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Dimitri Payet : « Mes enfants n’ont pas le droit de prononcer le nom de Ronaldo »

Dimitri Payet : « Mes enfants n’ont pas le droit de prononcer le nom de Ronaldo »

Par Bérénice Marmonier , le 15 décembre 2016

Après un Euro réussi, Dimitri Payet poursuit sur sa lancée. Rencontre à Londres avec le footballeur français du moment.

Une frappe magique l’a envoyé au septième ciel lors du match d’ouverture de l’Euro 2016 face à la Roumanie (2-1). S’en est suivi de très bonnes performances qui ont scellé le nouveau statut de Dimitri Payet. Comme si le destin s’était enfin penché sur le sort du Réunionnais qui avait jusqu’ici connu une carrière en dents de scie. Traînant aussi une réputation de garçon compliqué. Et ce n’est peut-être pas un hasard si Dimitri s’est associé au jeu vidéo Battlefield 1 (l’un de ses rares partenariats avec SFR La Réunion et Air Austral), édité par Electronic Arts. Un jeu qui assène d’entrée : « Participez à chaque bataille et exécutez des manœuvres qui changeront le cours du combat ». Et c’est justement ce qu’a fait Dimitri. « Nous, les Créoles, on a la tête dure, on a un caractère fort. Quand on veut quelque chose, on s’en donne les moyens, on n’abandonne pas. » Car jusque-là, la vie de Dimitri Payet n’avait pas été un long fleuve tranquille. 

« Jusqu’à l’âge de 15 ans, j’étais toujours le plus petit. Ma mère était vraiment inquiète car tous les autres grandissaient sauf moi. » Puis la désillusion lorsqu’il est prié de quitter le centre de formation du Havre, à 15 ans, après quatre années de test. Ce n’est que deux ans plus tard, en 2004, que Dimitri retourne en métropole pour enfin s’imposer et s’épanouir sous les couleurs du FC Nantes. La suite, on la connaît. Le garçon oscille entre bonnes et mauvaises performances, coups de sang et mauvais calculs sous les maillots de l’AS Saint-Étienne, de Lille ou de l’Olympique de Marseille. Sans oublier celui de l’équipe de France. En octobre 2015, il raconte alors à L’Équipe : « J’entends des bruits comme quoi je serais mal vu en sélection. Il faut savoir me prendre comme je suis. »

Sauf que voilà, le vent a tourné. En sa faveur. Enfin. Lorsqu’il arrive dans le hall du Radisson Blu New Providence Warf Hotel de Londres en octobre dernier, c’est avec sa femme Ludivine, rencontrée sur les bancs de l’école au Havre, et ses trois garçons (Noa, Milan et Pharell), copies en miniature de leur papa. L’homme, le sourire aux lèvres, semble apaisé depuis qu’il a posé ses valises à West Ham en 2015. Et n’a pas l’air tracassé par son nouveau statut de star. « Aujourd’hui, je porte un regard très positif sur mon début de carrière. Ces années m’ont permis d’avancer, de rebondir. C’est beaucoup plus facile d’être serein et tranquille aujourd’hui, après avoir vécu toutes ces choses. Mais ce fut malgré tout des expériences difficiles. » Les coups de sang ? « Il y en a moins. Mais je partais de très loin car c’est vrai qu’avant, mes sautes d’humeur n’étaient pas toujours faites au bon endroit et au bon moment... »

Ses enfants, notamment, l’ont aidé à se stabiliser. « J’ai trois petits bouts, je ne peux pas faire n’importe quoi, je me dois d’être là. D’être performant dans mon métier et de faire en sorte qu’ils aient une bonne éducation. » Un Dimitri Payet métamorphosé, qui semble dorénavant prendre (beaucoup) de recul sur ce qu’il lui arrive. Ses buts et ses statistiques lors de l’Euro l’ont même placé parmi les 23 joueurs nominés pour le Ballon d’Or 2016. Est-ce que ce nouveau statut lui fait peur ? « Non, je le gère très simplement. Je peux comprendre l’image que les footballeurs dégagent en regardant mes enfants, qui sont fans de Ronaldo et de Messi. Ils imitent leurs gestes, leurs célébrations... Depuis l’Euro, ils n’ont d’ailleurs plus le droit de prononcer le nom de Ronaldo (rires). » Pour le moment bien dans ses crampons à West Ham, Dimitri Payet préfère ne pas se prononcer sur la suite et mise surtout sur l’équipe de France et sur la Coupe du monde 2018 en Russie. « Je veux que l’on se qualifie et qu’on aille en Russie avec la même envie déployée à l’Euro. Je sens que cette équipe a un vrai potentiel. » Et avec un Dimitri Payet aussi performant qu’en 2016, l’histoire devrait être belle. Parce que Dimitri a repris le contrôle sur Payet. Que ce soit sur le terrain, dans la vie et même une manette en mains. 
 

