Interviews Daria Werbowy
©Mathieu César Par Jérôme Lechevalier, le 06 décembre 2013

Daria Werbowy Water girl

Le top model Daria Werbowy, égérie de Lancôme, est aussi une pure accro de voile qui en a fait un authentique art de vivre. Pour Sport & Style, elle pose aux Seychelles, sans fard ni chichis.

Petite Anse, baie de Lazare, archipel des Seychelles. Le sable blanc est si fin que l’on dirait de la poussière d’étoiles. Quelques degrés sous l’équateur, à 18 heures, le soleil disparaît derrière les rochers de granit et un couple de chauve-souris vole d’hibiscus en hibiscus. Sur un transat, Daria Werbowy se désaltère d’une SeyBrew lager. L’égérie de Lancôme scrute la ligne d’horizon de l’océan Indien. La grande bleue, c’est le home sweet home de la Canadienne au long cours.

Que signifie cette ancre tatouée sur votre annulaire ?
C’est parce que je suis mariée avec la mer ! En fait, c’est une vieille tradition navale. Quand les marins traversaient l’océan Atlantique pour la première fois, ils se tatouaient une ancre. Je l’ai traversé en 2009 : 24 jours de mer. J’aime les superstitions de matelots. Quand un bateau passe l’équateur, l’équipage rend hommage au dieu Poséidon. À 200 miles nautiques de la côte, en haute mer, un capitaine peut marier qui il veut. Si tu trouves un navire abandonné, il t’appartient. J’aime toute la mythologie qui accompagne le monde de la mer.

D’où vient votre passion pour la voile ?
Plus jeune, en Pologne, mon père faisait du bateau avec les scouts. Quand nous avons déménagé au Canada (Daria avait 3 ans – ndlr), nous nous sommes installés à proximité du lac Ontario. À 8 ans, il m’a envoyée avec mes frères et sœurs dans un camp d’été pour apprendre à naviguer. Je ne voulais pas y aller mais au bout d’une semaine, j’étais tombée amoureuse de la voile. Et j’y suis retournée tous les ans. À 16 ans, je donnais des cours au Port Credit Yacht Club.

Comment est venue cette idée de traverser l’Atlantique à la voile ?
Aussi loin que je me souvienne, on en a toujours parlé à la maison. Pendant dix ans, mon père a restauré un voilier. Et peut-être un an avant de partir, il a annoncé que ce serait pour 2009.

Vous avez dû mettre de côté votre carrière de mannequin ?
Ça faisait cinq ans que je travaillais énormément. Ce n’est pas forcément normal de prendre un avion tous les trois jours. Pour la première fois, j’ai annoncé que je prenais deux mois et demi de congés. Maintenant, je le fais chaque année ! J’ai réalisé que la voile m’aidait énormément. Je commençais à m’ennuyer, je me sentais un peu perdue. Quand je suis rentrée de ce voyage, j’avais beaucoup plus à offrir.

Sur un bateau, je me sens en paix, avec les idées claires et incroyablement vivante.

Naviguer en famille, c’est plus facile ?
En fait, c’est peut-être encore plus compliqué ! Il y a eu quelques grosses engueulades. Une fois, nous nous sommes disputés pour savoir si on devait changer d’heure au fur et à mesure que l’on changeait de fuseau horaire. Moi, j’étais convaincue qu’il le fallait parce que le soleil qui se lève à deux heures du matin, ce n’est pas terrible. Et j’ai gagné.

Avez-vous découvert une part secrète de vous-même au milieu de l’océan ?
Je l’espérais sincèrement, mais franchement non ! J’ai surtout découvert que c’était une activité que j’allais pratiquer le reste de ma vie. Sur un bateau, je me sens en paix, avec les idées claires et incroyablement vivante. Tu oublies tout le reste, il y a tellement d’événements chaque jour. On peut croire qu’au bout d’un moment la pleine mer est ennuyeuse, mais c’est faux, il y a toujours quelque chose de captivant. La lumière change, la mer aussi, dans l’eau il y a des poissons et les dauphins qui te suivent. Et jour après jour, c’est une situation de survie, ton attention est focalisée sur le fait de savoir si le cap est le bon et si tout le monde a mangé.

