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Val d'Isère, au top de la high-tech

Val d'Isère, au top de la high-tech

Par Nadia Hamam , le 10 mars 2017

Après trente ans d’investissements constants en matière de nivoculture, Val-d’Isère lance en 2015 l’Atelier de la Neige. L’unité de production high-tech s’impose comme le fer de lance de la montagne française. Visite en coulisses.

Face aux menaces du dérèglement climatique, Val-d’Isère répond par l’audace technologique. Depuis les années 1980, la station investit dans l’innovation pour développer une production de neige artificielle grâce à des infrastructures pionnières. Une manière de reprendre en main les rênes de son destin. Des efforts couronnés par l’ouverture en 2015 de l’Atelier de la Neige, considéré comme l’usine de nivoculture la plus aboutie d’Europe. Résultat : une garantie neige de fin novembre au 1er mai. Aussi rare que précieuse sur la scène de la montagne française. Enviée par le monde entier, elle est la spécificité et la marque de fabrique de la station, et le joker qui lui permet de truster les plannings des compétitions internationales. Cet hiver, Val-d’Isère a récupéré au débotté les trois courses de Coupe du monde masculine annulées à Beaver Creek (Colorado) par manque de neige. Un signal fort. En bref, l’Atelier de la Neige est un outil stratégique essentiel. À la tête de cette arme d’enneigement massif, Pierre Mattis, l’enfant du village devenu grand gourou de la poudreuse. Un savoir-faire qui saute aux yeux lorsqu’on pénètre dans l’usine souterraine, enfouie tout près de la télécabine de l’Olympique.

La nivoculture, une science émergente
Pompes à eau, filtres, tuyaux… l’enchevêtrement de métal épais peint dans des couleurs primaires a quelque chose du Bauhaus. Les centrales métalliques sont parfaitement alignées. Ce mini Beaubourg a été entièrement dessiné par le service neige de Val-d’Isère Téléphériques (Compagnie des Alpes), dirigé par Pierre Mattis, composé d’une quinzaine de nivoculteurs issus du village, pour beaucoup formés sur le tas comme lui. « Nous avons conçu et construit chaque élément, boulon après boulon. C’est à ce prix que nous assurons notre indépendance vis-à-vis des constructeurs et des marques. Cela nous laisse toute latitude pour choisir le modèle d’enneigeur qui convient le mieux à nos besoins », explique l’Avalin. L’Atelier de la Neige entretient des relations avec une entreprise canadienne qui partage ses valeurs et son expertise. À eux deux, ils constituent une véritable cellule de Recherche & Développement qui inspire bien des stations nationales et internationales. Corée, Japon, Géorgie, Russie… les délégations se pressent pour appréhender cette installation capable de fournir 2 000 m3 de neige par heure et la manière dont le visage des 140 km de pistes du domaine est dessiné, jour après jour.

Des pistes ultra modelées
Dans la salle de surveillance tapissée d’écrans 3D, Pierre Mattis suit en temps réel l’état du tapis neigeux. L’ingénieur modélise en conséquence l’acheminement de l’eau à partir de l’usine vers l’ensemble du domaine. 40 % des pistes sont équipées d’enneigeurs programmables à distance. Conçus pour les accueillir, 650 « regards » mesurent via des sondes la température extérieure et l’humidité de l’air. «  Cette donnée est indispensable pour gérer la pression et le débit d’eau, ou la quantité d’air pour obtenir une texture parfaite » précise Pierre Mattis. Produire une neige très fine, comme celle qui tombe au cœur de l’hiver, est une affaire de température et d’eau. Cette transformation s’opère à une température égale ou inférieure à 0 °C. « Plus elle est froide, plus elle a une texture poudreuse » explique notre guide. « Nous filtrons l’eau avec du sable pour éviter que des impuretés ne s’insèrent dans les bouches très fines des enneigeurs. Cela évite d’abîmer le matériel, sans compter que toute poussière modifierait la manière dont la neige s’agglomère. » Une fois la matière idéale obtenue, vient l’étape du tapissage. « Avant l’ouverture de la saison, l’Atelier orchestre la pose d’une sous-couche froide directement sur la terre, ce qui fera durer tout l’hiver la vraie neige, une fois tombée. » Ainsi, en pleine saison, les skieurs glissent la plupart du temps sur de la neige naturelle, soit sur 80 à 90 % du domaine, à part parfois sur le bas des pistes plus fréquenté. En même temps, il faut faire face à un premier challenge : la préparation des pistes de compétition. Cette dernière se fait en étroite collaboration avec Jean-Pierre Aguillon, directeur du service des pistes (92 personnes au compteur).

