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Jean-Éric Vergne : « En Formule 1, je n’étais pas vraiment moi-même »

Jean-Éric Vergne : « En Formule 1, je n’étais pas vraiment moi-même »

Par Bérénice Marmonier , le 13 février 2018

L’ex-pilote de Formule 1 pour Toro Rosso, Jean-Éric Vergne, s’épanouit désormais en Formule E depuis 2014. Un championnat en constante évolution qui séduit un public de plus en plus large. Le dernier vainqueur de l’étape à Santiago (Chili) nous parle de ses nouvelles ambitions ainsi que de son échec en F1.

Quelle est votre vision de la Formule E, notamment sur son évolution ?
Jean-Éric Vergne : Quand je suis arrivé dans le championnat, j’étais un peu septique. Je sortais de la F1 et j’avais des aprioris. Mais dès ma première course en 2014, j’ai découvert un championnat avec un beau potentiel, c’était assez intéressant. Le championnat se développe à vitesse grand V et aujourd’hui, la Formule E est un des plus gros championnats dans le sport auto avec plus de constructeurs auto qu’en F1. Porsche arrive et quitte Le Mans pour la Formule E. Ce sport a donc un bel avenir.

Vous vous voyez donc passer vos prochaines années sur les circuits de Formule E…
Oui complétement.

Avez-vous des regrets par rapport à la F1 ?
On en a toujours un peu, étant donné qu’avec mon ex-coéquipier, Daniel Ricciardo, on faisait vraiment jeu égal quand j’étais chez Toro Rosso. La première année, je marque même plus de points que lui, la deuxième année, c’est lui qui prend légèrement les devants. Aujourd’hui, c’est un des pilotes phares de la F1. S’il a une bonne voiture, il peut être un des prétendants au titre. Donc oui, j’ai un peu de regrets.  Si j’étais allé chez RedBull, ça aurait changé beaucoup de choses. Et puis ça s’est plutôt mal passé pour moi quand j’ai quitté la F1, j’ai eu un gros trou noir, mentalement. Il y a eu beaucoup de personnes qui m’ont aidé. Le fait de réussir à tirer du positif de quelque chose de négatif n’a pas été simple. Mais j’ai appris et j’ai réussi à le faire. Aujourd’hui, je suis dans un bon championnat, je n’ai pas du tout la même position que j’avais en F1, je me sens beaucoup mieux.

Comment avez-vous géré ce trou noir ?
Bien tant que mal. Mes proches ont toujours été là pour me supporter. J’ai aussi commencé à travailler avec un nouveau manager, Julian Jakobi, qui était le manager d’Alain Prost et d’Ayrton Senna donc il connaît bien ce monde là.

En F1, j’avais peur des jugements. Aujourd’hui j’ai plus confiance en moi.

Qu’est-ce qui vous a manqué pour aller plus haut en F1 ?
Ce qui m’a joué un mauvais tour était, qu’avant la F1, je gagnais tous les championnats auxquels je participais. J’étais un des pilotes avec un des plus gros palmarès. Et puis je suis arrivé dans une équipe qui stagnait au milieu de classement en F1 et ça m’a mis un coup au moral et ça m’a déstabilisé. Car je n’avais pas l’habitude de me battre pour la 12e place. Daniel Ricciardo était plus neutre là-dessus, il avait le sourire quand il finissait 12e, il avait le sourire quand il finissait 8e. Alors que moi non. Lors de ma 2e course en F1, j’ai fini 8e et toute l’équipe était ravie, c’était comme une victoire pour eux. Si je devais retourner dans le passé, je changerai cette mentalité de ne jamais être content pour quelque chose qui, au final, était extrêmement bien.

Vous agissez donc différemment aujourd'hui ?
Oui, ça m’a changé et j’ai appris de mes erreurs. Aujourd’hui, on ne possède pas la meilleure voiture en Formule E car on est la seule équipe non constructeur, on n’a aucune journée de tests, pas d’avancée technologique par rapport à Renault, Audi ou Jaguar. Donc on a du mal mais je continue de travailler, j’ai toujours la même motivation et je drive mieux mon équipe que lorsque que j’étais en F1. En F1, j’avais peur des jugements. Aujourd’hui j’ai plus confiance en moi.