C’était vous le chef ?
J’ai toujours aimé cuisiner. Une fois, on a péché un mahi mahi (dorade coryphène – ndlr) de 1,20 m, on a eu plusieurs kilos de sushis frais. Quelques jours plus tard, on a croisé un bateau de pêche canadien qui avait remarqué notre drapeau. On leur a donné des bières et des cigarettes et ils nous ont donné un thon et un autre mahi mahi en échange. Je les ai cuisinés à toutes les sauces : lait de coco, citron et même en soupe.

Vous avez affronté des tempêtes ?
Oh oui ! Le jour où nous sommes partis de New York, et tout le temps où nous avons longé Long Island, c’était la tempête. On a même pensé qu’il était encore temps de faire demi-tour. Ensuite, au bout d’une semaine, quand on a atteint le plateau continental, une terrible tempête nous est tombée dessus et ne nous a plus quittés pendant 24 heures.

Vous avez eu peur ?
Hum... (elle réfléchit). En fait, non ! J’aime beaucoup ces moments-là : il n’y a pas de place pour penser à autre chose et tu dois être réactif. La première fois, tu ne sais pas vraiment ce qui t’attend. En revanche, au bout de deux semaines, nous avons atteint une zone sans un souffle de vent. Ça a été un moment assez dur. Nous avons eu peur de n’avoir pas assez de carburant pour sortir de là au moteur. Mais c’était quand même amusant parce que je filmais tout le voyage en super 8, du coup j’étais bien occupée.

Qu’aviez-vous emporté ?
Très peu d’affaires : quelques T-shirts, un masque et un tuba, ma guitare.

Avec la mer, j’ai appris une certaine forme de discipline. Et aussi le respect de la nature.

Il y a une chanson qui vous rappelle l’Atlantique ?
Captain Kennedy de Neil Young, on l’a beaucoup chantée.

Vous vous intéressez à la compétition ?
Je pense que sur le plan technique, la course à la voile est passionnante. Personnellement, je préfère l’allure de croisière, le voyage. Mais j’ai un immense respect pour ces skippeurs incroyables.

Y a-t-il des navigateurs qui vous fascinent ?
J’ai beaucoup d’admiration pour Florence Arthaud, Ellen MacArthur et la jeune Laura Dekker. Et aussi Samantha Davies qui m’a proposé un jour de naviguer avec elle, mais j’étais trop occupée à ce moment-là.

Aujourd’hui, vous envisagez un tour du monde à la voile ?
Un jour, je l’espère. J’ai longtemps pensé qu’il fallait que je le fasse avant mes 30 ans, mais j’ai arrêté de me mettre la pression. Je le ferais peut-être avec mes enfants ou alors, âgée avec les cheveux gris. C’est un projet qui m’accompagnera toujours. J’ai encore à apprendre, je ne suis pas sûre d’être une navigatrice suffisamment confirmée.

Vous naviguez encore sur le bateau de votre père ?
Avec mes frères, on essaie de programmer quelque chose chaque année. Il y a deux ans, nous étions en Méditerranée. Ce que j’aime avec le bateau, c’est que, comme un cow-boy, tu ne sais pas ce qu’il va arriver, où tu vas accoster. Sinon, avec mon père, on avait aussi l’idée de créer un bateau-école pour des ados en difficulté. Avec la mer, j’ai appris une certaine forme de discipline. Et aussi le respect de la nature.

Aujourd’hui, où vivez-vous ?
Entre le Canada et l’Irlande, en bord de mer. Là-bas, je compte prendre un petit voilier de dix mètres que je pourrai barrer toute seule. Pour l’instant, en Irlande, je pratique plutôt le surf. Je l’ai appris dans les eaux glacées de la côte ouest irlandaise. Je suis aussi partie deux mois au Nicaragua et au Costa Rica pour surfer. Pour un marin, c’est pas mal de transporter une planche de surf sur le pont de son voilier, ça peut toujours servir ! D’ailleurs, vous savez ce que je vais faire ?

Non...
Vu que je n’étais jamais venue aux Seychelles et que je trouve l’endroit paradisiaque, et vu que j’ai un peu de temps, je prolonge mon séjour. Je reste une journée de plus pour surfer les vagues de l’océan Indien. J’espère seulement qu’il n’y aura pas de requins.

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