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Lucas Pouille fait la une de notre dernier numéro

Lucas Pouille fait la une de notre dernier numéro

Par Claire Byache , le 07 décembre 2017

Il l’a fait ! Lucas Pouille a offert le point de la victoire à la France en Coupe Davis. Tout le monde l’aimait déjà. Désormais, le phénomène explose : unanime salut de ses prouesses, ses bonnes manières, sa délicatesse. 18e joueur mondial à 23 ans, il réussit, au tennis, l’exploit de dynamiter l’ordre établi sans frasques ni hurlements. Portrait privilégié, à découvrir dans notre nouveau numéro en kiosque samedi 9 décembre avec L’Équipe.

Matin glacial de début novembre, la veille de l’annonce officielle par le capitaine Yannick Noah de la sélection française pour la Coupe Davis. Chacun le devine déjà, mais personne n’a encore le droit de l’affirmer de façon officielle : Lucas Pouille est titulaire, avec Jo-Wilfried Tsonga, pour les simples. Côté doubles, les noms de Pierre-Hugues Herbert et Nicolas Mahut sont annoncés, avec Julien Benneteau et Richard Gasquet, alors sous le statut de remplaçants. Dans les couloirs du Park Hyatt à Paris, où nous vivons avec lui sa première véritable session de prise de vue mode, l’atmosphère est sereine. Douze jours avant la finale de la Coupe Davis, Lucas est arrivé à l’heure avec Clémence, sa compagne, tous deux suivis de près par Loïc, son agent.

Partout dans la suite 419 qui sert de coulisses au shooting, s’étalent des pièces de créateurs, des silhouettes couture, des accessoires pointus. Pour qui n’a pas l’habitude, l’expérience est délicate : il faut lâcher prise, se glisser dans des tenues tout sauf normales, et pressentir que les images que l’on s’apprête à réaliser seront sincères, puissantes, capables de raconter une histoire. « Si je le fais, c’est parce que je suis là pour le faire. Je fais confiance, je profite de l’instant, et après je vois ce que ça donne. Je n’ai pas besoin de me faire violence, je trouve ça chouette. Ça change. C’est drôle, je me prends au jeu et le résultat final est très surprenant. »

Info n°1. Lucas Pouille a la sagesse de l’instant
Un truc tennistique apparemment, un genre de quête de petit Bouddha qui consiste à vivre le moment présent sans traînasser derrière ni s’aventurer devant. « À chaque fois que tu touches au but en tennis, il faut repartir à zéro. Toujours garder les pieds sur terre : ce n’est pas parce que tu as gagné cette semaine que tu gagneras la semaine prochaine ; ce n’est pas parce que tu as perdu la semaine dernière que tu ne peux pas gagner aujourd’hui. C’est précisément là que les tout meilleurs ont été hallucinants ces dernières années. Federer, Nadal, Djokovic, ils ne se sont jamais lassés de gagner. Federer est le plus grand tennisman de tous les temps, il peut vivre tranquillement sans se poser de questions, pourtant ce qui l’habite, c’est la victoire. Il continue à se demander comment il peut être meilleur. C’est remarquable. » Pile à cet instant, Clémence, la styliste, annonce qu’il va falloir ôter le coupe-vent qu’il porte sous le pull à larges mailles qu’elle lui a choisi. Il acquiesce avec douceur, s’exécute. Imaginez la scène : lui, là, à devoir se changer devant nous, pendant que moi, je pose mes questions. Je m’excuse de vouloir causer quasi philosophie pendant que lui se dépatouille avec ses pièces couture dans sa salle de bains. Il dit que ce n’est pas grave, que pas de souci.

Info n°2. Lucas Pouille est un vrai gentil
« C’est sa personnalité, il a toujours été calme. Pas dans le sens rester assis sans bouger – il bougeait tout le temps – mais dans le sens heureux. Il était heureux à vélo, heureux de jouer au foot, heureux avec ses copains, et dans sa tête, serein. » Léna, sa maman, est originaire de Finlande ; de Närpes exactement, une toute petite ville plantée à l’ouest du pays, où l’on parle suédois. L’histoire ? Simple et pourtant exotique. Embauchée par une compagnie finlandaise, Léna est mutée en Angleterre où elle rencontre Pascal, qui est originaire du nord de la France et travaille sur les bateaux naviguant entre la Grande-Bretagne et l’Hexagone. Amour. Mariage. Léna attend Nicolas, le grand frère de Lucas, lorsque le couple part s’installer à Närpes. Retour en France sans trop tarder, atterrissage à Loon-Plage, à côté de Dunkerque. Lucas naît le 23 février 1994 à Grande-Synthe, et la famille déploie ses racines sur ce bout de terre de caractère, le nez face à la mer du Nord. Elle accueille un troisième fils, Jonathan… « Nicolas est aujourd’hui superviseur HSE au terminal méthanier, Jonathan est étudiant en sport business management. » Les liens de la fratrie sont solides, primordiaux, et malgré sa vie d’itinérance absolue, Lucas protège les instants qu’il parvient à passer avec les siens.