Tapis blanc spécial champions
Pour répondre aux exigences toujours plus fortes de la FIS (Fédération Internationale du Ski), Val-d’Isère a ajouté 68 enneigeurs sur la face de Bellevarde. Très connue depuis les JO de 1992, elle accueille le légendaire Critérium de la première neige depuis 61 ans. Ces premières épreuves de Coupe du monde reçoivent les meilleurs skieurs et skieuses de la planète et prennent le pouls de la saison. Retirer les 68 enneigeurs installés sur la piste, remplir les bosses et casser les trous pour remettre le profil à plat, envoyer de l’eau sous pression dans la neige pour la durcir et la geler – le Critérium demande une neige très dure, travaillée comme un miroir. Les pisteurs travaillent nuit et jour, aidés par des dameuses équipées d’un tout nouveau système de mesure de hauteur de neige. Celui-ci permet d’obtenir en temps réel des relevés de terrain sur l’ensemble des deux pistes et de les modéliser en 3D. Le lifting est indispensable pour faire renaître chaque saison la piste mythique que les athlètes ont tant de plaisir à dévaler. Histoire que les sportifs nationaux puissent s’entraîner dans des conditions optimales, les équipes se défoncent pour livrer le plus tôt possible. Les autres skieurs auront 24 à 48 heures pour tester le comportement de la neige et le mémoriser avant la course. Les champions repartis, il s’agira de préparer l’arrivée des vacanciers. 90 % des gens viennent à Val-d’Isère pour la glisse. Une tradition qui remonte bien avant l’ère de la nivoculture.

Un complément génial à l’enneigement naturel
« Val-d’Isère n’est pas une plate-forme offshore posée au hasard dans la montagne, mais une station historique » recadre Justine Mathé. La directrice communication et marketing de Val-d’Isère Tourisme met en avant son emplacement naturel privilégié. Située à 1 850 mètres d’altitude, la station ouvre sur un domaine qui grimpe jusqu’à 3 500 mètres (dont 60 % à 2 300 et 2 400 mètres), sans oublier l’environnement glaciaire et une exposition des pistes en corolle. De quoi faire durer le manteau neigeux. Elle bénéficie de deux sources d’enneigement naturel. L’une provient des flux d’ouest, océaniques, qui déferlent sur l’Hexagone. La seconde d’un phénomène local dit « des retours d’est ». La station bénéficie de chutes généreuses qui constituent la part la plus importante de son enneigement. Cette configuration lui permet de n’équiper que 40 % du domaine skiable en enneigeurs. Si Val-d’Isère a développé une conscience aigüe de la nécessaire maîtrise de la neige artificielle, c’est parce qu’elle organise des compétitions internationales depuis six décennies. « Bien sûr, la neige de culture ne garantit pas tout, il faut aussi du froid pour qu’elle tienne. Mais on réduit considérablement les risques d’annulation d’une épreuve », nuance Justine Mathé. Pour Pierre Mattis, les installations des années 80 se devaient d’évoluer pour faire face au développement du ski de loisir. «  Il y a toujours plus de skieurs, les remontées mécaniques transportent davantage de monde, plus vite, donc les clients font beaucoup plus de dénivelé en une journée qu’il y a trente ans. La neige de culture devient nécessaire. La sous-couche de neige de culture permet souvent d’aller jusqu’au ski d’été. Il arrive qu’on en remette une petite couche fin avril, mais c’est rare. » Le message est clair : on n’abuse pas de la neige artificielle.

Une technologie qui intègre la nécessité écologique
Si le terme d’enneigeur a remplacé celui de canon à neige, ce n’est pas juste une histoire de communication. «  Ces gros engins qui bombardaient des volumes énormes de neige et faisaient des tas massifs que l’on déplaçait ensuite avaient une consommation d’eau démesurée. La technologie des enneigeurs actuels aide à la contrôler. L’Atelier de la Neige autorise une production ultra ciblée, avec des raccords chirurgicaux. L’administration française nous attribue un volume d’eau en début de saison, et il faut faire avec » rappelle Pierre Mattis. La ressource bleue est retournée sans pollution à la nature une fois la neige fondue, à hauteur de 80 %. Les stations diversifient leurs approvisionnements en construisant des retenues collinaires en altitude. Celles-ci recueillent l’eau de pluie qui servira à fabriquer la neige directement là-haut, ce qui évite de la puiser dans le bas de la station. «  On mise sur les meilleures technologies. Nous sommes aux normes ISO 9001, nous venons de passer la norme ISO 50001. Notre domaine skiable, relié avec Tignes, est le premier du monde à avoir la certification Green Globe » argumente Pierre Mattis. La question est sujette à fortes controverses. Mais les chiffres sont encourageants : la consommation aquatique pour la neige de culture sur une saison représente 0,28 % de la capacité du barrage de Tignes, soit environ 50 cm de hauteur de celui-ci. Autre nouvelle performance des enneigeurs : leurs perches minces et élancées, souvent mobiles, possèdent des embouts qui assurent une production plus fine, proche de la neige naturelle. Neige naturelle versus neige artificielle ? « On ne sent pas d’emblée la différence sous les skis, mais on n’aura jamais la même sensation que sur de la poudreuse » selon Pierre Mattis. « Nous ne fabriquons que des microbilles de glace. Un flocon naturel, lui, se forme de manière très lente dans l’atmosphère. Il faut plusieurs minutes pour que l’eau se cristallise en glace autour d’une impureté. » Un micro accident indispensable à la magie d’une nature inégalée. Encore un petit effort, monsieur l’ingénieur...

 

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