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Pourquoi les maillots de rugby manquent de style ?

Pourquoi les maillots de rugby manquent de style ?

Par Bérénice Marmonier , le 10 octobre 2016

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe d’Europe de rugby, Sport & Style s’est penché sur le style des maillots des clubs européens de rugby. Et le verdict n’a pas forcément été très bon. Alors on s’est demandé pourquoi ces jerseys étaient moins élégants que ceux du foot. Éléments de réponse.

C’est un fait, le sport et la mode marchent de plus en plus main dans la main. Et les maillots de football n’y échappent pas. Plus les saisons passent, plus ces jerseys nouvelle génération deviennent des pièces lifestyle qui peuvent sortir de l’espace du stade (sous certaines conditions, malgré tout). Avec en première ligne les maillots du Paris Saint-Germain, notamment le third d’un minimalisme et d’un blanc éclatant, ou celui de l’AS Saint-Étienne qui parie aussi sur un jersey uni et près du corps. Mais quand on regarde du côté du rugby, un des sports collectifs majeurs en France, la chanson n’est pas vraiment la même, le sport a du mal cette fois à flirter avec la sphère fashion. Les jerseys des clubs de rugby à XV, que ce soient ceux du Top 14, de la Premiership en Angleterre ou de la Ligue Celtique, ne sont pas encore des modèles du genre (on ne parle pas ici des maillots des équipes nationales). Cette saison encore, on se retrouve face à des maillots surpeuplés de sponsors et graphiquement pas dans l’air du temps. Pascal Monfort, sociologue de la mode, va dans ce sens : « L’esthétique générale n’est pas très minimale, il y a un surplus de logos et ils finissent par se cannibaliser entre eux. On se retrouve presque devant des looks à la Fast and Furious ». David Pécard, directeur textile chez Le Coq Sportif – qui a repris sous son aile le maillot du Racing 92 cette saison –, confirme : « À mon grand désarroi, les maillots de rugby ne sont pas très beaux. Avec, les joueurs ressemblent un peu à des RoboCops ». Des jerseys qui dégagent des symboliques de puissance, de force et de technicité qui finissent par transformer les athlètes en hommes-machines (et quelques fois en vrais panneaux publicitaires). Alors oui, le rugby est un sport d’impacts et de combats, mais il ne peut être défini que par cela, stylistiquement parlant. Dans l’imaginaire, ce sport est d’ailleurs très souvent associé à l’élégance et à son côté gentlemen. « C’est dommage, les maillots ne traduisent pas assez le beau geste et la camaraderie que l’on retrouve dans le rugby », constate Pascal Monfort. « La professionnalisation de ce sport a amené la performance mais les équipementiers pourraient s’amuser davantage. Il est très important de prendre en considération la notion d’élégance. »

Alors d’où vient le problème ? Il faut tout d’abord regarder du côté de la conception d’un maillot de rugby. Celle-ci concentre beaucoup plus de recherches et de contraintes qu’un maillot de foot classique. Les matières utilisées sont plus épaisses, plus techniques, les coutures sont triplées pour que le jersey résiste aux contacts. « Un maillot de rugby pèse trois fois plus lourd que celui d’un club de football », analyse David Pécard. « Il doit à la fois être très résistant et évacuer la transpiration rapidement. Le tricotage est plus complexe. » Alors forcément, l’effet « armure de gladiateur » est accentué dès sa forme initiale. Vincent Clerc, deuxième meilleur marqueur de l’histoire du rugby français et actuel ailier du RC Toulon, va aussi dans ce sens : « Le maillot doit être une seconde peau. C’est un vrai défi technique car on ne doit pas étouffer en plein été, ne pas avoir froid en hiver et il doit laisser la transpiration s’évacuer ».

Et quand on rentre dans la phase design, on constate que le processus est tout aussi complexe. Les designers du Coq Sportif, qui est donc le nouvel équipementier du Racing 92 cette saison, ont dû faire face à de nombreuses directives irréversibles, comme l’atteste le directeur textile de la marque. « On nous a imposé la couleur (le ciel et le blanc), la taille des rayures et la taille des logos des sponsors. Nous avions donc peu de latitude ». Idem du côté de Kappa, équipementier de l’Union Bordeaux Bègles, du Montpellier Hérault Rugby Club, du FC Grenoble Rugby et de l’Aviron Bayonnais. « Il y a beaucoup d’interlocuteurs. Chacun, que ce soit le club, la marque ou les sponsors, défend son terrain », explique François Fourreau, responsable marketing et sponsoring chez Kappa France. Car la contrainte économique est bien là. « Contrairement au football, le budget alloué par les nombreux partenaires de club est très important », constate le joueur du RC Toulon, Vincent Clerc. « Alors forcément, on n’a pas mal de logos sur les maillots qui n’aident pas au design. »


Les maillots extérieurs 2016-2017 du Munster et des Glasgow Warriors.

 

Si le minimalisme graphique commence à devenir la norme du côté du ballon rond, le monde du rugby, lui, préfère faire référence à son histoire et son identité. « Les joueurs et les supporteurs aiment retrouver dans les maillots la gloire passée du club », analyse Vincent Clerc. Et si l’idée est bonne, elle peut être maladroitement exécutée sur les jerseys. Comme cette saison sur le côté face du maillot des Sale Sharks présentant un (énorme) aileron de requin. Ou celui des Glasgow Warriors (extérieur) qui a une réplique de son écusson (un combattant) sur le bas de son maillot. Idem du côté du deuxième jersey du Munster. Des graphismes pas toujours très bien pensés et qui, il faut bien l’avouer, rendent difficile le port du maillot hors terrain. Et cela se ressent sur les ventes. « Le supporteur d’un club de rugby ne va pas forcément acheter le maillot réplica, contrairement au monde du football où l’on est très axé sur le jersey que porte les joueurs », continue François Fourreau. « Dans le rugby, on constate que le fan achètera plutôt un polo ou un tee-shirt plus lifestyle. »

Les équipementiers essaient pourtant de faire changer les choses. « Cette saison, nous avons déjà réussi à imposer des couleurs plus lifestyle comme le gris chiné et le kaki clair pour les maillots 2 et 3 », explique David Pécard, directeur textile chez Le Coq Sportif. « On veut encore bousculer les choses l’année prochaine en réduisant la taille des logos des sponsors, en réintroduisant des matières naturelles dans des matières techniques et en n’utilisant plus qu’une couleur unique pour donner un côté plus mode au maillot. » Car l’idée est là : rendre le jersey portable à la ville. Même son de cloche du côté de Kappa. « On veut pousser l’esthétisme des maillots encore plus loin. Il y a d’ailleurs une grande tendance avec les maillots du Super Rugby très flashy, façon super-héros. » Et si la solution venait (une fois de plus) de ce qui se fait dans l’hémisphère sud ? En matière de design, on est moins sûrs...

 

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