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Notre shooting mode avec le phénomène Earvin Ngapeth

Notre shooting mode avec le phénomène Earvin Ngapeth

Par Lou van Noort , le 09 avril 2018

Le nom peut être familier mais la figure l’est moins. Maestro d’une discipline confidentielle en France, il est le MVP du volley mondial. Meet Earvin.

On pourrait le confondre avec un joueur de NBA, Earvin. En plus du prénom de Magic Johnson, légende des Lakers, il en a hérité le style. Dans le jogging et la démarche, un peu de nonchalance. Comme chez un joueur de NBA, la carrure et l’attitude en imposent. Le sourire d’Earvin éclabousse. Sous ses lunettes noires, des yeux fatigués après une victoire 3 sets à 0 arrachée la veille à Pérouse, en Italie, suivie d’un voyage interminable jusqu’à Paris, la Ville Lumière. Ce matin-là est un nouveau défi. Et comme la plupart de ceux qui se présentent à lui, Earvin l’embrasse et excelle. À peine descendu du taxi, il a déjà troqué ses survêtements oversize contre des leggings violets et des chemisiers venus d’une autre garde-robe, d’une autre culture, d’une autre planète. Dans un univers étranger, entouré d’une équipe pressée qui s’active et qui grouille, Earvin est comme à son habitude: à l’aise. Le phénomène Ngapeth est fluide, agréable, guidé par son instinct.


© Vincent Fournier pour Sport & Style

En équipe de France de volley, il a bousculé les codes et insufflé une nouvelle énergie. Loin de l’image du sport très académique, du joueur lisse et du tee-shirt ajusté dans le short, il défie les représentations. Par son style et son talent, il a rendu le volley télégénique. Comme les joueurs de NBA, Earvin assure le sport-spectacle. Ngapeth ne surjoue jamais. Il joue, tout simplement. « Je suis un joueur. Sur le terrain, je suis un leader technique. En plus de mon jeu, j’apporte ma joie et mon envie. Mais ne comptez pas sur moi pour être capitaine. Je ne suis pas du tout le mec qui prend la parole dans le vestiaire.» Earvin préfère les actes aux mots. Il a l’urgence du jeu et ne vit que pour les moments décisifs. « Je veux avoir cette responsabilité-là. » C’est dans ces moments cruciaux qu’il signe ses plus gros scores, prend ses décisions les plus judicieuses, les plus folles aussi. Il est capable de tout, sur- tout du geste fou. Dans une discipline aussi précise et technique que le volleyball, sa décontraction impressionne.


© Vincent Fournier pour Sport & Style

Créateur
Parler, il n’aime pas ça. De lui, encore moins. Dans la vie, la vraie, hors du terrain, il rappe. Sans prétention. Mais là aussi le flow est facile et naturel. « C’est vital pour un sportif d’avoir des à-côtés. » Le premier bout de texte a été écrit à 13 ans. Depuis, l’envie de faire de la musique est restée. « Le volley est devenu un travail, quelque chose d’obligatoire. Le rap, c’est vraiment une passion. » Jouer un match de volley ou aller voir un concert de rap ? Drôle de dilemme. Parfois, les deux mondes se sont mélangés. Avant chaque match, dans les coursives des stades, Earvin faisait danser et chanter ses camarades. Au nez et à la barbe des adversaires, bras dessus, bras dessous, les Bleus formaient un cercle autour de «Nga» et entamaient leur haka. Mais ça c’était avant, avant Rio. Earvin a rappé l’équipe de France, raconté le quotidien des joueurs et les ambitions d’une jeune équipe qui perçait.

« Il faut lever des coupes comme les Brésiliens ; les Russes, les Américains ; la semaine prochaine c’est quel continent, c’est quel méridien ? » Les paroles du titre Team Yavbou décrivent le rythme fou des compétitions de l’équipe de France éponyme. Puis, dans Nouvel ordre: « Canalise le jeu dans la partie ; allons enfants de la patrie ; marquons l’époque comme Teddy (Riner – ndlr) ; marquons l’époque comme Tony P. ! ». Earvin fait un clin d’œil à ceux qu’il considère comme « les ainés », ces athlètes qui ont fait rayonner leur discipline en France. Finalement, la chanson Direction Rio sera la dernière : « J’leur avais dit qu’on était prêts, ils ne l’ont pas cru, on part aux JO mettre des baffes dans les balles ». Il s’arrête. « Imagine si l’on ne sort pas des poules...», confiait-il dans une chambre d’hôtel à Cracovie, quelques semaines avant le rendez-vous olympique. « Impossible ! », lui avait-on répondu.

