Interviews
Harrison Ford

Harrison Ford

Par Frank Rousseau, le 03 mai 2013

Il est arrivé seul au Musée du Sport de Los Angeles. Il a ôté ses lunettes de soleil puis s’est servi un café. Harrison Ford se la joue modeste. La cicatrice au menton et le sourire en coin, il est venu nous parler de 42, son nouveau film, un biopic consacré à Branch Rickey, une pointure du baseball. À 71 ans, M. Indiana Jones, lui non plus, ne manque pas de retour.

Entre 1947 et 1956, Jackie Robinson (en photo ci-dessous) fut le premier joueur noir à intégrer la Major League de Baseball (MLB) aux États-Unis. Vous incarnez dans ce film de Brian Helgeland, Branch Rickey, le recruteur qui a mis un terme à la ségrégation raciale dans ce sport. 42 est-il un film éducatif ?
Dans 42, nous montrons comment des hommes ont voulu changer la donne. Comment ils se sont battus pour que tout être humain, qu’importe sa couleur de peau ou ses origines, puisse accéder à ses rêves. Et dans cette optique, le baseball est une métaphore. Le baseball, c’est un peu l’Amérique.
 

Rickey aimait la couleur verte. Pas celle de l’herbe des stades, mais plutôt du dollar...
Quand on demandait à Branch Rickey pourquoi il s’intéressait au baseball, il rétorquait : « Il y a beaucoup de noirs fans de baseball à Brooklyn et les dollars ne sont ni noirs, ni blancs. Ils sont verts! ». Rickey était un businessman. Toute sa vie, il s’est battu pour réussir. Mais il était également un inconditionnel de ce sport. Il l’aimait tellement qu’il voulait recruter les meilleurs joueurs, qu’ils soient blancs, jaunes ou rouges.
 

Quel genre de relations entretenez-vous avec le baseball ?
La même qu’avec tous les sports en général. Je ne me rends pratiquement jamais dans les stades. Je n’ai jamais été non plus supporter d’une équipe. Quand il y a un match à la télé, je le regarde avec mon fils de 12 ans qui est un vrai mordu. Il connaît le nom de chaque joueur, les règles, les dernières news. Cela dit, j’apprécie le dépassement de soi et l’esprit de compétition des sportifs.
 

Vous ne pratiquez donc aucun sport ?
Je joue au tennis. Je ne tape pas dans une balle au fond d’un court pour me faire des amis dans des clubs select, mais pour me maintenir en forme.
 

Vous êtes méconnaissable dans 42...
Pour la première fois de ma vie d’acteur, on m’a demandé de porter un coussin qui donne l’impression que j’ai du ventre.
 

Et les rides, ce sont les vôtres ?
Ça me rappelle une anecdote. Une maquilleuse m’a dit une fois : « Waouh, qui vous a fait ces rides, ces pattes d’oie et ce gras sous le menton? C’est du bon boulot! ». Quand j’ai expliqué que c’était la nature, tout le monde a ri !
 

En 1998, vous avez été élu « Homme le plus sexy du monde ». À l’époque, ça ne vous a pas fait d’effet ?
Sexy ? Observez-moi bien, j’ai le nez cassé et un œil plus haut que l’autre. Quant à mon sourire, il part complètement de traviole. Quand on me photographie, on doit tricher pour me faire ressembler à un acteur de cinéma.
 

Vieillir, c’est un verbe qui vous fait peur ?
Cela dépend comment et avec qui vous le conjuguez. Je n’aime pas les gens qui décrètent qu’à partir de tel âge, vous ne pouvez plus faire telle ou telle chose. L’âge ne signifie rien pour moi. Ce qui compte, c’est de rester crédible. Bondir sur une voiture qui roule à vive allure quand vous avez 97 ans, c’est une chose que le public a du mal à gober !
 

Mais si vous deviez mourir demain, vous préféreriez que ce soit de quelle manière ? En héros ?
Je me verrais bien faire une rupture d’anévrisme. Paf ! Et m’effondrer comme un roc sur le sol.
 

Savez-vous qu’un arachnologue a donné votre nom à une araignée ?
Oui, il voulait me remercier d’avoir prêté ma voix à un documentaire. Il a donc donné le nom de Calponia harrisonfordi à une araignée originaire de Californie. Mais ne me demandez pas si elle pique. 

Sites du groupe Amaury