Vous venez de vous associer au jeu Battlefield 1 de EA Games. Vous êtes un grand amateur de jeu vidéo ?
Dimitri Payet : Oui, chaque année j’attends la sortie des nouveaux jeux vidéo. Tous les jeux sortent en ce moment alors on en profite pour les tester.

Quel genre de joueur êtes-vous ?
Je joue pour me détendre, le soir, avant d’aller me coucher. C’est un peu mon moment à moi. Si je gagne, ça me détend, mais si je perds, ça m’énerve (rires).

Est-ce que vous jouez à Clairefontaine avec les autres joueurs de l’équipe de France ?
Ça nous arrive de jouer, et aussi en réseau.

Alors, qui est le meilleur joueur ?
Antoine Griezmann n’est pas trop mal car il passe son temps à jouer, il adore ça. Samuel Umtiti essaie de le concurrencer mais il n’est pas encore au niveau (rires).

Où vous situez-vous ?
Cela dépend des jours, mais je dirais que j’ai un niveau correct.

Qu’aimez-vous faire pour vous déconnecter de la sphère médiatique ?
Je passe beaucoup de temps avec ma famille. Entre les entraînements et les moments passés avec mes enfants et ma femme, je suis pas mal occupé. Autrement, j’aime me détendre en jouant aux jeux vidéo.

Comment se passe votre vie en Angleterre ?
Plutôt bien. Je suis arrivé il y a déjà un an avec une petite appréhension. Mais l’adaptation s’est faite rapidement. Même les enfants se sont bien adaptés et ils adorent la vie londonienne.

Avez-vous envie de rester encore quelques années ?
Je ne me suis pas posé la question pour l’instant, ce n’est pas encore la bonne période. Bien sûr que j’ai des ambitions, mais je veux faire les choses dans l’ordre. West Ham est actuellement dans une situation difficile, ça me prend beaucoup d’énergie, il faut travailler et faire en sorte de se sortir de cette mauvaise posture. Il y a des périodes qui sont faites pour se poser des questions et je le ferai à ce moment-là.

Quelles sont vos ambitions ?
Je veux continuer sur la saison que j’ai faite en 2015-2016 avec l’équipe de France et West Ham qui a été plutôt bonne. Maintenant, mon objectif est la Coupe du monde 2018 en Russie et pour y participer, il faut que je sois performant avec mon club.

Quelle est votre place au sein du groupe ?
Je ne suis pas quelqu’un qui s’exprime devant tout le monde. Je suis plutôt quelqu’un qui s’exprime avec le ballon. Cette équipe de France est jeune, il n’y a pas spécialement de « parleurs ». Mais l’Euro nous a fait passer un cap, nous avons progressé. Je pense que l’on est en train de grandir, on est plus matures dans notre jeu et c’est très encourageant pour la suite.

Je suis très loin des scandales, même si cela peut arriver à tout le monde.

Qui met l’ambiance dans les vestiaires ?
Un peu Grizou (Antoine Griezmann), un peu Paul (Pogba), un peu Gignac. Notre groupe vit très bien, je pense que cela se voit sur le terrain.

Vous voyez-vous en dehors du terrain ?
Si on est dans la même ville, on essaie de se croiser, oui. Autrement, c’est compliqué.

Comment avez-vous vécu l’Euro 2016 et ce regain médiatique à votre égard ?
Plutôt bien. Quand c’est dans ce sens-là, c’est agréable. Mais j’ai été beaucoup sollicité, donc c’est quelque chose qu’il faut apprendre à gérer. Mais l’Euro était une aventure incroyable.

