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Franck Mesnel : « Je suis un dingue bien élevé »

Franck Mesnel : « Je suis un dingue bien élevé »

Par Bérénice Marmonier , le 06 mars 2017

S’il se faisait remarquer sur les terrains de rugby dans les années 80 avec son nœud papillon rose et son béret basque, Franck Mesnel est aujourd’hui à la tête d’une marque trentenaire qui s’implante petit à petit à l’international. Rencontre.

Lorsqu’on le rencontre dans les locaux d’Eden Park à Paris, l’ex-rugbyman Franck Mesnel, 55 ans, porte toujours, sur le revers de sa veste, un petit nœud papillon rose. Une sorte de « porte-bonheur » pour l'ancien rugbyman qui ne le quitte plus depuis une trentaine d'années (et qui lui a aussi rapporté quelques pièces d’or). Arboré par lui et ses autres comparses du Racing (Jean-Baptiste Lafond, Éric Blanc, Philippe Guillard) en finale du championnat de France face à Toulon en 1987 (perdu par le Racing 12 à 15), le nœud papillon rose devient un phénomène. Un symbole d’impertinence et d’élégance dans un rugby encore amateur, qui fut au cœur d’un déferlement médiatique hors normes.
 

En découle une marque de prêt-à-porter autour du rugby, Eden Park, portée par Franck Mesnel et Éric Blanc. Trente années plus tard, la marque est bien ancrée dans le paysage de la mode de sport, en France et petit à petit à l’étranger. Elle affiche un chiffre d’affaires de 59 millions d’euros en 2016 et rassemble autour d’elle plus de 200 personnes. Un esprit « French Flair » qui plaît toujours autant, et qui passionne inlassablement un de ses initiateurs, Franck Mesnel.
 

Avez-vous gardé les nœuds papillons de l’époque Racing ?
Un. Il en reste un sur les cinq. Et ce n’est pas moi qui l’ai. Philippe Guillard a donné le sien à Dan Carter, juste avant la finale de Top 14 (l’année dernière – ndlr) qu’ils ont gagnée. Dan l’a mis dans ses chaussettes et a joué tout le match avec. Et à la fin du match, il l’a porté 5 minutes, le temps d’être interviewé par Isabelle Ithurburu. Il y a d’ailleurs un dirigeant qui est tout de suite venu lui enlever. Ce qui me va très bien.

Pourquoi ?
Le dirigeant a eu un réflexe de sécurité en lui enlevant, il a dû se dire qu’il allait se faire engueuler par son président, je ne sais pas... Mais merci à Dan Carter d’avoir fait ce geste magnifique, la légende continue. C’était hyper classe. Comme l’est ce mec qui prend soin de s’excuser publiquement après avoir un peu dérapé (Dan Carter a été contrôlé en état d’ivresse à Paris le 17 février dernier – ndlr). Ça nous est tous arrivé, mais avec la médiatisation actuelle, il nous est plus difficile de boire 30 litres de bières (rires). Alors que nous le faisions très régulièrement et sans aucun problème (rires).
 

Le rugby est-il devenu chiant ?
Techniquement ? (rires) Quand les gens me posent la question, j’ai tendance à dire que non. La pression d’aujourd’hui n’est pas pire que celle que nous avions à l’époque. Alors oui, il y a plus d’argent en jeu... Mais cela n’empêche pas de s’éclater. Comme Dennis Rodman a pu le faire en NBA il y a quelques années. Notre histoire était quelque chose de spontané. Ça a commencé par un « cap ou pas cap » entre nous, comme des mômes. On a finalement été loin dans cette espèce de provocation.
 

Pourquoi, lors du lancement d’Eden Park en 1987, avez-vous tablé sur une marque à l’esprit anglo-saxon au lieu de garder le côté impertinent français qui vous caractérisait ?
Parce que parfois on se trompe. On a vu beaucoup plus d’avantages à l’époque à reprendre le mot Eden Park, qui était le stade d’Auckland sur lequel j’ai eu la chance de jouer la première finale de la Coupe du monde de rugby. Et ça nous allait bien, on pouvait glisser le nœud papillon au milieu des deux mots, la langue anglaise est qui plus est mondiale. Eden Park avec l’accent chinois (il l’imite), c’est plus facile à dire que Parc des Princes (rires). J’ai beaucoup analysé l’histoire que l’on voulait donner à la marque avec Euro RSCG, pour qui je travaillais à l’époque. J’avais planté 7 ans d’études d’archi aux Beaux Arts, il ne fallait pas que je me trompe. Mon ambition, même si je ne pouvais pas le dire à l’époque, était déjà internationale. Je n’étais pas sûr du coup, mais je savais que la marque avait tous les attributs pour défendre une position claire et unique. On était les pionniers dans le rugby avec un produit iconique, avec des fondateurs encore en activité. C’était une conversion pour nous, pas une reconversion. Je pousse d’ailleurs beaucoup les sportifs à commencer quelque chose en parallèle de leur carrière sportive, pour ne pas avoir à vivre cette « petite mort » dans notre métier.
 

