Mode Daniel Brühl
© Japp Buitendijk Par Anne Denis & Katia Kulawick-Assante, le 24 septembre 2013

Daniel Brühl « Niki Lauda est un obsédé des détails »

Quand le réalisateur Ron Howard se glisse dans le baquet en faisant revivre la carrière de Niki Lauda, le résultat vous scotche au fauteuil. Interview de l’acteur principal de Rush, Daniel Brühl.

À l’affiche de Rush de Ron Howard, en salles le 25 septembre, Daniel Brühl incarne une légende : le pilote autrichien Niki Lauda, trois fois champion du monde en 1975, 1977 et 1984. Victime d’un grave accident en 1976, il reviendra au plus haut niveau. Acteur allemand polyglotte et multi facette (La Vengeance dans la peau en 2007, Inglorious Basterds en 2009 ou encore La Comtesse en 2010), Daniel Brühl évoque avec humour et modestie sa transformation et sa préparation plutôt intensive. Rencontre à Londres, autour d’un cappuccino

Dans quelles circonstances avez-vous appris que vous joueriez Niki Lauda ?
Trois jours après le casting, sur une route de campagne, en Espagne. J’ai reçu trois appels en absence en provenance de Londres. J’ai d’abord appelé mon frère Oliver, il s’y connaît plus que moi en F1. Il a alors immédiatement organisé un stage de F3 à Barcelone, ce qui m’a permis d’apprendre à piloter une monoplace avant le tournage. Ensuite, Ron Howard m’a collé dans des F3 en Angleterre avec des pilotes professionnels.

Vous avez réussi à démarrer du premier coup ?
Non, ce n’est vraiment pas facile. Le baquet est minuscule. Je me demande encore comment mon ami Chris (Hemsworth, qui joue le rôle de James Hunt – ndlr), plus grand que moi (1 m 92), a pu s’y glisser. Vous devez changer les vitesses très vite, les pédales sont si proches que vous devez faire attention où vous mettez les pieds. Dès le premier tour de piste, j’ai compris la passion et l’addiction des pilotes. Ce n’est pas uniquement la sensation de vitesse qui leur plaît, c’est aussi les vibrations et les bruits des bolides.

Vous n’aviez pas de doublure ?
Si, pour les scènes dangereuses. C’était indispensable. Tout le monde en avait une. Je me souviens que la première fois où j’ai fait les tests de conduite, une roue s’est détachée quand j’ai pris un virage. J’ai pensé que les mécaniciens l’avaient fait exprès pour me montrer l’effet d’un accident. Mais pendant trois secondes, j’ai vraiment paniqué. Après j’ai vu qu’ils rigolaient, donc je me suis dit que si la voiture devait brûler, ils seraient déjà venus me secourir. En fait, je roule probablement plus vite avec ma propre voiture.

Pourquoi ? Vous conduisez la voiture de Batman à Berlin ?
Non (rires). Comme je suis sponsorisé depuis quelques années par Audi, j’ai une A4 et, pour mon plaisir, deux anciens modèles : une Peugeot 304 cabriolet orange de 1970 et une Alfa Romeo de 1966, une Bertone. En plus de votre préparation physique, avez-vous revu des Grands Prix de l’époque ? Ron m’a fourni pas mal de matériel, y compris des documentaires. J’ai revu celui sur Senna. Mais ce qui m’a vraiment aidé, c’est l’autobiographie de Niki : To Hell and Back (par Niki Lauda et Herbert Volker, 1986, éd. Stanley Paul – ndlr). Un super livre qui traduit bien l’ambiance de la saison 1976. L’un des films préférés de Ron et moi, c’est Grand Prix avec Yves Montand, réalisé par John Frankenheimer en 1966.

Tout d’abord, j’ai exigé d’avoir les dents de Lauda. Ensuite, je voulais parler comme lui, avoir cet accent autrichien, donc j’ai pris un coach. 

Et avec une de nos chanteuses de l’époque : Françoise Hardy ! Elle joue Lisa, la copine d’un pilote qui suit les courses depuis les paddocks.
Ah oui, elle est super jolie !

