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Rudy Gobert : « L'argent n'a jamais rien changé à ma motivation »

Rudy Gobert : « L'argent n'a jamais rien changé à ma motivation »

Par Laurence Gounel , le 16 octobre 2017

Il est le sportif français le mieux payé de tous les temps et l’un des pivots les plus redoutés de la NBA, avec une envergure de 2,38 m à défier sous le panier. Gobzilla, son petit nom de scène, n’en reste pas moins fidèle aux amis de ce côté-ci de l’Atlantique. Comme lorsqu’il s’agit de porter l’image de la jeune (et très belle) maison française Benklark, créée par l’ancien joueur Kevin Idoménée.

007, Cholet. « La petite perle d’Anjou », berceau des steaks Charal et d’un club qui fait la fierté de la ville, Cholet Basket. Accessoirement fournisseur du plus grand nombre d’athlètes tricolores en NBA avec son centre de formation qui repère, tout comme l’INSEP, les jeunes sélections à « fort potentiel ». Rudy Gobert-Bourgarel, né en 1992 à Saint-Quentin, et Kevin Idoménée, fidèle coéquipier et copain de virées, sont de ceux-là. Ils ont 15 ans, des ambitions sur le terrain et une passion commune pour la musique, le rap. « Ça va de pair avec le basket, c’est né en même temps, dans la rue » rappelle Kevin Idoménée. Après un passage en Pro B à Nantes, Kevin sort du jeu mais n’oublie pas. « Pour Rudy, la NBA est un objectif alors que pour moi comme pour beaucoup d’autres, c’est un rêve. Ça fait déjà toute la différence. »

N’empêche, l’ascension de Rudy commence doucement, très doucement. « Rudy n’avait d’abord pas forcément la technique qui allait avec son physique et l’INSEP n’avait pas décelé qu’il allait devenir très grand. En pleine phase de construction quand il est arrivé à Cholet, il a dû être patient car il a été vite dirigé vers les cadets région pour éviter les blessures et les entraînements trop intensifs. Là, il a subi pas mal de pressions psychologiques de la part des autres joueurs qui ne comprenaient pas ses ambitions. Il a essuyé les insultes et tout ce qui va avec avant de pouvoir laisser s’exprimer tout son potentiel deux ans après. Son parcours m’a inspiré dès les débuts de la marque. Entreprendre quelque chose autour du basket s’est vite imposé, mais à condition d’y relayer un message. Et quand j’observe l’ascension de Rudy, sa façon de vivre aujourd’hui, les obstacles surmontés et dont il a su tirer parti, je m’aperçois que ses valeurs incarnent parfaitement Benklark : passion, ambition, générosité et partage. »

Dix ans et quelques millions de dollars plus tard, Rudy, lui, ne se pose même pas la question une demi-seconde quand il s’agit d’endosser l’image de la maison. « J’ai suivi les premiers pas d’entrepreneur de Kevin. Et j’ai tout de suite compris qu’il savait où il allait, qu’il portait les mêmes exigences que moi sur un terrain. Ce ne sont pas forcément les plus talentueux qui réussissent, c’est ceux qui en veulent le plus et il fait partie de ceux-là. » Un aveu qui trouve résonance dans l’ascension du défenseur le plus convoité de toute la NBA. Illustrant au passage la revanche d’un gosse de quartier qui s’est offert son rêve américain, loin des caméras et de la pression du grand public. Qui a maintenu le cap quand personne ne croyait vraiment en lui. En ciblant les bons exercices quand tout le monde le pensait encore fragile – pas de musculature arrogante, mais en plus d’une bonne mobilité, un sens du timing, une taille dépassant les fameux 7 pieds (2,13 m et plus) et beaucoup de gainage pour ne pas se faire chahuter dans la raquette.

