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Élodie Clouvel : « Une médaille peut vite nous faire perdre la tête »

Élodie Clouvel : « Une médaille peut vite nous faire perdre la tête »

Par Bérénice Marmonier , le 13 décembre 2016

Sa médaille d’argent en pentathlon moderne aux Jeux Olympiques de Rio l’a projeté sur le devant de la scène. Et il semblerait qu’Élodie Clouvel, 27 ans, ait bien envie de continuer à jouer ce rôle de nouvelle ambassadrice du sport français. Et même sur d’autres terrains…

Après avoir décroché l’Étoile du Sport en 2013, la pentathlonienne Élodie Clouvel, pour sa quatrième participation à l’événement, est arrivée à La Plagne avec un autre statut. Celui de médaillé olympique. Rencontre.

Est-ce que l’on peut dire que vous avez commencé une nouvelle vie le 19 août 2016 ?
Élodie Clouvel : Oui, totalement. Ça a été un chamboulement, un rêve qui s’est réalisé. Ça faisait des années que je travaillais pour cette médaille, ça a vraiment changé ma vie. D’ailleurs les trois semaines qui ont suivi les Jeux, la pression est tellement retombée que je suis tombée malade. Mon corps s’est complètement déconnecté. J’ai eu toutes les maladies possibles en trois semaines (rires).

Comment ces cinq derniers mois se sont-ils passés plus globalement ?
Je suis partie en vacances une semaine après les JO. Et j’ai enchaîné avec les sollicitations médiatiques. J’ai seulement repris l’entraînement il y a trois semaines. J’avais besoin de faire un gros break après les JO et j’ai eu tellement de sollicitations que c’était ingérable !

Est-ce difficile pour vous de gérer ce nouveau statut ?
J’ai la chance d’avoir à mes côtés l’agence de presse Pimiento à Marseille qui m’a aidé à faire face à toutes ces requêtes. J’ai aussi réussi à gérer toutes ces sollicitations grâce à mon préparateur mental Jean-Paul Pes. Il m’a aidé à digérer l’après JO et à garder les pieds sur terre. La médaille nous envoie tellement sur un nuage qu’on peut facilement rester là-haut (rires). Je l’ai savourée, puis je me suis vite re-projetée en remettant en place un nouveau programme d’entraînement avec des objectifs. J’ai changé tous mes entraîneurs, tous mes processus d’entraînement, j’avais besoin de repartir à zéro, je commençais à me lasser. J’ai vraiment envie d’oser, d’aller chercher les petits plus qui feront que je dominerai mon sport ces quatre prochaines années. Sébastien Deleigne (champion du monde de pentathlon moderne en 1997 et 1998, ndlr) est aussi devenu mon coordinateur sportif pour ordonner toutes les épreuves. J’ai besoin d’être entouré « d’amour » lors de ces quatre prochaines années.

Cette médaille a été un soulagement pour vous mais elle a aussi créé une rupture avec votre manière d’appréhender votre sport…
Oui, complètement. J’avais commencé à reprendre les choses en main juste avant les JO. On a tout recréé avec mon compagnon Valentin (Valentin Belaud, champion du monde du pentathlon moderne en 2016, ndlr) et on va s’entraîner ensemble jusqu’aux JO de Tokyo. On a les mêmes objectifs, on se tire vers le haut. Et ce n’est pas que l’on veut se mettre en marge du groupe mais on a voulu créer notre structure après les Jeux de Rio pour aller chercher l’or à Tokyo.


Élodie Clouvel et sa médaille d'argent. Elle porte la tenue officielle des JO designée par Lacoste.

Sentez-vous que, personnellement, vous avez changé ?
Non, je ne pense pas. Je suis restée la même, je n’ai pas envie de me perdre. Ce qui a changé, c’est le regard des gens envers moi. Je me suis rendue compte que quand tu performes cela entraîne de la jalousie, notamment de certains membres de mon groupe. Je n’y étais pas préparée. Mais c’était énorme de donner autant de bonheur aux gens et de partager ma médaille avec ma famille.

On vous retrouve aux Étoiles du Sport et cette fois-ci dans le comité d’éthique…
Oui c’est un honneur de faire partie du comité. Et c’est génial d’être ici avec tous les médaillés olympiques. Les Étoiles, c’est une soupape de décompression, surtout cette année, où on peut en profiter pleinement après les Jeux.

