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Nicolas Batum se livre dans le prochain Sport & Style

Nicolas Batum se livre dans le prochain Sport & Style

Par Julien Neuville , le 09 novembre 2016

En Une du prochain numéro de Sport & Style ? Le basketteur Nicolas Batum. Photographié par Grégoire Alexandre, le joueur des Charlotte Hornets a aussi abordé tous les sujets – dont l’argent, l’importance de sa femme, sa relation avec Michael Jordan – dans une interview exclusive.

Les six derniers mois de Nicolas Batum, entre avril et août, auraient de quoi faire un film. Une histoire à laquelle très peu de scénaristes pourraient rendre justice. Comment arriver à construire un personnage qui expérimente en si peu de temps deux grandes déceptions sportives collectives et deux immenses joies personnelles ?

Fin avril, blessé pour le dernier match de la saison régulière, Nicolas Batum parvient à rejoindre son équipe des Charlotte Hornets pour le premier match des play-off contre les Heat de Miami. Pour passer au stade supérieur, il faut remporter quatre matchs. Premier match à Miami, Nicolas est solide. 24 points, 50 % de réussite aux shoots. Mais son équipe se fait balayer par 32 points. Trois jours plus tard, après 9 points, il s’écroule en se tenant le pied. Out pour les deux prochains matchs, à domicile, que remportent brillamment ses équipiers. 2-2. Retour à Miami. Nicolas Batum revient sur le terrain, mais contribue peu (8 points) à la victoire surprise de son équipe. 3-2. Charlotte se prépare au sixième match et vise une dernière victoire pour sortir les Heat. La veille du match, Nicolas Batum et sa femme filent à l’hôpital. Madame accouche à 1 h 30 du matin. Nicolas Batum vient de devenir papa. Et ne quitte sa chambre que tôt dans la matinée. L’adrénaline ne parvient pas à faire disparaître la fatigue. Charlotte passe à côté de son match, tout comme Nicolas (6 points), et Miami revient à 3-3. L’ultime rencontre de la série a lieu à Miami, deux jours plus tard, et les Hornets craquent. En une semaine, son premier bébé et une élimination décevante.

1er juillet, la free agency (période où les joueurs en fin de contrat décident de leur prochaine destination) vient de démarrer. Nicolas Batum peut s’engager où il veut et reçoit des offres de toutes parts. Priorité à Charlotte, qui finit par lui offrir un contrat mirobolant. Nicolas Batum touchera 20 millions de dollars par an sur les cinq prochaines saisons, devenant le 19e joueur le mieux payé de la ligue, devant LaMarcus Aldridge, Blake Griffin, Kyrie Irving et Kawhi Leonard. Le montant paraît hallucinant, mais dans le contexte de la NBA, il est presque normal. En NBA, les salaires sont indexés sur les revenus de la ligue. Plus la ligue gagne d’argent, plus les salaires augmentent. Forcément, quand l’accord entre ESPN/TNT/ABC (chaînes de télévision américaines) et la NBA passe de 960 millions par an (depuis 2007) à 2,6 milliards de dollars, les salaires font un bond. Un contrat en forme de récompense pour une très belle première saison de Nicolas Batum avec les Hornets.

Août 2016, Jeux olympiques de Rio. Après un premier match raté, la France et Nicolas Batum montent en puissance. Une petite défaite de trois points contre les Américains laisse présager une médaille. Et puis c’est la chute face à l’Espagne en quart de finale. Les statistiques de Nicolas Batum font froid dans le dos : 0 points, 0 % aux 2 points, 0 % aux 3 points, 0 rebond en 18 minutes de jeu. Un passage à vide, comme cela arrive même aux plus grands. L’équipe de France s’incline 92 à 67, quitte le Brésil, et s’écharpe par voie de presse pendant plusieurs semaines. Nicolas Batum est désigné comme le responsable de cette déception. Forcément, le contrat avec Charlotte est discuté. Surpayé ? Surévalué Batum ?

Cette interview prend donc une forme de quitte ou double. Soit, meurtri par les JO, il se braque complètement. Soit, après tant d’épreuves, il vient libéré, emporté par de nouvelles perspectives. Dès les premiers mots échangés, le tutoiement s’est imposé. Peut-être parce que malgré son statut et son salaire, Nicolas Batum se comporte comme un mec normal, aux manières d’adolescent. Il ne défait pas ses lacets quand il enlève ses chaussures, balance ses fringues en boule dans un coin de la salle alors qu’il y a un portant vide qui lui est réservé. Entre les prises de vue, puis plus tard dans un grand canapé, Nicolas Batum parle comme un homme normal, pas comme un sportif qui ressasse le discours de son agent. Il n’a rien refusé, rien évité, il a passé du temps sur des sujets rarement abordés dont son contrat, l’argent, l’importance de sa femme dans sa carrière, son transfert brutal de Portland, la mort de son père, sa relation avec Michael Jordan (propriétaire du club de Charlotte), et comment dépasser les moments de doute et ses nombreuses superstitions.

