Portraits Yannick Agnel
©Max & Douglas Par Jérôme Lechevalier, le 29 juillet 2013

Yannick Agnel Le champion du monde

Yannick Agnel, qui vient de remporter la médaille d'or sur le relais 4 x 100 m, semble venir d’une autre galaxie. Sport & Style en a profité pour le transporter sur la planète mode...

Une tête bien remplie sur un corps agile et puissant. Yannick Agnel est un garçon qui déteste les questions sans réponses. «J’ai toujours été très curieux. À chaque fois que je me pose une question, j’essaie de trouver la réponse très rapidement. Ce qui me pousse à lire énormément», affirme-t-il. Des grands hommes qui l’influencent, le champion olympique cite sans hésitation Nietzsche, mais aussi Platon et Aristote. Il n’y a pas de hasard si chez ces deux philosophes grecs, l’eau est le symbole vital par excellence. Yannick, dit Le Squale, est à vingt ans l’un des meilleurs nageurs de la planète.
 

Depuis le sommet de la colline de Ramatuelle, dans l’enceinte de l’hôtel La Réserve – un palace aux lignes futuristes signées par l’architecte Jean-Michel Wilmotte –, la Méditerranée et le ciel se rejoignent pour entremêler l’azur. En cette première journée de printemps, Yannick Agnel profite d’une rare semaine de relâche. Il rentre des championnats de France de Rennes. «Il y avait une sacrée atmosphère. Quand on joue sa qualification aux mondiaux, généralement il n’y a pas grand monde qui veut laisser sa place. Mais j’aime la compétition. On se bouscule. Et on voit qui arrive premier et qui arrive deuxième. Ça ne s’est pas passé comme prévu parce que je suis tombé malade. Ça a été un véritable challenge, un défi réussi tant bien que mal, et ça fait du bien de faire un petit break.» Mission accomplie, le champion est à l’aise. Et bien dans ses baskets, taille 50.
 

À l’heure du déjeuner, Yannick s’étonne du calme studieux de l’équipe de photographes milanais. «C’est la première fois que je vois des Italiens manger en silence!» Le Nîmois qui a résidé à Nice pendant dix ans avant de choisir de s’exiler aux États-Unis pour s’offrir les conseils de Bob Bowman, l’entraîneur (entre autres) de Michael Phelps, connaît bien l’Italie, exception faite de Rome qu’il rêve de visiter. «C’est un de mes grands projets, mais j’attends d’avoir une copine pour y aller.» Certains week-ends, il accompagne Marco Belotti, son camarade de l’Olympic Nice Natation, à Bergame en Italie. «Quand on arrive, Marco ne vit plus que pour “la pasta de la mamma” », raconte-t-il. Reconnaissant immédiatement cette vérité fondamentale, la tablée italienne s’esclaffe. 
 

Et c’est au tour des photographes Max et Douglas, qui travaillent en duo, de flatter le champion olympique quand ils lui annoncent qu’ils vont s’inspirer du film Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol pour le shooting. « Gattaca ? C’est un de mes films préférés!» s’exclame Yannick. «Je suis un grand fan de science-fiction et d’anticipation. J’ai commencé par dévorer les romans des éditions Fleuve Noir de mon père. J’ai vu les Star Wars au moins 500 fois et Bienvenue à Gattaca, un bon nombre de fois aussi. J’aime la façon dont ce film traite la question de l’eugénisme et la philosophie qu’il véhicule. Et j’adore son esthétique aux couleurs très chaudes, aux lignes très épurées. Les acteurs sont géniaux. En plus, ça tombe vraiment bien parce qu’une des phrases-clés du film, c’est “I never saved anything for the swim back”. Ça me convient plutôt bien!»
 

J’ai toujours voulu faire les choses en grand, je n’ai jamais eu de petites ambitions. 
 

Cette phrase-clé («Je n’ai jamais pensé au trajet du retour», en version française) est énoncée dans le film par Ethan Hawke lorsqu’il finit par vaincre son frère si parfait, dans une course en mer qui consiste à s’éloigner du rivage. En prononçant ces mots, le héros explique comment il a réussi ce qui semblait impossible. Mais cette phrase invite aussi le spectateur à se demander s’il vit pleinement sa vie. N’est-elle pas bridée par la peur de la réussite ? L’opinion des autres est-elle un frein ? Le Squale, lui, connaît les réponses. N’a-t-il pas déclaré en début d’année : «Je pense que les limites sont une invention de l’homme qui lui permet d’éviter d’accomplir quelque chose de manière sereine» ?
 

Mais Yannick navigue en mode serein. On le sait, il l’a souvent répété. S’il n’avait pas suivi cette carrière de sportif de haut niveau, il serait certainement aujourd’hui étudiant à Sciences-Po. C’était une question de choix plus que de sacrifice. Et puis, il sait que la compétition ne durera pas toute la vie et qu’il pourra se consacrer à d’autres passions. «Mon grand souhait, c’est d’essayer d’améliorer la vie d’un maximum de personnes. Et quel meilleur domaine que celui de la politique ou de l’économie? J’ai toujours voulu faire les choses en grand, je n’ai jamais eu de petites ambitions. Parfois, je me casse les dents et d’autres fois je réussis. Oscar Wilde disait: “Tous les hommes ont les pieds dans la boue, mais certains regardent vers les étoiles”. Je crois que je suis de ceux qui regardent vers les étoiles.»
 

Quand Yannick Agnel parle de ses anciens entraînements et de la compétition, il emploie toujours un « on » qui l’englobe lui et ses compagnons du club, Camille Muffat et les autres. «On avait un très bon groupe, et beaucoup d’humour. Tous les entraînements étaient différents. Ça fait souvent rire les gens quand je dis ça. Mais, c’est vrai, ils étaient tous différents. On avait rarement le temps de s’ennuyer.» Toujours plongé dans une lecture fantastique, Le Squale ne semble pas connaître le sentiment d’ennui. «En ce moment, je lis Le Huitième sortilège des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett.» Et quand il ne s’entraîne pas, il revoit sa bande de copains rencontrés au lycée. Aujourd’hui, à l’exception de Yannick bien sûr, ils sont tous étudiants et échangent livres, films et fous rires. Sur le set de la séance photo, nous avons droit aussi à quelques éclats de rires. Notamment lorsque Yannick enfile une chemise trop étriquée pour ses épaules de champion et qu’il imite Johnny Weissmuller dans Les aventures de Tarzan à New York. Tout l’après-midi, les photographes italiens ont droit à un modèle de patience, bien qu’il se sente «plus le mec à être derrière la caméra que devant». Alors quand sonne la fin du shooting à dix-sept heures, l’heure, c’est l’heure. Il ne faut pas contrarier un type qui se bat contre les chronos. Yannick rêve déjà de la piscine. «Je suis quand même bien chez moi, je ne changerais pour rien au monde.» I never saved anything for the swim back.

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