Qu’avez-vous envie de transmettre aux jeunes qui veulent se lancer dans votre sport ?
Pour les jeunes qui ne connaissent pas vraiment le pentathlon moderne, ils peuvent se lancer dans le laser run, un nouveau sport qui allie deux disciplines du pentathlon moderne, le tir et la course. Et à tous les jeunes qui veulent se lancer dans le sport à haut niveau, je leur conseille d’aller au bout de leurs rêves, d’oser faire du sport et de devenir un champion. S’ils ont envie, il y aura toujours un chemin. Moi, j’en ai rêvé depuis toute petite et j’y suis arrivée. Le moment où je me suis retrouvée sur le podium à Rio était magique. J’ai pensé à tout le chemin que j’avais parcouru, au moment où j’ai quitté mes parents à 15 ans pour faire du sport. Tout a défilé, c’est un moment gravé. Les sacrifices valaient le coup.

Est-ce plus difficile « d’oser faire du sport » quand on est une femme ?
Non, je pense que maintenant ce n’est plus un problème. Surtout en pentathlon moderne, la part homme-femme est vraiment égale.

Et en terme de rémunération ?
C’est vrai que quand je regarde mes potes nageurs, comme Camille Lacourt et Florent Manaudou, qui sont dans la même agence que moi, c’est très différent. Les femmes sont moins mises en avant que les hommes. Ca se ressent même médiatiquement et au niveau des contrats.

Le côté James Bond Girl me correpond. Je fais du tir au pistolet et je suis une guerrière !

J’ai lu que vous avez envie de vous lancer dans le cinéma ?
Je suis à fond dans le cinéma et le théâtre, j’ai fait les cours Simon (cours d’art dramatique situé à Paris, nldr). Actuellement, je fais une formation avec Canal + pour, pourquoi pas, être actrice, animatrice ou consultante télé.

Avez-vous été approchée par des réalisateurs ?
Oui, mais pour l’instant, le cinéma n’est pas compatible avec le sport. Donc j’ai envie de profiter à fond jusqu’à Tokyo et après je verrai.

Un journal vous avait d’ailleurs présenté comme étant la James Bond Girl des JO en juillet dernier avant Rio…
Ça me correspond car je fais du tir au pistolet. Et on retrouve ce côté guerrière dans mon sport. Je suis sportive, assez féminine, j’aime la mode et la beauté… donc ça peut coller (rires).

Cela vous plairait de vous retrouver à jouer ce genre de rôles ?
Oui totalement. J’aimerais aussi jouer dans un film assez psychologique de Xavier Dolan, à la Hitchcock. Et à la fois, dans des films d’action comme les James Bond, Lara Croft ou un film « Gladiator » au féminin. J’écoute d’ailleurs la musique de ce film avant l’escrime, elle me motive !

Quelles sont les similitudes entre le métier d’acteur et l’univers sportif ?
Il y en a énormément. Quand tu es un sportif de haut niveau, tu joues un rôle. Je suis une personne dans la vie de tous les jours mais elle se transforme en compétition. Je ne sais pas si on me reconnaîtrait.

Le cinéma serait donc une manière de retrouver cette adrénaline du sport ?
Je pense oui, j’aime me mettre dans un rôle mais il faut être capable d’en ressortir. En tant que sportif, il ne faut pas vivre à 100% pour sa discipline, car il y a quelqu’un derrière le sportif. Tu peux vite perdre pied, perdre la tête.

Et si vous pouviez résumer votre vie en un nom de film ?
Je dirais « Gold is in progress ». L’or est sur le chemin. Je me nourris de toutes les rencontres, comme ici aux Étoiles du Sport. C’est cela aussi qui emmène à la victoire. Il ne faut pas s’enfermer dans une bulle. C’est tout un chemin qui fait que tu vas réussir et arriver à l’or.

Qui a joué un rôle déterminant dans votre carrière ?
Mes parents. Ils m’ont transmis le goût du sport. Ils sont anciens athlètes de haut niveau (sa mère est championne de France de marathon et de semi-marathon dans les années 90 et son père est champion de France du 5000m en 1989).  Et avant les Jeux, mon préparateur mental, Jean-Paul Pes, a joué un rôle déterminant.

Désormais, c’est « objectif Tokyo » ?
Oui, c’est aussi de bien gérer ces quatre prochaines années. Je suis numéro 2 mondial en ce moment, l’objectif est d’être à la première place, d’être championne du monde en 2017 et de continuer à être sur les podiums. Le plus dur après une médaille est de rester en haut de l’affiche.


Si Élodie était…
Un film ?
Magnolia (sorti en 1999 avec Tom Cruise).
Un réalisateur ? Xavier Dolan.
Une actrice ? Marion Cotillard.
Un acteur ? Leonardo DiCaprio.
Un héros ? Lara Croft.
Un héros dans la vie ? Usain Bolt.

 

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