La marque a connu une vraie success story dès son lancement. Cela a-t-il créé des jalousies dans le milieu ?
Non, jamais. Je ne pense pas que nous soyons des gens mal élevés. Je pense, peut-être avec un peu de prétention, que l’on a eu la capacité de faire la différence entre l’impertinence et la moquerie. Quand on se permet d’aller porter des bérets basques à Bayonne, il faut expliquer les choses et il faut gagner aussi. On voulait avant tout rendre hommage aux grands attaquants basques. La devise du collège de rugby, qui est écrite sur le portail d’entrée, est d’ailleurs : « obéir pour apprendre à désobéir ». Ça nous va très bien. On n’était pas juste des mecs marrants qui portaient des nœuds papillon roses. Non, derrière, on bossait comme des dingues. On était des fous passionnés de notre sport. On passait des heures et des heures, au-delà des horaires classiques, à s’entraîner. On se battait. J’ai cassé l’épaule de Jean-Baptiste Lafond à quelques jours d’un France-Écosse. Il s’était tellement moqué de moi, à me tourner autour à l’entraînement. Il me challengeait. Et quand on est passé à plaquer, il m’a présenté sa hanche et son épaule – je ne voulais pas lui faire de mal – et je lui ai pété l’épaule. Il ne m’en a jamais voulu. Il m’a dit : « Je l’ai mérité ». Je ne me considère pas comme un créateur, plus comme un designer. Il y a un stakhanovisme chez tous les créateurs, qui sont tous considérés comme des cinglés car ils sont dans le détail absolu. Moi, c’est ce qui me passionne.
 

Vous êtes un peu cinglé alors ?
Oui (rires). Un dingue bien élevé. Philippe Guillard me dit souvent qu’un jour je vais péter un câble (rires). Oui, je suis un créatif, j’aime bien trouver l’équilibre dans la structure. L’esprit d’équipe, que j’ai eu la chance de connaître pendant 10 ans, est quelque chose de primordial. J’essaie de le retranscrire dans l’entreprise. C’est comme ça que j’aime travailler, en considérant les gens. Chacun a un rôle bien déterminé.
 

Justement, est-ce que vous managez vos employés de la même façon que vous entraîneriez une équipe ?
Je suis prudent car le rugby est directif. Si vous ne lâchez pas le ballon, vous prenez trois bulldozers dans le buffet. Donc, fatalement, vous respectez la loi. C’est un schéma que vous ne pouvez pas retranscrire dans la vie. Car si je mets une baffe à la comptable à chaque fois qu’elle fait une faute d’orthographe, ce n’est pas possible (rires). Il faut que j’arrive à maîtriser ma spontanéité, notamment avec des processus expliqués. Les bons entraîneurs savent trouver les mots justes. Après une défaite de 40 points le dimanche avec le Racing, notre coach Robert Paparemborde sortait un ballon de foot et nous disait d’aller jouer pendant 2 heures le lendemain. Ça permet aux gens de prendre eux-mêmes leur responsabilité.
 

Je crois qu’Eden Park a le potentiel de devenir une marque mythique.
 

Auriez-vous été un bon entraîneur ?
Non. Je ne sais pas. Je pense que je n’ai pas la technique suffisante. Je suis un autodidacte du rugby. J’ai pris mon sac à 25 ans pour aller au Racing car j’avais envie de tenter l’aventure. Je suis fait pour apprendre, je n’arrive jamais à me satisfaire. En tout cas, quand j’ai arrêté le rugby à 35 ans, je n’étais absolument pas prêt pour ça. C’est difficile pour les joueurs de devenir entraîneur et de coacher les copains. Aujourd’hui, à plus de 50 ans, j’ai peut-être cette sérénité qui fait que je pourrais faire passer les bons messages. Mais il faut être adulte pour faire ces choses-là.
 

Vous ne vous sentez toujours pas adulte ?
Non (rires). Je ne veux pas. Mon idole est Peter Pan.
 

