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La glisse est-elle toujours aussi cool ?

La glisse est-elle toujours aussi cool ?

Par Claire Byache , le 11 mai 2017

La glisse - comprenez le surf, le skate, le ski, le snow - exige le cool. L’inverse est vrai aussi. Décryptage d’un lien essentiel, qui perdure depuis des décennies.

GENÈSE
Il semble qu’il faille commencer par Henry David Thoreau. Lui, le poète américain, l’écrivain culte des milieux de la contre-culture, le philosophe naturaliste, le chantre du moins mais mieux et du simple merveilleux, publie en effet en 1854 Walden, ou la vie dans les bois, une œuvre majeure, fondatrice d’une pensée écologiste et libre. Dans Walden, donc, Henry David Thoreau raconte sa vie dans une cabane au fond d’une forêt. Cool. Mais rien à voir avec la glisse. Si. Tout à voir avec la glisse car naît dans ces pages l’idée d’une harmonie absolue, d’une liberté de vivre, penser, d’être et agir. Une forme de coolitude avant-gardiste et incarnée. Plusieurs années après la cabane, Thoreau écrit ceci : « You must live in the present, launch yourself on every wave, find your eternity in each moment » (vous devez vivre dans le présent, vous lancer sur chaque vague, trouver votre éternité à chaque instant). En une phrase, il relie état d’esprit, équilibre et mouvement. Il pose ainsi les bases de la glisse contemporaine, justifie sa raison d’être, révèle son ADN et, par là même, dévoile les ficelles de l’intrinsèque lien qui la lie au cool, aux cool (nous, les gens).

1. Il dit, Henry David, que sentir la nature, sa puissance, vaut tout. Mille fois.
2. Il dit, Henry David, que jamais la peur ne doit empêcher de s’élancer pour sentir vibrer cette puissance ; là, maintenant.
3. Il dit que la vie, c’est avoir le nez au vent ou les cheveux qui flottent au-dessus d’une vague (au sommet d’une montagne, ça marche aussi).
4. Il dit que chercher l’équilibre dans le mouvement, c’est atteindre la plénitude, c’est apprivoiser l’instant présent.

Il dit tout ça Henry David Thoreau, et « tout ça », ce n’est rien de moins qu’une définition de la glisse : un mode de vie qui implique le lâcher prise, la connexion à l’univers et la quête du beau ; une attitude cool, quoi. Partout, tout le temps. 

UN CERTAIN USAGE DU MONDE
La coolitude ? Une désinvolture élégante, un décalage délibéré pris vis-à-vis de la norme et des chemins tout tracés. Concrètement, c’est une forme de pied de nez à la gestuelle – en apparence ingénue – très étudiée : la mèche est libre, le corps souple, l’esprit est détaché de tout ce qui est trop terre-à-terre. Jean-Marie Durand, dans Le Cool dans nos veines – Histoire d’une sensibilité (2015, éd. Robert Laffont), écrit : « Ce qui est cool, dans le cool, c’est que rien chez lui ne peut se cristalliser définitivement dans une forme figée ». Il s’agit d’une « allure de vie » (l’expression est de Georges Canguilhem, philosophe et historien des sciences), d’un flux, d’un flow : le cool doit couler. Il est rond, liquide, il est tout sauf abrupt. Voilà. C’est précisément là qu’il se noie dans la glisse. Ou l’inverse.

Chez Code Zero1, un think tank consacré au sport de demain, on confirme : « Les sports de glisse vous proposent un usage du monde, ils vous incitent à être sur la route, vous invitent à embrasser la planète sur la bouche, à exploiter votre liberté, à vous mesurer à vous-même. Ils vous offrent une ligne de fuite, une alternative. Et le soir, une bière avec ceux avec qui vous avez chevauché. » Pour glisser, il faut en quelque sorte savoir se rendre liquide, il faut savoir lutter contre le rigide. Un corps qui résiste ne sera jamais en mesure de skater/surfer/rider. 

LE JEU, C’EST TOUT
Thierry Seray, créateur de Code Zero, rebondit sur la promesse offerte par la glisse. « Elle propose une rupture par rapport aux institutions. » Comprendre : elle sait jouer sa partition loin des fédérations et des règlements. « La proposition initiale du surf, qui finalement est à la racine de la glisse, était un jeu. Un jeu avec les vagues que Mark Twain a très bien décrit. Un jeu qui peut se passer de règles et dont la compétition n’est pas la finalité. La finalité, c’est la sensation, le geste et la plénitude que l’on peut en retirer. Aujourd’hui, on prend encore plus conscience que le rapport à la nature est aussi la clé, peut-être la plus importante, de la richesse de ces pratiques. La glisse est une invitation à vivre d’une certaine manière, une “proposition” diraient les philosophes. » La glisse est un fluide. Le cool aussi. Voilà pourquoi ces deux-là se mélangent sans vergogne. Les coquins. 

1 www.codezero.fr

 

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