Interviews Hugh Jackman
© management artists/agence a Par Frank Rousseau, le 04 février 2013

Hugh Jackman « En Australie, je suis un demi-dieu »

Devenu méga star grâce au personnage de Wolverine (X-Men), l’Australien Hugh Jackman a su imprimer sa griffe tout en démontrant qu’il n’était pas qu’une belle gueule. Le dandy testostéroné – à l’affiche des Misérables dans la peau de Jean Valjean le 13 février – le démontre dans une interview very décalée.

Dans Les Misérables, adaptation cinématographique du roman de Victor Hugo, en salles le 13 février, vous êtes bluffant dans la peau de Jean Valjean. Très physique, très émouvant, très humain. Comment vous êtes-vous préparé physiquement pour ce rôle ?
Le challenge numéro un a été de perdre du poids. Théoriquement, un bagnard a la peau sur les os ! En plus d’un régime spécifique, j’ai passé pas mal de temps à faire de la gym pour être le plus sec possible. Je ne buvais aucun liquide. Un truc que m’ont appris les bodybuilders pour réduire rapidement sa masse pondérale. Résultat, mes côtes sont apparues, mon visage s’est creusé et mes yeux ont soudainement semblé plus grands. Je faisais peur, je dois l’admettre. D’un autre côté, il ne fallait pas non plus que je devienne un squelette vivant. Il était important que je dégage encore un sentiment de force.

La performance physique, ça vous connaît. On vous a vu jouer les boxeurs dans Real Steel. Pour vous préparer à ce rôle, la production avait fait appel à Sugar Ray Leonard, champion olympique à Montréal en 1976, l’un des rares boxeurs à avoir décroché le titre de champion du monde dans cinq catégories différentes. Qu’avez-vous retenu de la leçon du maître ?
Que le plus important dans un match de boxe, c’est la rapidité. Le jeu de jambes et ensuite le coup d’œil. Un combat sur un ring peut se jouer en une fraction de seconde. Sugar Ray savait de quoi il parlait. Il a vu des colosses s’effondrer parce qu’ils avaient tout misé sur leur force. Il répétait souvent qu’un match de boxe, c’est comme jouer aux échecs avec des moufles ! Il faut être très observateur, analyser la moindre action, l’anticiper. Les plus grands boxeurs sont généralement des stratèges qui savent exactement ce que leur adversaire a dans la tête. À l’école, j’ai pratiqué la boxe. En arrivant sur le tournage de Real Steel, j’avais donc déjà un peu l’expérience des rings. Mon problème, c’était mon manque de fluidité dans le mouvement. Sugar Ray m’a appris à devenir plus aérien.

Où aimez-vous décompresser et vous ressourcer ?
J’ai différents spots à travers le monde. L’un de mes favoris se trouve en Australie, à Gwinganna, non loin de Byron Bay, qui est aussi l’un des lieux que j’apprécie le plus. L’hiver, j’aime bien descendre aussi en famille dans les Caraïbes. Cette année, petit changement de programme... nous allons skier !

Ah oui ? Où ça ?
À Whistler, au Canada, du côté de Vancouver.

Avez-vous un bon niveau ? On vous pose la question car, d’ordinaire, les Australiens ne font guerre d’étincelles sur des skis !
Détrompez-vous. Les Australiens ont un gros avantage par rapport au reste du monde : ils savent surfer sur des vagues et donc parfaitement gérer leur centre de gravité. Et ce depuis le plus jeune âge. La glisse est inscrite dans notre ADN !

Où avez-vous appris à skier ?
J’ai commencé sur le tard, dans les montagnes australiennes. Je devais avoir 18 ans et j’ai tout de suite accroché avec la neige. Si j’en avais la possibilité, je passerais plus de temps sur les pistes. Malheureusement, quand vous faites du cinéma et que vous tournez dans de grosses productions, les assurances vous interdisent de prendre des risques. Je ne skie donc pas aussi souvent que je le souhaiterais. Mais quand ça m’arrive, je ne me pose plus de questions : je fonce !