Quel regard portez-vous sur ce jeune rugbyman fougueux qui est devenu un chef d’entreprise ?
Je suis fier, c’est certain. Mais il faut savoir que cette success story n’était pas préméditée. C’était juste de la spontanéité. C’est ce qui fait la richesse de l’histoire. Je ne savais pas qu’Eddie Barclay allait nous proposer de faire un disque et que l’on allait passer dans de nombreuses émissions en prime time. Je n’aurais pas pensé que les journalistes allaient mettre ce nœud papillon sur un piédestal comme ça. C’est une fierté, mais dès que j’ai monté la boîte, je me suis entouré de gens qui ont les compétences que je n’avais pas. Comme on sait le faire sur un terrain de rugby. Seul, je ne suis rien. 

Vous avez déclaré il y a quelques années vouloir faire d’Eden Park « l’Hermès du rugby ». Pensez-vous y être arrivé ?
Eden Park s’est logiquement lancé dans la catégorie premium. Aujourd’hui, je m’inspire de tous les codes du luxe. C’est peut-être ce que tout le monde fait, mais j’en suis très proche. J’ai quelques bibles dans mes armoires qui viennent du luxe. J’aspire à m’en rapprocher le plus possible. Hermès est une marque iconique. Je crois qu’Eden Park a le potentiel de devenir une marque mythique. C’est hallucinant de voir à quel point la marque a de l’appétence à l’étranger, les gens aiment cette histoire.
 

Vous avez racheté les poteaux du stade de l’Eden Park à Auckland après le tremblement de terre qui a secoué la Nouvelle-Zélande en 2010. Que sont-ils devenus ?
On a réalisé une structure contemporaine qui est actuellement exposée à Marcoussis. On retrouve les bases des quatre poteaux au sol et le reste de l’œuvre a été monté avec d’autres morceaux des poteaux. Et on a fait 250 trophées avec le restant. Trente sont d’ailleurs partis dans les cantines des All Blacks récemment. Même si on les a un peu découpé, ils continuent à leur appartenir, donc on leur renvoie le geste. Et enfin, on a transformé le reste en 150 montres toutes numérotées, en collaboration avec l’horloger Poiray. Pour la petite histoire, on avait ramené ces poteaux, qui faisaient 600 kg chacun et 18 m de haut, dans des containers spéciaux, car on ne voulait pas les démonter là-bas. C’est Grant Fox (ancien demi d’ouverture des All Blacks – ndlr) qui a donné l’ordre de les démonter et c’est Joe Stanley qui les a transporté dans leur camion.
 

Les anciens du Racing travaillent-ils toujours dans l’entreprise ?
Éric Blanc est toujours actionnaire mais il est moins opérationnel dans l’entreprise. Il continue à défendre la marque et à venir aux assemblées. Et les autres copains, que ce soit Jean-Baptiste (Lafond) ou La Guille (Philippe Guillard) ne sont toujours pas loin. Comme dans toutes les aventures de mecs, il y a des mariages, des engueulades, des nanas, des séparations... On vit, tout ne peut pas être lisse. On partage comme des vieux guerriers quelque chose qui est intouchable.
 

Le Showbiz Band va-t-il bientôt se reformer ?
Je ne suis pas sûr (rires). Il y en avait un qui savait chanter parmi nous.
 

Lequel ?
Doucement, je crois que Philippe chantait bien (rires).
 

Eden Park fête ses 30 ans en 2017. Quels sont vos futurs challenges ?
Nous voulons abandonner cet univers anglo-saxon et nous repositionner comme une marque française, avec la punchline « French Flair ». Nous allons redesigner toutes nos boutiques. On a prévu de faire ressortir quelques produits iconiques de notre histoire et de les retravailler dans leur jus, avec leurs défauts.
 

Vous êtes du genre à ne jamais partir en vacances ?
Je dis que je pars en vacances, mais je ne le suis jamais vraiment (rires). Mon portable est ouvert à tout le monde. Je reste accessible, ma famille partage aussi ça, ma femme travaille aussi énormément. On est connectés sur les plannings. C’est avant tout une passion, ce n’est pas du tout un effort. L’effort est d’en sortir. Ce matin, Augustin (son fils de 4 ans – ndlr) m’a rejoint dans le lit à 5 h du matin. Il m’a réveillé et j’ai bossé jusqu’à 7 h. Il faut que j’arrive de temps en temps à déconnecter pour me calmer un peu. Je suis trop passionné. La famille restant l’essentiel bien entendu, ça recadre bien. Ce n’est pas tout à fait comme le service militaire, mais ça n’en est pas loin (rires).

 

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