People Les Bouffant Belles
Par Katia Kulawick-Assante, le 03 mai 2013

Les Bouffant Belles pionnières du running

Il était une fois une équipe d’athlètes jeunes, jolies, motivées et plutôt véloces. Pionnières du running, les Bouffant Belles ont défrayé la chronique texane dans les années 60, jusqu’à faire la couverture de Sports Illustrated.

20 avril 1964, Abilene, Texas. Quart d’heure de gloire pour Margaret Ellison qui vient de faire la couverture de Sports Illustrated avec « ses filles ». Les portraits sont de Neal Barr, signature photographique montante qui vient d’ouvrir son studio à New York, en train de devenir une référence incontournable dans l’univers de la mode. « Tout ce que je savais, c’est que j’allais au Texas pour photographier des athlètes glamour avec des nids-d’abeilles en guise de coiffure. Je me suis beaucoup amusé durant ce shoot et j’ai trouvé que les filles étaient vraiment impliquées dans leur équipe, probablement boostées par leur coach », se souvient aujourd’hui le photographe.

Margaret Ellison, coach de la première sélection féminine d’athlétisme des États-Unis, a eu une vision : monter une équipe d’athlètes performantes et castées sur mesure... pour leur beauté fatale. Un concept que ne renierait pas Sport & Style aujourd’hui. « Pour moi, toutes les filles peuvent être jolies. Je leur apprends à parler, s’habiller, se comporter comme des ladies », confie-t-elle dans une interview à Sports Illustrated. « Je tire beaucoup de satisfaction et de joie à l’idée d’éduquer ces filles socialement, de sculpter leur corps et de les aider. »

« Flamin’ Mamie » – comme la surnomment ses filles – a alors 46 ans et un accent prononcé du sud des États-Unis. Fille de sénateur, divorcée, secrétaire, elle dirige le Texas Track Club qui récolte des résultats honorables dans toutes les villes du pays. Mais si on se souvient de leur passage, c’est surtout pour leur look in-cre-di-ble et leur plastique irréprochable. Vernis à ongles coloré, tenues light, maquillage et style capillaire sans limite : cheveux crêpés, brushés, bombés... Un style « Bouffant », en français s’il vous plaît. Alors, évidemment, comme ça, ça n’a pas l’air très aérodynamique. « C’est notre marque de fabrique », répète pourtant la fille de la coach, Jeanne Ellison, au journaliste Gilbert Rogin. « Le style Bouffant est plus facile pour courir parce que le vent ne vous renvoie pas les cheveux sur le visage. » Un verdict sans appel. Parce que sous ces airs futiles, le but reste la performance. « Passé un certain âge, si tu n’en fais pas un jeu, les filles perdent tout intérêt pour la course et ne viennent plus régulièrement aux entraînements. C’est comme leur donner des bonbons. » L’effet fonctionne sur les filles comme sur le public. « J’essaie de changer le stéréotype de l’athlète. Chaque année nous avons une équipe très agréable à regarder et de très belles tenues, pas des sacs à patates. J’insiste pour qu’elles se  maquillent. Avant les compétitions, nous allons nous faire belles ensemble. »

J’ai donné aux filles et à moi-même l’opportunité de faire quelque chose de plus intéressant que de boire du Coca. Avant de monter le Texas Track Club, rien ne m’intéressait. On se projette dans les filles. 

Margaret fonde le Texas Track Club en 1961, lorsque sa fille aînée bat le record du 75 yards en finale des AAU Junior Olympic Games (les Jeux Olympiques junior sont organisés tous les ans aux États-Unis par l’Amateur Athletic Union et réunissent les meilleurs jeunes athlètes nationaux). Puis elle y embrigade sa fille cadette. Au Texas Track Club, l’âge moyen oscille entre 16 et 21 ans. Il y a Carvelynne, Sue (double championne aux JO juniors), Dora, la sauteuse en hauteur, Irene et Cel (quatrième au lancer de poids lors des championnats nationaux), Paula au javelot, etc. Parmi ces championnes en herbe, Janis court le 100 m en 10”9 (en 1963, le record était à 11”). Son entraînement ? Rien d’autre que de courir après ses neuf frères et sœurs dans le ranch. « Elle avait les cheveux châtain clair mais j’ai décidé de la teindre en blonde pour qu’elle saute aux yeux des juges sur la ligne d’arrivée. Et puis on dit que les blondes sont plus fun. »

Les Bouffant Belles tourneront en Russie, en Pologne, en Allemagne et en Angleterre. Moins concentrées sur leurs courses d’ailleurs que sur l’idée de découvrir le monde. « Je pense que j’ai aidé à imposer la course féminine au Texas. Et j’ai donné aux filles et à moi-même l’opportunité de faire quelque chose de plus intéressant que de boire du Coca. Avant de monter le Texas Track Club, rien ne m’intéressait. On se projette dans les filles. C’est ça l’étincelle. » De ces voyages, Flamin’ Mamie rapporte des inspirations pour les nouvelles tenues des filles. « J’aimerais pouvoir designer les tenues de l’équipe olympique américaine. Je ne sais pas qui le fait, mais la personne qui s’en occupe ne s’y connaît pas assez. Les tenues sont baggy, ça manque de style. » Margaret est une pionnière en la matière. Si le Texas Track Club disparaît dans les années 70, lorsque les universités ouvrent les pistes à l’athlétisme au féminin, sa vision, elle, a traversé les âges. 

Pour découvrir d’autres photos de ces athlètes signées Neal Barr, rendez-vous au musée du Quai Branly à Paris, dans le cadre de l’exposition Cheveux Chéris jusqu’au 14 juillet 2013

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