Mais alors qu’elle trustait les podiums depuis plus d’un an, défiant tous les pronostics qui la donnaient favorite, la France a bel et bien manqué la marche à Rio. Pour Earvin, la blessure morale est encore vive. Plus de son. Earvin n’a plus su écrire d’hymne à l’équipe de France depuis. L’autoproclamée Team Yavbou n’était plus. La fin d’un air et d’une ère.
L’été à venir marquera pour Ngapeth le neuvième été en bleu. À 19 ans, Earvin arrivait prématurément dans une équipe de France qui ne lui ressemblait pas. 213 sélections plus tard, à 27 ans, il est la star d’une équipe de France qui a su s’inspirer du souffle et de la fougue de son joueur phare, le numéro 9. La transition, quasi-révolution, a été amorcée en 2013 par le sélectionneur Laurent Tillie. Habilement, l’ex-international français a trouvé la clé pour ne garder que le meilleur du phénomène Ngapeth. Libérer l’espace nécessaire sur le terrain et en dehors. Abattre les schémas, tomber les cadres pour laisser la place à l’instinct.

En équipe de France, avec ses coéquipiers et potes de toujours, « Nga » se sent bien, une condition sine qua non à sa performance. Conquérir le titre mondial en 2018, retrouver l’or européen à domicile en 2019, et prendre une revanche olympique en 2020 à Tokyo. Après l’échec de Rio, les défis sont encore nombreux. Aujourd’hui, l’envie de jouer devant le public français est devenue une obsession. Si les Bleus ont déjà fait plusieurs fois le tour du monde, les supporteurs français, eux, n’ont eu que trop peu d’occasions d’apprécier le spectacle. « Ne pas pouvoir jouer devant notre public, c’est le plus frustrant », assure le numéro 9. Si Earvin Ngapeth manque aux fans, le sentiment est réciproque. Mais à mesure que les résultats s’additionnent, les opportunités se multiplient. Earvin sait aussi les créer.


© Vincent Fournier pour Sport & Style

Initiateur
En juillet prochain, la France recevra le prestigieux Final 6 de la nouvelle Ligue mondiale. Avec 27 000 sièges, le stade Pierre-Mauroy de Lille, qui accueillera la finale, offre un beau défi d’affluence. En 2019, la France coorganisera l’Euro, avec une finale prévue à Bercy. « Ce sera notre Euro ! Il faut que ce le soit pour plusieurs raisons : digérer la pilule amère du der- nier raté, parce que c’est la meilleure manière de se qualifier à Tokyo en 2020 et parce qu’on sera à domicile », annonce le réceptionneur-attaquant. Sur un autre ton, au lendemain de la victoire en Ligue mondiale en juillet dernier, le Ngapeth Invitational réunissait plusieurs internationaux parmi les meilleurs joueurs de volley du monde sur le sable de Saint-Jean-de- Monts, en Vendée. Le tableau est surprenant, à l’image d’Earvin. Ouvert à tous, le tournoi est inédit.

« Je retiens surtout les sourires des gens, tout le monde était heureux. » Faiseurs de rêves ce jour-là plus que les autres encore, Earvin, ses coéquipiers en bleu et même ses meilleurs adversaires internationaux ont passé deux jours à échanger et jouer avec les fans. « Les joueurs qui étaient présents sont de véritables amis, avant d’être mes coéquipiers ou mes adversaires. Bruno (Rezende, capitaine de la formation brésilienne – ndlr) qui part de Rio pour venir à Saint-Jean-de-Monts faire un tournoi de beach-volley, c’est quand même fou ! » L’édition numéro deux se jouera les 11 et 12 juillet 2018, même plage. Le rendez-vous est donné.


© Vincent Fournier pour Sport & Style

Sur une autre échelle de temps, Paris 2024, l’ultime challenge d’Earvin ? « On a tous envie d’arriver jusque-là. Mais malheureusement, cela ne dépendra pas que de moi. » Earvin aura alors 33 ans. Sa forme physique en décidera. Lancé à toute vitesse, Ngapeth va chercher le ballon à 3 mètres 63 à l’attaque. En défense, s’il a décidé qu’une balle ne toucherait pas le sol, il est prêt à y abandonner son corps. Son épaule droite, extrêmement souple et rapide, lui permet d’envoyer des services jusqu’à 127 km/h. Hyper explosif, le style de jeu Ngapeth (1 mètre 94 pour 100 kg) est particulièrement traumatisant. Paris, en 2024, ou peut-être avant. Lorsqu’il ferme les yeux, Earvin imagine volontiers un grand club de volley dans la capitale. « Ce serait beau d’avoir une équipe capable de gagner la Champions League en France. » Retrouver son public, booster les ambitions du championnat français, l’idée lui trotte dans la tête. « Ce serait vraiment une grande récompense par rapport à tout ce qu’on a pu faire pour le volley français. S’il y a un projet sérieux et solide en France, ce serait trop difficile pour moi de ne pas y participer. »

 

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