« C’est toujours très court à Loon-Plage. Du coup, quand j’y vais, je ne le dis pas à grand-monde. J’ai envie de passer du temps avec ma famille, mes frères, mes amis. J’y file comme ça deux jours, et je repars. De temps en temps, je retourne dans mon club (le Tennis Club Loon-Plage – ndlr) où je suis toujours licencié. J’essaie de passer dire bonjour aux personnes que je connais depuis que j’ai commencé. Ils m’accueillent toujours chaleureusement, on se connaît depuis tellement longtemps… Les enfants, un peu timides quand j’arrive, sont super contents de me voir. À chaque fois, je prends beaucoup de plaisir. » Les enfants ? C’est vrai, à Rolland-Garros, on avait déjà remarqué l’engouement des petits pour Lucas. « Je crois que c’est parce que je représente la nouvelle génération, eux n’ont pas passé ces dix dernières années à connaître Tsonga, Monfils, etc. Du coup… »

Federer est le plus grand tennisman de tous les temps, il peut vivre tranquillement sans se poser de questions, pourtant ce qui l’habite c’est la victoire. Il continue à se demander comment il peut être meilleur. C’est remarquable. 

 

Info n°3. Lucas Pouille vit une véritable histoire avec le public
Lorsqu’on lui demande s’il arrive à dater précisément à quel moment l’idylle a débuté, il répond du tac au tac : « Depuis la victoire contre Nadal ». Flashback. Septembre 2016, Lucas rencontre Rafael en huitièmes de finale de l’US Open, à Flushing Meadows. Il gagne en cinq sets épiques. Depuis la victoire contre Nadal, donc. « Ça a créé une dynamique. À chaque fois que je suis sur le court, le public me soutient énormément. Je préfère être moi-même, que ça plaise ou non, mais du coup quand ça plaît, ça donne quelque chose de fort, et ça c’est important. » Clémence, sa compagne toujours à portée de son regard, confirme. Ils sont nés la même année, se sont rencontrés à 16 ans, ont grandi ensemble. Diplômée en management du sport, elle vise une carrière dans l’événementiel sportif et participe à tous les déplacements de Lucas. Ils sont amis avec les Tsonga, les Goffin, les Herbert… Une vraie bande qui part en vacances et vit, ensemble, la folie de cette vie inouie.

Info n°4. Lucas Pouille est généreux
Ne surtout rien y voir de stratégique, ne pas imaginer de storytelling marketing. C’est vrai, Lucas est attentif à celles et ceux qui l’entourent. « C’est la manière dont j’ai été éduqué : être gentil, poli avec les gens, prendre soin des personnes que j’aime, essayer d’être très généreux. Après, j’ai en moi – seules quelques personnes le savent – un côté un peu fou. On en a forcément besoin. » Stop. Avant le brin de folie, attardons-nous sur la belle éducation. Sylvain Ventre est directeur associé de l’agence de publicité Willie Beamen, laquelle a réalisé plusieurs films publicitaires avec Lucas pour la marque Peugeot. Il évoque un jeune homme « qui fait partie du top 20, mais qui est resté proche de ses valeurs. Il respecte les gens ». Son potentiel commercial ? « Lucas est très bien placé au classement ATP, il est jeune, il a une vraie belle gueule, il est toujours très intéressé par ce qu’on produit avec lui et regarde avec attention les scripts et les storyboards qu’on lui propose. Lors des tournages, il pose plein de questions, il est totalement acteur de son image. »

Surtout, il est très bien conseillé, notamment par l’illustre Ion Tiriac (ancien joueur de tennis professionnel aujourd’hui homme d’affaires, Ion est une personnalité influente du monde tennistique et, en général, de la galaxie sportive), avec Gérard Tsobanian et Loïc Martin. Ion Tiriac, ainsi, déclare au Monde, dans son édition du 5 juin 2017 : « J’ai vu Lucas, et je pense qu’il a des possibilités énormes. Il doit progresser dans son jeu de jambes, dans la récupération entre les points, mais au niveau des frappes et techniquement, il a tout. Le jour où il arrivera à mettre bout à bout toutes ses qualités, il peut être un grand champion. Je pense qu’il peut gagner un Grand Chelem, oh oui. » Rolex ne s’y est pas trompé : Lucas est désormais l’un de ses « Témoignages », considéré par la fameuse maison comme une star en devenir, un joueur appartenant au club très sélect d’ambassadeurs choisis parmi les « plus talentueux de la planète, dont plusieurs générations ont façonné le tennis et en détermineront l’avenir ».