Votre transformation physique est stupéfiante. Comment êtes-vous arrivé à ce résultat ?
Tout d’abord, j’ai exigé d’avoir les dents de Lauda. Ensuite, je voulais parler comme lui, avoir cet accent autrichien, donc j’ai pris un coach. Chaque jour, je passais 6 à 7 heures en compagnie des maquilleurs en charge des effets spéciaux. Je leur faisais entièrement confiance, ils venaient de recevoir un Oscar pour leur travail sur La Dame de fer. S’ils pouvaient transformer Meryl Streep en Margaret Thatcher, ils pouvaient me donner l’allure de Niki !

Comment s’est passé votre premier contact avec Niki Lauda ?
Au téléphone, Niki m’a dit : « Nous devons nous rencontrer puisque tu vas m’incarner au cinéma. Mais si tu viens à Vienne, ne prends qu’un bagage à main pour que tu puisses repartir dans la foulée si jamais nous ne nous apprécions pas ». Super diplomate (rires) ! Heureusement, nous nous sommes très bien entendus et je suis resté à Vienne quelques jours. Il m’a présenté son ex-femme Marlène et quelques amis. Ensuite, il m’a emmené au Grand Prix du Brésil, à São Paulo, en pilotant son propre jet ! Sur place, c’était génial : Niki est un héros, tout le monde le connaît, ça ouvre toutes les portes. J’ai pu parler avant la course à Sebastian Vettel et Nico Rosberg, il m’a présenté d’anciens pilotes comme Jackie Stewart et Nelson Piquet.

Vous a-t-il donné des conseils ?
Il était très impliqué, il voulait voir tous les rushes. La conférence de presse a été la première scène que nous avons tournée et je portais une alliance pour montrer que Niki pensait à sa femme. Après les deux premières semaines, il m’a dit : « C’est bien, mais ne porte plus l’alliance ! ». Il m’a fait remarquer qu’il ne la portait jamais. C’est donc la seule scène où vous la verrez. Niki Lauda est un obsédé des détails.

Comment Ron Howard a-t-il filmé les compétitions ?
Sur place, il y avait tellement de monde que je ne savais plus qui faisait quoi. Des cadreurs, des ingénieurs, des spécialistes qui disaient à Ron : « À Nürburgring, ça s’est passé comme ça dans cette partie du virage ». Il y avait des petites caméras partout dans ma voiture, jusque dans mon casque. Un jour, j’en ai compté 60. C’était dingue ! Des lentilles des années 70 ont même été fixées sur des caméras modernes pour rendre l’image de l’époque.

Où avez-vous tourné ?
En grande partie dans les studios Longcross, au sud-est de l’Angleterre. Sauf le Grand Prix d’Allemagne au cours duquel Niki a eu son accident. Il a été tourné sur le vrai circuit de Nürburgring.

Vous vous êtes visiblement très bien entendu avec Chris Hemsworth, connu du grand public pour avoir incarné le dieu Thor...
Oui. Et pourtant, nous venons chacun d’univers et de culture différents. J’ai adoré chaque journée de tournage avec lui. Entre les prises, on s’amusait même à rejouer la relation des deux pilotes de façon décalée. C’était très drôle ! Dans la vie, il n’a pas du tout ce côté surfeur australien (rires). 

Rush
Réalisé par Ron Howard, Rush raconte la rivalité entre deux grands pilotes de F1 des années 70 : Niki Lauda sur Ferrari et James Hunt (incarné par l’acteur australien Chris Hemsworth) sur McLaren. Une rivalité qui atteint son apogée en 1976 au Japon, sur le circuit du mont Fuji, quand Lauda affronte Hunt quelques mois seulement après avoir échappé à la mort à Nürburgring. Rush a nécessité la fabrication de huit F1, même si certaines sont d’époque, notamment la McLaren de Hunt et la Ferrari de Lauda, prêtées par des collectionneurs. C’est Peter Morgan, le scénariste du film, qui avait déjà collaboré avec Ron Howard sur Frost/Nixon, qui a eu l’idée de ce biopic et de cette rivalité rappelant celle entre Yves Montand et James Garner dans Grand Prix, d’un réalisme jamais égalé.
Rush, en salles le 25 septembre 2013

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