Concrètement, combien de temps vous faut-il le matin pour choisir la chemise que vous porterez tout au long de la journée ?
Lorsque je me lève, je prends ce qui traîne sur ma chaise. Je suis le genre de gars qui peut se balader toute la journée avec un T-shirt à l’envers et des chaussettes dépareillées. Enfin, jusqu’à ce que ma femme me demande de corriger le tir.

À quel pourcentage estimez-vous votre part de féminité ?
Je l’ignore. Mais je dois avoir un pourcentage honorable dans la mesure où j’ai toujours eu de la compassion pour les autres. Une qualité généralement attribuée aux femmes. Il y a également ce besoin viscéral de bien m’occuper de mes enfants et d’être à leur écoute. Cette part de féminité me permet aussi de délivrer certaines émotions au cinéma.

Si je vous dis « mode », que répondez-vous ?
Je sais faire la différence entre de la toile de jute et de la soie ! Je sais aussi reconnaître de belles matières et le travail créatif de certains designers. Mais en réalité, la mode n’est pas une préoccupation majeure pour moi. J’ai grandi à Sydney et en tant qu’Australien pur jus, ce qui compte quand je fais du surf, ce n’est pas de savoir si la couleur de mon maillot de bain est tendance, mais plutôt d’être sûr que le maillot que je porte a un élastique assez résistant pour affronter les rouleaux (rires) !

Quels sont les vêtements que vous aimez voir sur une femme ?
J’aime bien les robes lamées et les coupes un peu années 40. En revanche, je ne suis pas fan des femmes qui tricotent et portent leurs œuvres sur le dos !

Est-il vrai que l’on vous considère comme un héros national en Australie ?
Non, je tiens à rectifier, je ne suis pas un héros national en Australie, je suis un demi-dieu (rires) !

Comment avez-vous réagi le jour où le magazine américain People vous a élu homme le plus sexy au monde ?
J’ai décroché la timbale grâce à une scène dans Australia. Celle où je me douche au milieu du bush. Baz Luhrmann avait demandé qu’on me maquille le torse pour feindre le bronzage. Par-dessus, on m’a étalé une sorte d’huile pour faire ressortir mes muscles. J’étais une frite géante. Quand je suis arrivé sur le plateau, j’ai remarqué que les filles se trémoussaient. Le cocktail avait fait son effet. Mais j’étais loin d’imaginer que je serais alors étiqueté « sexy boy » ! Entre nous, j’ai été un peu dépassé par les événements.

Vos amis devaient être ravis pour vous ?
Mes amis ? Quels amis ? Ils se sont tous fichu de moi. Dès qu’ils ont su que j’avais été élu l’homme le plus sexy de l’année, ils se sont empressés de m’envoyer des photos de moi compromettantes. Celles où j’étais jeune, boutonneux et surtout très imbibé d’alcool. Ils joignaient aux photos un post-it sur lequel était écrit : « Lui, l’homme le plus sexy du monde ? Vous voulez rire ! ». J’ai aussi un copain qui a exigé, comme en Floride après l’élection très controversée de George W. Bush, qu’on recompte les votes.

Si vous deviez définir le mot « sexy » ?
Que cela soit pour un homme ou pour une femme, à mes yeux, être sexy est une question de confiance en soi. Certes, la manière de s’habiller a de l’importance, mais je reste convaincu que le charme, la classe, ce n’est pas une question de fringues mais d’attitude. Vous pouvez débourser des millions pour acheter des vêtements de luxe à quelqu’un de vulgaire, à la fin, il restera toujours un mec ou une fille vulgaire.

C’est moi qui n’ai pas voulu reprendre la panoplie de 007 ! Et vous savez pourquoi ? Parce que sans son smoking, Bond n’est rien.

Dans Jackman, il y a « man ». À quoi reconnaît-on un homme, un vrai, selon vous ?
Un homme, un vrai, c’est celui qui a compris que faire des enfants c’est bien, mais qu’en adopter c’est encore mieux ! (Hugh a adopté un garçon et une fille en 2000 et 2004 – ndlr). C’est ma définition. Elle vaut ce qu’elle vaut !