Comment gérez-vous cette pression ?
Il est difficile de garder une part de tranquillité et d’intimité dans le milieu du football. Surtout quand les performances sont là, la presse vous met en valeur. Mais aujourd’hui, j’ai 29 ans et j’arrive à gérer cette pression facilement, il n’y a pas de soucis.

Ce n’était pas forcément le cas il y a quelques années...
Le fait d’avoir des enfants, d’être devenu papa, m’a aidé à me stabiliser. Aujourd’hui, j’ai trois petits bouts, je ne peux pas faire tout et n’importe quoi, je me dois d’être là. D’être performant dans mon métier et qu’ils aient une bonne éducation.

Vos débuts en métropole ont été un peu chaotiques. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre parcours ?
Il est positif. Ces années m’ont permis d’avancer, j’ai réussi à rebondir. J’ai appris de ces moments-là. C’est beaucoup plus facile après avoir vécu toutes ces choses d’être plus serein et tranquille aujourd’hui. Mais c’est vrai que ces expériences ont été difficiles à vivre.

Vous arrive-t-il encore d’avoir des coups de sang ?
Moins. Mais je partais de très loin car c’est vrai qu’avant, je me mettais rapidement en colère. Ce n’était pas forcément utile, et pas fait au bon moment ni au bon endroit. Avoir des enfants m’a assagi.

Qu’est-ce qui vous fait peur aujourd’hui ?
Évidemment, la blessure est l’ennemie numéro 1 du footballeur, il faut prendre soin de son corps et travailler correctement pour les éviter. Je suis sinon très loin des scandales, même si cela peut arriver à tout le monde. Il faut faire attention à ce que l’on fait, cela fait partie de notre métier. J’ai des enfants, donc je peux comprendre l’image que les footballeurs dégagent. Ils sont fans de certains joueurs, je le vois dans leur regard. Ils les admirent et essaient d’imiter leurs gestes, leurs paroles, leurs célébrations…

De qui sont-ils fans ?
Le premier aime Ronaldo et Messi. Depuis l’Euro, il n’a plus le droit de prononcer le nom de Ronaldo (rires).

Quelles sont les personnes qui vous ont particulièrement aidé dans votre carrière ?
Tout le monde. Tous les entraîneurs que j’ai eus m’ont aidé. Bien sûr, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde mais tous mes coaches m’ont fait progresser, m’ont fait grandir.

Et Didier Deschamps ?
On a eu une explication en mars dernier sur beaucoup de choses et depuis ça va beaucoup mieux, notre relation s’est grandement améliorée.

Quel est le meilleur moment de votre carrière ?
Le 100e derby que l’on est allés gagner à Lyon avec l’AS Saint-Étienne. C’était un soir exceptionnel, on était à ce moment-là leader du championnat, Lyon était dans le fond du classement. C’était un moment particulier de gagner ce derby. Sans oublier l’ambiance que l’on avait chaque week-end à Geoffroy-Guichard, qui est un stade incroyable.

Je vous vois habillé avec un jean déchiré et des chaussures cloutées Louboutin aux pieds. Vous aimez la mode ?
Pas spécialement, c’est ma femme qui achète mes vêtements. Je suis plutôt casanier, j’aime rester à la maison, avoir du temps où je suis au calme.

Vous étiez d’ailleurs vendeur dans une boutique de vêtements à Nantes...
Oui, j’ai fait un BEP ventes à Nantes et j’ai fait plusieurs stages, notamment aux Galeries Lafayette. C’est une expérience qui m’a servi mais je me suis dit que je ne pourrais pas faire ça toute ma vie, donc il fallait que je bosse (rires).

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été footballeur ?
C’est toujours ce que j’ai voulu faire. Depuis l’âge de 4 ans, je me suis toujours donné les moyens de le faire. Je pense que je serais quand même dans le football, à un niveau moindre

Vous avez dit un jour qu’un Créole n’abandonne jamais...
Je confirme (rires). Ça a la tête dure, un caractère fort. Je suis le premier à savoir que ça ne nous aide pas forcément car on est impulsifs. Mais quand on veut quelque chose, on s’en donne les moyens. Même si on ne peut pas réussir à chaque fois, on s’en donne les moyens et généralement le travail finit par payer.

 

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