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Partie de basket à 3 500m d'altitude avec Tony Parker

Partie de basket à 3 500m d'altitude avec Tony Parker

Par André Bessy , le 16 décembre 2016

Une succession de montagnes mythiques, l’Eiger, le Mönch et surtout la Jungfrau, la reine des Alpes bernoises. Un basketteur de légende, Tony Parker, en démonstration sur un parquet situé à 3 500 mètres d’altitude. Et, en terre d’accueil, cette Suisse alémanique si hautement alpine. Apologie du sommet.

Quelque part, nous nous lançons sur les traces de Lord Byron. Lui, l’illustre poète anglais contraint à l’exil pour indécence aggravée. Un beau jour de septembre 1816, il pose ses valises dans l’Oberland bernois et s’imprègne de ce qui s’offre à nous deux siècles plus tard. Depuis Interlaken, bourgade au passé aristocratique coincée entre deux lacs, ou depuis Grindelwald, l’un des berceaux de la Suisse idyllique, ses sens aiguisés se sont aussitôt emparés – comme nous tentons de le faire à notre manière – de ce fabuleux univers alpin. Sa veine lyrique est exaltée. Il en tire un journal puis Manfred, un chef-d’œuvre qui le porte au pinacle des auteurs romantiques. En ce qui nous concerne, nous ne pouvons nous empêcher de lever la tête, de nous laisser griser par une valse des versants et d’éprouver l’appel des hauteurs. Presque enivrés. 

En montée
Installés dans un train à crémaillère, vestige technologique de la Belle Époque, nous commençons notre lente ascension. Pas plus de 10 kilomètres heure. Le temps de contempler un paysage de carte postale éclairé par cette lumière où chaque chose semble à sa place. Un parfum de douce rigueur se diffuse sur ces chalets authentiques, ces prairies tondues de frais, semblables à du velours, vert presque vif. Au fil de l’ascension, la sensation d’irréalité s’impose. Les cimes se découpent sur un ciel incendié de bleu, ultime composante d’un tableau à la Ferdinand Hodler, le maître des lieux en son temps. La route forme un ruban longeant cette forêt de feuillus. De lacets en lacets, un vertige rivé au corps, nous arrivons à Schynige Platte, première halte. Altitude : 1 967 mètres.

Au loin, les chemins de randonnée forment des lignes en aplomb des crêtes. D’un côté, notre regard plonge à pic sur la vallée, attiré par le bleu roi du lac de Thoune, par celui plus céladon du lac de Brienz. De l’autre, nous fixons à loisir cette Sainte-Trinité alpine : l’Eiger et sa terrifiante face nord, théâtre d’autant d’exploits retentissants que de drames, le Mönch avec sa physionomie plus apaisante et la Jungfrau (jeune femme en français), ce « top of Europe » à l’arête effilée, qui culmine à 4 158 mètres. Byron, encore lui, en avait fait son Graal. Pour nous, elle constitue le point culminant d’un entretien avec un géant du basket, le Français Tony Parker. Pour le moment, nous essayons d’être à la hauteur. Les minutes paraissent une éternité. À la manière des mystiques, nous comprenons qu’ici, l’extase est possible. Nous redescendons un peu. Après un accès d’ivresse, il est toujours bon de se poser à niveau. Comme ces deux hélicoptères fendant un blanc et cotonneux silence pour atterrir non loin d’un terrain de basket improvisé, établi à même la neige et à plus de 3 500 mètres d’altitude. 

Je m’imprègne du site, c’est incroyable. Je n’ai jamais pu fréquenter de tels lieux à cause de ma carrière.

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Tony Parker en sort. Son allure se veut un instantané du cool : sweat à capuche, lunettes de soleil, bas de survêtement gainant les mollets. Dans le cadre d’un partenariat avec la marque de montres Tissot, il a emmené une bande de potes qui s’opposeront amicalement à une équipe B de Suisse. Pour le rejoindre sur le Jungfraujoch, nous avons emprunté cet impressionnant tracé ferroviaire taillé dans la roche qui nous a menés jusqu’à la plus haute gare d’Europe. Inaugurée en 1912, cette voie concrétisait l’impensable projet d’Adolf Guyer-Zeller, un homme qui a su voir au-delà. C’est aussi le cas de Tony Parker avec sa trajectoire fulgurante. Avant de répondre aux interviews, l’emblématique meneur de jeu des Spurs de San Antonio s’isole. « Je m’imprègne du site, c’est incroyable. Je n’ai jamais pu fréquenter de tels lieux à cause de ma carrière », avouera-t-il par la suite. Tutoyer les cimes enneigées, ce sera pour un peu plus tard. Avec une implacable détermination, il déclare qu’il aimerait jouer comme Tim Duncan jusqu’à ses 40 ans. Si, bien entendu, les blessures l’épargnent. De toute façon, l’idée d’un déclin annoncé n’est pas pour lui. « J’ai une vision globale de l’excellence. Mes performances sur le terrain, mes affaires ou la présidence de Villeurbanne forment un tout. »

L’ASVEL Lyon-Villeubanne, justement, qu’il entend un jour mener sur le toit de l’Europe en s’inspirant de clubs phares comme le CSKA Moscou, le Real Madrid ou autre Maccabi Tel-Aviv. TP, deux initiales de légende qui sonnent comme une marque de prestige en constant développement. « Depuis mon enfance, je ne fais que rêver de sommet », déclare-t-il. « Pour moi, le nirvana, c’était la NBA et mon idole absolue, Michael Jordan. Avec les Spurs, j’ai donné le maximum pour laisser une empreinte dans mon sport. Et aussi avec l’équipe de France, à qui j’ai essayé de faire partager mon enthousiasme et mon expérience. Après ma retraite sportive, il n’est pas question de me relâcher. J’essaierai de maintenir ce niveau d’exigence. » Rester au top et transmettre. À ses coéquipiers, à ses collaborateurs, à ses enfants. C’est ça le style Parker.

Après avoir livré un match anecdotique, il repart dans les airs. Nous balayons d’un regard ce site magique, baignant dans ses ultimes clartés. Nous nous attardons, en contrebas, sur le glacier d’Aletsch, le plus long et le plus beau des Alpes, si semblable à un fleuve. Puis nous le délaissons pour pivoter légèrement sur notre droite. La Jungfrau se dresse sous nos yeux. Il y a une toile réaliste qui représente Byron sur son pic. Nous n’aurons pas l’opportunité de l’imiter dans cette pose magistrale. Alors nous nous contentons d’un face-à-face avec l’imposante « jeune femme ». Avant de la quitter, non sans une certaine émotion. Lorsque l’on côtoie le top, dit-on, on ne peut que retomber. Mais il y a des dégringolades réjouissantes. De la vallée, on aperçoit aussi de grandes choses. 

 

 

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