Est-il vrai que vous avez été élevé par vos grands-parents ?
Jusqu’à l’âge de dix-huit mois, effectivement. Ma mère a fait une grosse dépression post-partum à ma naissance...

Comment expliquez-vous qu’on vous voie plus en une des revues de cinéma et de sport que des tabloïds ?
Je rentre chez moi tous les soirs, je me couche dans le même lit, avec la même femme – la mienne en l’occurrence – et pour être franc, je préfère mille fois élever mes deux enfants plutôt que d’aller vider des bières dans des bars louches. Comme je suis un mari et un père ultra conventionnel, je ne suis pas la cible rêvée des tabloïds !

Finalement, c’est peut-être parce que vous êtes fidèle, trop lisse et trop paternaliste que les producteurs n’ont pas voulu de vous pour incarner James Bond ?
Daniel Craig est excellent pour le job. Je n’aurais pas fait mieux. Mais je vous rappelle néanmoins que c’est moi qui n’ai pas voulu reprendre la panoplie de 007 ! Et vous savez pourquoi ? Parce que sans son smoking, Bond n’est rien. Avec lui, on peut dire que l’habit fait vraiment le moine ! Et puis, je préfère les joggings aux smokings ! Il y a autre chose que je n’aime pas chez James Bond, c’est son addiction au Martini. D’ordinaire, je bois plutôt du vin ou du café. Je suis tellement accro au café que j’ai lancé ma propre marque (Laughing Man – ndlr) !

Pouvez-vous nous donner, là, tout de suite, une info sportive inédite vous concernant ?
Heuuu... quand j’étais gamin, j’étais champion de yoyo. En 1978, j’ai même gagné un titre pour ça. Champion du patelin. Un cador. Une vraie terreur. Il fallait voir comment je maîtrisais l’objet. Je peux vous certifier que personne ne m’arrivait à la cheville !

Puisqu’on parle de yoyo, votre carrière a aussi connu des hauts et des bas.
Le succès ne m’est pas tombé dessus très jeune et finalement, je n’en suis pas mécontent. J’ai obtenu le statut d’acteur hyper lucratif à trente ans. Avant d’incarner Wolverine dans X-Men, je n’étais qu’un Australien d’importation. J’ai ramé. Mais je trouve ça bien plus formateur. Lorsque vous accédez trop jeune à cette chose très étrange que l’on appelle la célébrité, vous avez un peu tendance à vous prendre pour Brando. Un Brando puant, qui aurait tellement bombé le torse qu’il ne rentrerait plus dans son Perfecto !

Pendant vos périodes de vaches maigres, on raconte que vous animiez des anniversaires...
Oui ! Déguisé en clown ! Les mômes me demandaient de gonfler leurs ballons à la bouche. Quand vous en avez trois ou quatre, ça passe encore, mais une vingtaine, ça devient très vite une épreuve insurmontable !

Quel était le montant de votre tout premier cachet ?
J’avais vingt-six ans, je tournais une série pour ABC qui s’intitulait Corelli. Je gagnais mille dollars australiens par semaine, soit environ cinq cents dollars US. Depuis que j’avais quitté le foyer familial, c’était la première fois que je pouvais me payer un repas correct dans un resto où les cafards ne fréquentaient pas les cuisines !

Et vous l’avez dilapidé comment ?
En investissant dans un matelas. Le mien avait les ressorts défoncés !

À cause de nuits trop agitées ?
Il faut demander ça au gars à qui j’avais racheté le matelas ! J’ai aussi placé un peu de fric sur un compte épargne. Avec un père comptable, je ne pouvais pas faire autrement !

À ce propos, on a beaucoup dit que votre papa était pingre.
Pas pingre ! Économe, nuance. Il était surtout très rationnel. Il voulait bien m’offrir des cours de saxophone, mais m’acheter la dernière paire de Nike à la mode, c’était hors de question !

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