Info n°5. Lucas Pouille est un ovni
Capable d’hallucinantes étincelles sur le court – c’est là qu’intervient le grain de folie évoqué plus haut –, mais fermement ancré. À l’unanimité, il dégage un sentiment d’équilibre béton, de solidité. Pour comprendre, j’appelle Emmanuel Planque, son entraîneur depuis 2012. Les deux, ensemble, ont bâti une relation qui va bien au-delà du lien contractuel. Ils passent 45 semaines de l’année ensemble, de Dubaï (où Lucas et Clémence résident) aux quatre coins du monde. Ils partagent tout, placent une confiance sans borne l’un en l’autre. « Lucas est instinctif autant que cérébral. Il joue avec les deux, à part égale. Moi, ce que j’aime, c’est quand il évolue en toute liberté. Spontané, libre. Quand il est sur le court, son implication émotionnelle est très particulière, ça me touche. Il est extrêmement impliqué, jouer lui tient à cœur, et quand on parle du cœur, on touche à quelque chose de puissant. Ça donne du sens à mes efforts. Lucas n’est pas quelqu’un de neutre, de tiède. Il donne beaucoup. »

Sans cesse, Manu – comme le clan Pouille l’appelle – essaie de « garder vivant » Lucas. Il tente de le protéger d’une espèce de routine terrible qui pourrait menacer n’importe quel être obligé, toute l’année, d’enchaîner les vols autour de la planète. « Il va encore faire ça pendant dix ans, l’idée est donc de ne pas l’user. Car le tennis, quoi qu’on en dise, est un jeu. C’est devenu son boulot, certes, mais c’est un jeu, magnifique. Je tente de garder de la fraîcheur. » Je demande à Emmanuel comment il parvient à cette prouesse dans un univers strictement codé, verrouillé ? « Il y a plusieurs façons de concevoir l’activité tennis. On peut penser, comme moi, que c’est un jeu un peu complexe, et que la tête, via la gestion des émotions, a un rôle prédominant. Il me semble que ça fait la différence. L’idée, donc, est de créer des états émotionnels qui permettent d’être au clair. Avec Lucas, nous sommes tombés d’accord sur le fait que ce sport n’est pas uniquement frapper dans une balle, agiter les jambes et les bras. On parle beaucoup d’état d’esprit, d’émotions. On discute, on échange. »

Tous ceux qui réussissent des choses extraordinaires sont inspirants. Il y a à apprendre dans chaque histoire. 

 

Voilà. La clé, comme souvent, s’avère évidente : les mots. Pour un garçon qui quitta ses parents, ses frères, son nid, ses copains à 12 ans, s’épanouir à ce point semble relever de l’exploit. Erreur. Pour Léna, sa maman, rien d’étonnant à ce résultat. Lucas, enfant, montrait déjà un mental déconcertant. « Quand il est parti, c’était son choix. Nous avons reçu la lettre de la fédération qui lui proposait une place au pôle France, à Poitiers. Nous lui avons demandé ce qu’il voulait faire… Il a choisi. » Lucas complète : « À 12 ans, on n’est pas vraiment lucide sur la décision, on fait ce qu’on a envie de faire. Moi, j’avais juste envie d’y aller. C’était foot ou tennis, c’est vite devenu le tennis. Pourquoi, je ne sais pas exactement, parce que sincèrement j’adore les sports collectifs. Partir et vivre des émotions en équipe, un jour, ce serait d’ailleurs un rêve. Pas réalisable, mais bon… C’est cet état d’esprit que je retrouve complètement dans la Coupe Davis. »

Info n°6 : Lucas Pouille est un garçon (très) ouvert d’esprit
« Tous ceux qui réussissent des choses extraordinaires sont inspirants. Il y a à apprendre dans chaque histoire. Je pioche un peu partout et surtout, je ne veux pas copier mais faire mes trucs à moi. » Bien vu. Il y a deux ans, Lucas décide avec Emmanuel Planque de s’adjoindre un préparateur physique quasi à plein temps. Ils choisissent Pascal Valentini, 25 saisons dans le rugby, extérieur au tennis, capable d’apporter une autre vision, de transformer l’athlète. « Physiquement, Lucas est très fort du bas, des jambes. Mentalement, il est très dur, capable d’aller au bout sans lâcher. Ces deux premières années, j’ai cherché à le rendre de plus en plus fort physiquement, et j’ai peaufiné l’apprentissage de l’invisible. La gestion des temps de repos par exemple, qui sont capitaux pour la performance à court terme et la longévité d’une carrière. Le tennis est un sport d’adresse, d’endurance à l’adresse, à la vigilance, à la concentration. Il faut être cardio, explosif, c’est un travail qui prend du temps. La suite ? La constance ! Faire en sorte que tout ce qui a été accompli se poursuive. Lucas, cet athlète très combattant, fort, doit devenir de plus en plus explosif dans la durée. » Noté. Mais entre nous, qui oserait en douter ? 

 

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