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Jeremy Hackett
© Mathias Indjic

Jeremy Hackett « L’élégance anglaise, c’est la référence ultime »

Par Claire Mabrut, le 27 février 2013

Jeremy Hackett est un couturier anglais, un self-made-man qui s’applique à mettre en valeur le chic anglais dans son prêt-à-porter depuis trente ans. Portrait.

« J’ai porté mon premier costume en tweed à l’âge de 7 ans (il sort fièrement la photo – ndlr) et depuis, je multiplie les vestes et les complets. Même mes chiens ont leur manteau de tweed ! C’est l’un des piliers du style anglais. »

Le style anglais ? Jeremy Hackett le connaît sur le bout des doigts. Lorsqu’il quitte l’école à 17 ans, le jeune homme se fait embaucher dans une boutique de prêt-à-porter masculin à Bristol, où il est né. Un an plus tard, il débarque à Savile Row chez un tailleur londonien qui lui apprend les rudiments du métier mais chez lequel, bien sûr, il n’a pas les moyens de s’habiller. Comme tous ceux de sa génération, c’est donc sur le marché de vêtements seconde main de Portobello qu’il fouine pour composer sa garde-robe de dandy des grands chemins.

Et c’est là qu’il rencontre Ashley Lloyd-Jennings, son futur associé. « On s’est mis à vendre des chaussures importées des États-Unis dans une boutique que nous louions à Covent Garden. à l’époque, je venais souvent à Paris et un ami français m’a suggéré d’ajouter un rayon de vêtements anglais, une sorte de “very best of english style”, un peu à la manière d’Old England chez vous. » Rapidement, l’idée se transforme en succès et la première boutique Hackett, ouverte sur New Kings Road en 1983, voit défiler Américains, Japonais, Français et Italiens. Dans les paquets des touristes, les fripes vintage sont vite remplacées par les premiers modèles griffés Hackett, dessinés dans la pure tradition british.

« L’élégance anglaise, c’est la référence ultime » assure-t-il. « L’allure du gentleman anglais a quelque chose d’unique. Le style français ou italien s’en inspire. Même au Japon, notre tweed fait un carton. »

 

Qu’est-ce qu’on a pu avoir comme files d’attente devant les boutiques quand Jonny Wilkinson venait nous voir ! Hallucinant ! Jonny est une icône du sport anglais.

 

Même si son boss avoue sans honte peu goûter aux joies du sport, Hackett est devenu une référence en matière de sportswear. « Un peu par accident, à vrai dire. En 1986, deux officiers sont venus à la boutique en quête de sponsors pour l’équipe de polo qu’ils voulaient monter dans leur régiment. Nous avons créé spécialement pour eux des polos avec le nom Hackett écrit sur le torse. Il s’agissait de nos premières pièces de sportswear et, franchement, je pensais que cela en resterait là. Sauf que nos vendeurs ont voulu les mêmes. Et qu’en les voyant sur eux, les clients les ont réclamés aussi. Le stock, une quinzaine de modèles, est parti en un après-midi. »

Petit à petit, Hackett transforme l’essai et, en parallèle de ses collections de sportswear, affiche quelques pointures à son tableau de chasse. Le cavalier William Fox-Pitt, médaillé de concours complet d’équitation aux JO de 2004, 2008 et 2012 à la silhouette « typiquement british, grande, fine, élancée ». L’équipe nationale de rugby, « un pur challenge. Ces gars sont des armoires à glace et nos tailleurs avaient du mal à prendre leurs mensurations ! ». Et surtout un certain Jonny Wilkinson. « Qu’est-ce qu’on a pu avoir comme files d’attente devant les boutiques quand il venait nous voir ! Hallucinant ! Jonny est une icône du sport anglais. » Et une antithèse du footballeur, que la maison ne se précipite pas pour habiller. « Vous savez ce qu’on dit de ce sport de gentlemen joué par des hooligans : ce côté bad boy, dans le vrai mauvais sens du terme, et cet esprit ultra commercial ne collent pas à notre philosophie. » Voilà, c’est dit.

Hackett préfère donc se concentrer sur d’autres figures, comme David Ferrer et, de temps à autre, Rafael Nadal. Et même, sans l’avoir su, Roger Federer. « En voyant les photos de son mariage, on s’est rendu compte qu’il portait du Hackett. J’étais très fier car à mes yeux, il est la quintessence du gentleman. » À quoi il faut encore ajouter le soutien aux équipages d’aviron des universités d’Oxford et de Cambridge, à l’équipe de polo du prince William, visiblement pas rancunier envers un Jeremy qui a cherché toutes les excuses pour ne pas disputer un match avec lui. « Je suis même allé jusqu’à prétendre qu’étant gaucher, j’étais incapable de tenir le maillet. Il a répliqué que c’était une fausse excuse car, pas de chance pour moi, il l’est aussi... ». 

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