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Yvan Bourgnon : « Je veux finir ma carrière en faisant du bien à la planète »

Yvan Bourgnon : « Je veux finir ma carrière en faisant du bien à la planète »

Par Guy de Bordas , le 28 juin 2017

Le skipper Yvan Bourgnon se lancera dans une traversée entre l’Alaska et le pôle Nord le mardi 11 juillet. En parallèle, le marin s’est aussi engagé dans un projet visant à nettoyer les océans à partir de 2020. Rencontre avec l’aventurier au cœur écolo.

Yvan Bourgnon a soif de défis hors du commun, comme le tout premier franchissement du passage du Nord-Ouest en catamaran de sport, sans moteur ni assistance. Le skipper suisse parcourra 7 500 kilomètres sur un voilier d’à peine six mètres de long, sans habitacle et en se dirigeant uniquement à l’aide du soleil et des étoiles. Rien ne semble arrêter celui qui a fait son premier tour du monde à l’âge de huit ans et a navigué sur tous les océans dans des conditions sportives. Mais ce n’est pas tout. Le navigateur de 45 ans et son équipe de l’association The Sea Cleaners sont à l’origine d’un projet destiné à collecter les déchets plastiques à la surface des océans à l’aide d’un navire révolutionnaire, Le Manta, en cours de conception. Le but ? Nettoyer les mers les plus polluées mais aussi sensibiliser le public sur les effets du réchauffement climatique.

Pouvez-vous nous raconter votre premier tour du monde entre l’âge de 8 et 12 ans ?
Yvan Bourgnon : J’ai eu la chance d’avoir des parents exceptionnels qui étaient à la base boulangers en Suisse, donc pas vraiment prédestinés à l’univers marin. Ils ont été inspirés par Bernard Moitessier (navigateur et écrivain français – ndlr), un grand aventurier de l’époque qui leur a donné envie de tout plaquer et de partir faire un tour du monde en bateau sans expérience du tout. Ils étaient déjà des aventuriers dans l’âme à leur manière. Je suis donc parti à l’âge de 8 ans avec ma famille.

Comment était le bateau avec lequel vous êtes partis ?
Le bateau qu’ils avaient choisi était plus confortable que le mien mais à l’époque, peu de gens se lançaient dans un tour du monde. On n’avait pas de GPS, pas d’aide à la navigation, pas de radar. Rien. J’ai été élevé dans ce contexte-là, qui a été ultra favorable pour découvrir la mer et l’aimer.

C’est ce qui a forgé votre caractère d’aventurier ?
Je pense que j’ai un profil particulier parce que je ne suis pas arrivé par la compétition. J’ai fini par en faire, mais maintenant la voile est devenue comme le tennis, le foot ou d’autres sports. Les champions le deviennent parce qu’ils commencent à enchaîner les compétitions dès leur plus jeune âge. Forcément, au bout d’un moment, ils deviennent bons. Moi c’était vraiment le plaisir d’être sur l’eau, de connaître les étoiles. C’est d’abord un mode de vie plus qu’une compétition.


Yvan Bourgnon sur son bateau du défi Bimédia.

Où avez-vous grandi ?
Je suis né en Suisse mais j’ai été conçu sur un bateau et j’ai failli naître sur la mer !

C’est une affaire de famille ?
Il y a des familles de marins, mais je pense qu’il y en a peu où les frangins (son frère s’appelait Laurent – ndlr) travaillent ensemble pour le même projet. On vivait dans la même baraque, on se levait à 7 heures du matin. On allait faire du sport ensemble, on préparait le bateau, on naviguait et surtout, on gagnait ensemble. C’était très fusionnel. La Transat Jacques Vabre de l’année 1997, c’est la consécration de dix ans de vie commune, comme un vieux couple. Des souvenirs exceptionnels.

Comment votre carrière de skipper a-t-elle débuté ?
Je me suis inscrit au Mini-Fastnet, à la Trans-Gascogne et à la Mini-Transat. J’avais un budget complètement dérisoire mais au final, je gagne toutes les courses haut la main. Trois d’affilée en les faisant pour la première fois, à l’âge de 25 ans. Je me suis rendu compte que j’étais très hargneux.

Vous avez justement battu plusieurs fois des records sur les épreuves de 24 heures. Comment gère-t-on son temps sans dormir ?
C’est la durée maximum où tu peux être à 100 %. Un mec qui fait un 100 m ne sera jamais à fond sur un 200 m ou un 500 m. Alors qu’au bout de 24 heures, tout se dégrade. Imagine, tu pars le matin de Lisbonne et le lendemain matin, tu arrives aux Açores au milieu de l’Atlantique. Et là, le couteau entre les dents et sans dormir une seconde, on est tout seul et à fond. C’est comme si la piste noire d’un skieur prenait 24 heures. Le surfeur qui arrive enfin à choper sa vague, elle ne durera jamais plus de 20 secondes. Imagine un surfeur qui aurait la possibilité de prendre la même vague pendant deux heures… C’est le kif absolu. La météo est parfaite parce que tu as choisi le jour, ton bateau est impeccable. Tu deviens un psychopathe pendant 24 heures, un animal.

Pourquoi préférez-vous naviguer sans GPS ?
C’est lié à l’histoire avec mes parents. Quand j’ai fait ce tour du monde de trois ans et demi avec eux, je faisais mes quarts de nuit à 10 ans. Mes parents me mettaient à la barre du bateau et me disaient : « Maintenant tu te diriges et tu suis cette étoile ». C’était un coup Asellus, un autre Jupiter, mais il y en avait toujours une en face du bateau. J’ai appris en même temps à utiliser un sextant (instrument de navigation à réflexion servant à mesurer la distance angulaire entre deux points – ndlr). J’ai eu envie de retrouver les sensations que j’avais connues petit.

Vous partez bientôt en solitaire entre l’Alaska et le pôle Nord, quels sont les risques ?
C’est très stressant pour les gens à terre parce que malgré un tracker sur le bateau, ils ne savent pas tout sur ma situation. Je téléphone à mon équipe à terre une fois par jour pendant deux ou trois minutes mais je ne reçois pas d’infos de la terre et je n’ai pas de bateau assistance. Là-bas, tu es complètement isolé. Un bateau met trois jours à te rejoindre, un avion peut éventuellement te survoler en quelques heures mais un hélico ne peut pas venir te chercher.

Comment a commencé le projet The Sea Cleaners ?
Pendant ma carrière, j’ai eu beaucoup d’obstacles et de collisions. J’aurais pu gagner plusieurs courses comme la Jacques Vabre ou la Route du Rhum mais j’ai été stoppé par des conteneurs. Ça m’a frustré sur le plan sportif et en même temps, cela m’a éveillé sur le côté pollution. Dans quatre ans, on commencera la navigation avec deux années de collecte dans les mers les plus polluées du monde. On se servira du premier bateau comme d’un porte-drapeau international et on montrera son efficacité. Avec l’espoir que cela débouche sur la construction de bateaux similaires.

Comment est le voilier sur lequel vous partirez en 2020 ?
Ce sera le plus grand multicoque du monde. La complication sera le collecteur de déchets sous la mer. On travaille sur son fonctionnement. C’est ma vocation, j’ai 45 ans et j’aimerais vraiment terminer ma carrière sur un projet comme celui-ci. Qu’est-ce qu’on peut rêver de mieux en tant que skipper que de finir sa carrière en faisant du bien à la planète ?


La maquette de «The Sea Cleaner».

https://yvan-bourgnon.fr/
https://www.theseacleaners.org/

 

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