus à la rencontre d’un nouveau modèle de développement durable. Nous les avons rejoints là-bas pour échanger, débattre et, évidemment, surfer. C’était la moindre des choses.

Lou et Shadé dorment à poings fermés sous la moustiquaire dans un immense lit en bois, sur la terrasse suspendue au-dessus de l’océan. Bercées par la rumeur de la houle qui déferle sur les rochers en contre-bas. Un peu plus au large, une vague parfaite déroule son ruban d’écume face à ce balcon sur la mer. Le soleil vient de se lever et les deux sœurs passeront une journée de plus dans l’eau. Leur père, Manu Bouvet, quand il ne cultive pas son jardin, une plantation de nénuphars à Maui (archipel d’Hawaï) ou ne surfe pas les vagues du Pacifique, passe le plus clair de son temps à étudier les cartes marines pour découvrir ce genre de spot. Puis il embarque toute sa famille dans une nouvelle aventure. La liste est longue : Papouasie occidentale, Rapa Nui, Fanning, Christmas Island, Laquedives... autant de confettis d’îles qui ont la particularité d’abriter des vagues vierges. Autant de paradis perdus ou en voie de disparition, car menacés par la pollution. Cette fois, il met le cap avec Carine Camboulives, sa femme qui partage sa passion, et leurs filles Lou (12 ans) et Shadé (6 ans) vers les « îles du milieu du monde », autrement dit São Tomé et Príncipe. Un archipel sur la ligne de l’équateur, au large des côtes du Gabon. Car un projet inédit de protection de l’environnement y a vu le jour. Carine et Manu sont venus le voir de leurs propres yeux pour mieux pouvoir témoigner.

LA MER EN DANGER
C’est au cours de leurs nombreux surf trips en famille que ces Hawaïens d’adoption ont pris conscience que leur terrain de jeu favori, la mer, était chaque jour un peu plus menacé par la pollution. Car à force de vivre dans l’eau, ou sur la plage entre deux sessions de surf, ou encore aux côtés des pêcheurs (à pied dans les rochers, en pirogues à balanciers, en embarcation à voile de fortune), ils n’ont pu que constater l’appauvrissement des ressources marines, l’érosion côtière, la disparition de certaines espèces et l’omniprésence du plastique dans tous les océans. Riches de cette prise de conscience, leurs expéditions ont pris un autre sens. Il ne s’agissait alors plus seulement de la quête de la vague parfaite. Carine et Manu se sont assignés une mission : sensibiliser les populations qu’ils rencontrent au cours de leurs expéditions et témoigner à leur retour auprès des écoles par des ateliers. L’une de leur porte d’entrée étant l’enfance et le partage ludique de leurs sports de glisse (surf, stand up paddle ou sup, kitesurf, windsurf). Car ils sont persuadés que les jeunes générations sont porteuses d’espoir. La présence de Lou et Shadé constitue un magnifique laissez-passer. De ce fait, les voilà ambassadeurs de la Race for Water, cette fondation dédiée à la préservation de l’eau qui a mandaté un catamaran-laboratoire autour du globe pour faire l’état des lieux de la pollution des océans. Après avoir surfé les vagues de São Tomé et de l’îlot das Rolas qui embaume l’ylang ylang, ils ont rendez-vous avec le fonds d’investissement HBD Príncipe sur l’île éponyme pour découvrir son projet pilote. Príncipe est classée Réserve de la Biosphère par l’UNESCO. La majeure partie de l’île est couverte d’une végétation inaccessible à l’homme. Le sup sera pour eux l’unique moyen d’avoir accès à ce territoire vierge. Un jour, le milliardaire sud-africain Mark Shuttleworth repère cette jungle flottante lors d’un vol entre le Cap et l’île de Man, en mer d’Irlande, ses deux lieux de résidence. Stupéfait par son caractère totalement sauvage, il interroge l’équipage pour savoir de quelle île il s’agit. Príncipe, hors du temps, hors des circuits touristiques. Príncipe, en marge du monde, assoupie. On raconte que c’est lors de son séjour dans une station spatiale (il est le deuxième touriste à avoir voyagé dans l’espace) qu’il a pris conscience de la fragilité de notre planète. Littéralement fasciné par ce morceau de terre africaine intact, il lance un projet de développement durable à l’échelle du territoire entier. Son but : montrer que la croissance est possible en préservant l’harmonie entre l’homme et la nature. Un projet exemplaire à vocation touristique, écologique et humanitaire.

PRíNCIPE, L’EXEMPLE À SUIVRE
C’est ainsi qu’au bout du monde, sur des pistes en terre, on trouve partout des poubelles de tri des déchets. «Príncipe est une île-jardin incroyablement bien entretenue. Aucun détritus ne flotte dans l’eau ou ne traîne dans la rue» s’enthousiasme Manu. «La différence est nette avec São Tomé où on a surfé au milieu des ordures. Ici, c’est un autre monde!» Une déchetterie produit du compost et une autre recycle le verre. Deux coopératives dirigées avec fierté par des femmes. Des entreprises destinées dans un futur proche à voler de leurs propres ailes et à être une source de revenus pour la communauté. Au-delà de l’aspect écologique, l’aspect humain est essentiel. Les femmes qui y travaillent se sentent investies d’une mission et valorisées. Se voyant attribuer un compte bancaire en leur nom propre, elles accèdent à une autonomie dans la cellule familiale. L’idée étant de redonner une place à la femme dans la société. Carine et Manu visitent en famille ces coopératives. En connaisseuse, Lou a son mot à dire sur la qualité du compost. «Il a l’air mieux que le nôtre à Maui! On devrait en rapporter papa.» Direction l’école. Manu, Carine, Lou et Shadé souhaitent parler aux élèves de la pollution des océans par le plastique. Ils sont stupéfaits de voir des enfants du primaire qui en savent déjà long sur la question. «Ils sont particulièrement sensibilisés au sujet du tri des déchets» explique Carine. «Bien plus que dans certains pays occidentaux.» Un programme leur offre une gourde métallique baptisée « bouteille de la biosphère » pour 50 bouteilles en plastique collectées. Et des fontaines d’eau potable pour la remplir se trouvent un peu partout dans les écoles et lieux publics. La population, partie prenante de ce mouvement, a aussi refusé massivement une plantation de palmiers destinée à l’exploitation de l’huile de palme. C’est ce territoire gorgé d’humidité, d’une fertilité stupéfiante et peuplé d’arbres endémiques, que l’Italien Claudio Corallo a élu pour sa plantation de cacao. À Terreiro Velho, au bout d’une piste, au sommet d’une montagne, la famille pénètre dans le monde de ce puriste du cacao, esthète ermite et aventurier. Ici, sur cette dernière frontière avant la jungle inextricable, Claudio a investi une roça (ancienne propriété agricole) abandonnée. Le corps de bâtiment est resté dans son jus, Claudio occupant de façon très monacale quelques pièces au rez-de-chaussée. Son plus grand luxe consiste à poser une chaise dans l’herbe face à l’immensité de la vue qui embrasse l’océan, survole la canopée et les forêts de brumes. Claudio renoue avec l’histoire du cacao. São Tomé et Príncipe n’étaient-elles pas premières productrices mondiales de cacao à l’aube de la Première Guerre mondiale ? Manu, Carine, Lou et Shadé repartent avec le goût du chocolat et deux mots en guise d’enseignement, « leve, leve » (y aller doucement), la devise de ces îles.  

 

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