Qu’est-ce qui vous fait courir alors, toujours la première place ?
Oui toujours la première place mais il y a une vraie histoire dans l’équipe dans laquelle je suis arrivé. On a dû partir de zéro, j’ai aidé à choisir les ingénieurs, le constructeur… Et ça c’est un gros challenge, c’est plus fort que de gagner des courses. C’est faire qu’une équipe devienne une grande team en Formule E. La valeur des licences des équipes ne fait qu’augmenter donc c’est important pour moi d’aider à pérenniser une équipe.

Qu’est-ce qui fait la différence entre deux pilotes ?
Je dirais le mental et à quel point le pilote a « faim » de victoires.

Avez-vous un style de conduite particulier ?
Oui, je dirais que mon style est agressif. Je ne vais jamais prendre des risques inconsidérés, je ne me crache quasiment jamais. Mais je ne reste jamais très longtemps derrière un pilote.

Quelle est votre journée-type ?
Je n’en ai pas vraiment. Je travaille souvent avec mon équipe, on se prépare beaucoup sur les simulateurs basés à Monaco une semaine avant les courses. J’ai aussi des journées que je passe auprès des marques que je représente. Et autrement, je vois des amis, je fais du sport, j’essaye de me maintenir au niveau physiquement.

Vous avez donc pas mal de temps libre ?
Oui j’ai du temps libre et j’essaye de faire d’autres choses à côté. Je commence à préparer l’après carrière. Beaucoup de sportifs font cette erreur de ne pas voir plus loin. Ils gagnent beaucoup d’argent aujourd’hui donc ils ne veulent pas penser au moment où tout cela sera terminé. Moi ça m’est arrivé en F1, je me croyais intouchable. Ça m’a mis un coup à la tête quand j’ai du arrêter. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus sécurisé dans ma carrière en Formule E mais ça ne change rien sur le fait de savoir ce que je veux faire après.

Quels sont vos projets ?
J'en ai beaucoup. Tout ce qui touche aux nouvelles technologies en Formule E m’intéresse. Mais je préfère ne pas trop en parler, certains pilotes font l’erreur de mixer business et sport auto et en général, cela ne fonctionne pas très bien. Aujourd’hui, mon seul objectif est de gagner le championnat.

Quelle est votre préparation physique ?
C’est important d’être bien physiquement, c’est un sport très intense. On fait beaucoup de cardio, il y a beaucoup de renforcement musculaire. Par contre, je ne peux pas faire de bodybulding car il ne faut pas que je dépasse un certain poids (rires). Je fais aussi attention à ce que je mange et à ce que je bois. Je ne vais pas prendre les plats les plus gras au restaurant, j’essaye de manger sainement.

Quel est le pilote en F1 qui vous impressionne ?
Il n’y en pas vraiment un qui m’impressionne plus que d’autres. Mais je pense que deux sont au dessus du lot. Lewis Hamilton car ça fait déjà plusieurs fois qu’il gagne le championnat. Et j’aime le fait qu’il trace sa route qu’importe ce que l’on peut dire sur lui. Il a des diamants dans l’oreille, il a une grosse chaine, il vie sur sa planète mais il fait le job quand il est dans sa voiture. Et je pense aussi à Max Verstappen car il ramène une bonne dose de fraîcheur à la F1 et la F1 a besoin de pilotes comme lui. C’est un peu le Kimi Räikkönen d’il y a quelques années. Il est prêt à prendre une amende car il ne veut pas faire les interviews à la fin de la course. Je suis un peu comme lui. Mais la F1 me demandait de rentrer un moule et au final, je n’étais pas vraiment moi-même. Quand tu roules avec une épée de Damoclès au dessus de toi et qu’on te dit que si tu ne fais pas tel résultat, tu seras viré, c’est compliqué. Le moment où j’ai le mieux performé en F1 c’est quand j’ai su que c’était ma dernière saison. J’aurais dû le faire avant mais bon, on apprend de ses erreurs. Mais aujourd’hui je suis totalement épanoui en Formule E.

Comment vous voyez vous dans 10 ans ?
J’espère avoir gagner plus d’une fois le championnat de Formule E. Je me suis testé pour la première fois aux 24h du Mans l’an dernier, et j’ai vraiment adoré. Je m’y recolle cette année. J’espère donc avoir gagné le Mans d’ici là. J’espère surtout ne pas avoir de regrets.

La prochaine épreuve de Formule E se déroulera le 3 mars prochain à Mexico.

 

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