Et puis il y a cette envergure spectaculaire. La plus grande de la NBA à ce jour, et qui a eu vite fait d’intimider les plus offensifs. Résultat : celui qui, de mémoire collective, n’a jamais fait partie des gros potentiels – dernier pivot recruté au premier tour de la Draft 2013 – a « arraché » le jackpot et s’est offert la reconnaissance de toute la basketosphère. Il est la défense que tout le monde envie à l’Utah Jazz. Mais là encore, il dégage un calme serein quand on l’interroge, et celui qui avoue se couper facilement des compliments pour rester concentré sur ses objectifs, a su tiré des leçons. « Avoir toujours été sous-estimé, c’est ce qui fait ma force aujourd’hui. Passer de 3 000 € par mois à Cholet à plusieurs millions par an au Jazz, c’est juste une autre étape. L’argent n’a jamais rien changé à ma motivation. La pression, je me la mets tout seul. C’est bien de gagner beaucoup d’argent, mais ce n’est pas ce qui me motive au réveil. Je me lève pour être le meilleur basketteur possible et pour d’autres projets. Benklark en fait partie. »

Un investissement finalement dans la logique de ce qu’a impulsé la NBA en 2005 avec une sorte de charte de bonne conduite vestimentaire pour tous les joueurs, à l’arrivée et après les matchs, pendant les conférences de presse. Un dress code qui exclut les références à la culture du ghetto et qui écorne une bonne fois pour toutes les clichés du sportif en sweat à capuche et black du-rag. « Moi le premier, j’ai plaisir avec les années à enfiler un costume, de belles chemises. Les joueurs sont beaucoup plus sensibles à leur style et je trouve ça très bien. Ça donne du charme à la NBA. Ça va aussi dans le sens du show, qui est très présent autour des matchs aux États-Unis. Il y a plein de façon de développer son image et la mode en fait partie aujourd’hui, on ne va pas se mentir » constate le joueur.

Si Sarah Taibi, directrice de l’agence Trends, y voit à l’inverse l’opportunité pour la marque – « Les sportifs, à la différence d’un mannequin, apportent le story telling dont la maison manque parfois » –, Kevin Idoménée pousse le bouchon plus loin. « Au-delà de cette envie de créer qui remonte à loin chez moi, j’ai fait le constat qu’il y avait vraiment un cliché peu valorisant autour du style des sportifs. Le côté nouveaux riches de la NBA, il était temps d’en sortir. Russell Westbrook a compris le premier que la mode pouvait servir son image. Il est d’ailleurs de toutes les Fashion Weeks. Pourquoi un joueur devrait-il passer à côté du phénomène alors que le reste de la population a compris qu’on ne pouvait plus négliger l’apparence ? L’habit fait le moine pendant un entretien d’embauche ou dans la vie sociale. Russell Westbrook a impulsé ce réveil chez les joueurs pour qui c’est devenu naturel de soigner les apparences. Et en NBA, ça fait presque partie de l’éducation de s’habiller avec raffinement, de créer des looks forts. En France, nous n’en sommes pas encore là, même si la starisation des sportifs va croissante quand ils sont l’égérie de grandes maisons comme Nike ou même Louis Vuitton. C’est un peu le même principe que pour les acteurs et autres personnalités du monde artistique. Les marques sont des accélérateurs de notoriété. »

Après avoir fait aussi le constat qu’il manque une maison équivalente à Lacoste dans le tennis ou Eden Park pour le rugby – les rares marques existantes ont jusqu’alors zappé la dimension lifestyle –, Kevin lance officiellement Benklark en 2015. Une marque qui ressemble à ce que les joueurs portent dans leur vie personnelle et accessible pour une communauté de fans de basket qui ne se retrouvent pas non plus dans une panoplie techno-sport au ras du sol. Difficile au passage de ne pas y voir l’illustration même d’un phénomène généralisé. Mode et sport, match commun ? « Ça fait déjà une petite décennie que la mode pioche dans le registre du sport, mais c’est très net maintenant quand on observe l’influence du sportswear dans les défilés par exemple » souligne Sarah Taibi. « Les ventes de couture sont en baisse et les grandes maisons ont non seulement besoin de trouver un nouveau souffle, mais aussi de se rapprocher du consommateur. Ça tombe bien, les designers qui sont aujourd’hui à la tête de ces maisons de couture sont nés dans les années 90. Ils ont grandi avec ces codes – les joggings, le molleton... – et, forcément, révolutionnent naturellement la couture et le prêt-à-porter des Fashion Weeks jusque-là très élitistes. Aujourd’hui, une belle pièce de couture ou de prêt-à-porter chic ne se vendra pas sans une bonne paire de sneakers. La basket s’est démocratisée, envahit les bureaux et ne sert plus qu’à faire seulement du sport.