Ce nouveau contrat est une pression supplémentaire ou un soulagement ?
C’est exactement ce que j’ai vécu il y a quatre ans quand j’ai re-signé avec Portland. Je pense que j’avais même peut-être plus de pression il y a quatre ans. J’étais encore tout jeune, mon contrat était un pari plus qu’une décision basée sur mes performances, c’était mon premier gros contrat. Celui-là paraît énorme de l’extérieur, parce qu’il est très gros, même pour moi, mais il ne faut pas oublier que la NBA a beaucoup changé. Par rapport à d’autres joueurs, et surtout par rapport à ce qu’il va se passer aux deux prochaines périodes de free agency, ce contrat va tomber aux oubliettes. Ça va être pire après ! Mon contrat actuel reste proportionnel à ce que j’ai eu il y a quatre ans. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais j’avais d’autres offres supérieures à celle de Charlotte cet été. Je sais qu’en France ça fait jaser parce que l’argent est tabou, mais quand on est en NBA, et donc aux États-Unis, la perception est différente. Quand tu réussis et que tu chopes un contrat important, les gens sont contents pour toi. Parce que les gens savent que tu as bossé comme un fou pour l’avoir. Que tu l’as mérité, point.

Dans les sports américains, l’argent est l’étalon de la valeur sur un terrain.
Oui, exactement, même si parfois, c’est malheureux, ta force de travail est prouvée par ta rémunération. Plus on est payé, plus ça veut dire qu’on bosse bien, qu’on joue très bien et qu’on est reconnu. En NBA, on joue pour le basket, mais c’est aussi un métier, un business et nous, joueurs, générons énormément d’argent.

Ça fait quelque chose d’apprendre qu’on est l’un des athlètes français le mieux payé de l’histoire avec ce contrat ?
Oui, quand même… Même si je sais que l’économie est totalement différente aujourd’hui, comparé à Zinédine Zidane, Thierry Henry, Michel Platini et même Tony Parker. J’en ai parlé avec lui, je lui ai dit que j’avais honte par rapport à lui, quatre fois champion NBA, cinq fois All-Star. Il m’a répondu que lui aussi avait profité du système quand il est arrivé. On a fait des recherches ensemble. Ce que gagnait Jordan en 1990 correspond à un contrat rookie (première année en NBA – ndlr) de maintenant. La NBA change de décennie en décennie. Imagine dans dix ans… La vache, ça va être insensé !

Comment gère-t-on tant d’argent ?
J’ai deux conseillers financiers, un aux États-Unis et un en France, qui m’aident. On met des choses en place, j’investis un peu en ne mettant pas tout dans le même panier. J’essaie aussi de faire plaisir aux gens autour de moi, que personne ne manque de rien et que tout le monde soit heureux. Sans trop abuser non plus parce que je ne veux pas qu’il y ait de la jalousie, etc. Je ne veux pas que l’argent change la relation que j’ai avec les gens autour de moi. Ma femme fait en sorte que je ne change pas. C’est là où l’entourage est vital. Elle me dit que c’est bien, que l’argent permet de m’acheter des choses et de mettre à l’abri toute ma famille, mais il ne faut pas que ça me monte à la tête. Malheureusement, aux yeux du grand public, on est perçus par rapport à ça. On est un chèque ambulant, limite. Lui vaut ci, lui vaut ça, et quand on me voit en short et tee-shirt faire les courses à Franprix, on me demande ce que je fais là. Ben, je fais mes courses ! Ce n’est pas parce que j’ai ce contrat que j’ai changé. J’ai ce que j’ai, je bosse depuis des années pour ça, mais ma « vie » n’a pas changé. On reste des gens normaux parce que c’est ce qu’on doit être.

Ce contrat doit au moins changer le statut au sein de l’équipe ? Au sein de la ville ?
La ville oui, l’équipe non. Il y aura peut-être plus d’attentes. Mais je ne vais pas changer mon jeu parce que j’ai été payé cette somme. J’ai été payé cette somme parce que je jouais comme ça.


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