À l’inverse, les équipementiers qui collaborent avec les designers les plus pointus y trouvent l’opportunité de se renouveler, d’élargir leur audience. En collaborant avec Virgil Abloh (le directeur artistique de Kanye West, qui signe aussi la Fashion Week de Paris – ndlr) et sa marque Off-White, Umbro s’est offert une renaissance par exemple. Même phénomène avec la marque vieillissante Sergio Tacchini, récemment relancée par Gosha Rubchinskiy, LE créateur pointu du moment. C’est amusant de constater que la mode, qui avait jusqu’à présent rejeté les codes du sport, en fait aujourd’hui le cœur de ses collections. C’est très vrai avec l’univers du skate par exemple. On voit des maisons comme Louis Vuitton venir chercher une marque comme Supreme pour sa capacité à fédérer des communautés et s’offrir ainsi une nouvelle jeunesse... Et fédérer les jeunes n’est pas vain, car ce sont eux aujourd’hui les serial acheteurs. Certains sweats – des recels, donc qu’on ne trouve plus que sur le second marché – siglés de la collab’ Louis Vuitton × Supreme coûtent aujourd’hui des fortunes (jusqu’à 35 000 € – ndlr). Les jeunes qui s’offrent un billet d’avion juste pour aller chez A Bathing Ape à Tokyo sont nombreux... Et le paraître va de pair avec le phénomène d’affiliation. Plébisciter une marque plutôt qu’une autre n’est pas neutre. On achète inconsciemment le story telling qui va avec.

En ciblant le basket, Kevin a vu juste. Ce marché était vide jusque-là. Personne n’a pensé à parler aux basketteurs au-delà des équipements. Or, les basketteurs fédèrent une vraie communauté, d’ailleurs très proche du streetwear qui est en pleine émergence en France aussi. Les terrains de basket se multiplient dans la capitale, les matchs sont de plus en plus suivis, des sites dédiés explosent et les millennials ont grandi avec ce sport. Comme le foot, c’est facile à pratiquer : il suffit d’un ballon et d’un panier. La force de Benklark est d’inaugurer le marché avec une exigence de qualité et de savoir-faire. C’est une marque qui a été extrêmement réfléchie et ça se ressent dans les produits. »

Une marque dont l’ADN est également fidèle à cette double culture évoquée plus haut, le basket et la musique. Si l’un des associés est Fabien Laclau – ex-Universal Music et DJ –, c’est aussi une vraie direction artistique qui participe à l’image de la maison. Avec des vidéos revenant sur le parcours de Rudy Gobert mais qui gagnent en puissance grâce à la production musicale signée de pointures comme Sol, collaborateur de Dre. « Quand on sait que Drake a ouvert la Fashion Week de Louis Vuitton, là encore ça fait réfléchir... La mode n’aurait jamais regardé le rap avant. Or, le sport et la culture du streetwear sont corrélés » observe encore Sarah Taibi. Kevin y voit surtout un canal puissant pour faire passer les messages. « Les vidéos reviennent très bien sur les principes qui ont régi la vie de Rudy. Il a su tenir tête à ceux qui lui disaient qu’il n’était pas fait pour ça ou qu’il n’arriverait jamais en NBA. Et c’est ce qui me plaît aussi dans cette aventure. D’ailleurs, qu’il soit entrepreneur, musicien ou sportif, la personne avec qui l’on choisit de travailler pour communiquer sur une pièce ou une collection doit toujours être porteuse d’un message qui peut aider, inspirer notre communauté. »

Même exigence de sens et de savoir-faire sur la forme – Benklark privilégie les petites productions, la fabrication en Europe –, notamment avec la ligne Heritage entièrement réalisée en France. « D’une manière générale, je considère qu’une marque comme la mienne, c’est aussi le prétexte pour rendre le basket encore plus noble aux yeux du public. Ça passe par l’envie de faire appel à un atelier de fabrication familial par exemple, mais pas seulement. J’aime l’idée de faire découvrir aussi des athlètes qui ont inspiré des générations entières de joueurs. En plongeant dans l’histoire du basket et en “ressuscitant”, à travers des codes plus classiques que ceux d’un équipementier, des champions comme Bill Russell, Allen Iverson – à l’opposé de l’image de Benklark mais redoutable sur le terrain – ou Wilt Chamberlain, qui est le seul joueur à avoir mis 100 points dans un même match. » Peu importe l’âge, entre story telling et savoir-faire, le sportswear gagne en maturité et certains semblent déjà prêts à en découdre. Sans l’expertise (et surtout pas dans l’ombre) d’une grande maison.

 

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